LIVRE I, CHAPITRE VI
connaît l'heure favorable à l'essai. Pendant qu'il volette prudemment de branche en branche, sous la direction maternelle , survient-il un ennemi, le novice aperçoit le danger et manœuvre aussitôt pour sV soustraire. Après deux ou trois leçons, il en sait autant que père et mère dans ^
l'art: de se gouverner. f
Observez maintenant notre nourrisson, dont les forces ont moins grandi en quinze mois que celles de l'oiseau en quinze jours. Quel usage en fait-il? S'il criait sans motif (du moins apparent), alors qu'il ne pouvait remuer, il s'agite contre toute raison, aujourd'hui qu'il est devenu le mouvement perpétuel. Marcher avant d'être ferme sur ses pieds, courir avant d'avoir appris à marcher, s'emparer de tout ce qu'il voit, manipuler, refaire ou plutôt détruire tout ce qu'il touche, telle est sa manie. Aussi faible et malhabile qu'ambitieux et remuant, il n'entreprendrait rien qui ne tournât à sa perte, si la bonne n'était là pour l'empêcher de s'abimer dans le feu ou dans l'eau, de se Y briser contre la pierre, le fer, le bois, etc., etc. Fier ï; d'avoir pu étouffer un serin et maltraiter impunément un épagneul, il irait se jeter dans les serres de l'aigle on dans la gueule du loup, si ces animaux étaient à sa portée.
Dans cette activité désordonnée de l'enfant, il y a néanmoins un ordi'e^ Sa volonté dépasse cons-
tamment ses forces; delà ses dépits^ ses colères. Ses forces sont toujours au-^^dessus de son savoir; de là son habileté à tout détruire , même ses organes.
Cet ordre f dires-vous ^ est un véritable désor^ dre. — Oui| et rien de semblable ne se voit dans les animaux, dont toutes les facultés marchent de front et dans un parfait accorda Cependant gardez-vous d'abolir ce désordre ; car si vous aviezs ]e malheur d'y réussir^ votre enfant^ au lieu de de^ venir un homme, resterait au-dessous de l'animal. Expliquons cela par un exemple tiré du sujet.
Comment votre enfant appretid^il à marcher?
En écartant ses pieds, en mettant l'un devant Tau** tre. Ëh bien, il en est de même de ses facultés supérieures. Sans cette volonté folle qui va toujours en avant) qui prétend que tout cède à ses ordres aveugles et à ses efforts imbéciles, l'âme de l'enfant ne marcherait pas et resterait ensevelie dans son ignorance et sa faiblesse. Cette âme est une reine impatiente de régner chez elle et au dehors, mais qui, ne sachant ni ce qu'elle veut ni ce qu'elle peut ^ tourmente l'organisme son esclave et lui commande les choses les plus déraisonnables. Elle tuerait ce pauvre serviteur, sans l'intervention de la bonne, qui modère les fougues de la maîtresse, s'efforce de l'éclairer, arrête les mouvements trop excentriques de l'esclave, favorise le développe^