CHAPITRE VIL
QUE sonashivous? que DISVONS-MOUS à LA SOClM^?
Qu'est-ce que Thomme considéré individuellement? Cest visiblement le germe d'un être destiné à grandir incessamment sur cette terre, mais qui ne peut y atteindre son apogée.
Les poètes ont pu dire :
« L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux, »
Le philosophe dira : Cest un dieu impatient de rfêtre encore qu^une ébauche.
Le foyer central des mouvements de cet être , le stimulant qui l'excite à déployer ses facultés , c'est l'amour irrésistible, quoique aveugle, de la perfection absolue.
En unissant notre âme à un oi^anisme qui nous incline et nous attire vers les êtres physiques et bornés, ses semblables, le Créateur a voulu nous ^rappeler à notre principe et à notre fin par un je ne sais quoi qui nous fait graviter vers l'être immatériel et infini dont nous sommes l'image, k l'attrac-
58 LA sormâi; socialb.
tion terrestre, source de nos instincts grossiers et égoïstes^ il a opposé lattraction céleste^ principe des plus hautes, des plus généreuses inspirations. Que cette attraction résulte d'une apparition obscure de l'Etre divin à notre intelligence, ou qu'elle soit une âctiôû mystérieuse de Dieu sur notre âme y sans aucune manifestation de son être , il n'en est pas moins certain qu'elle existe. Nous sommes tous sous le charme de l'infini , tous en quétd de quelque chose de si grand , de si beau , de si bon | que , après avoir goûté les plus gran-^ desi les plus belles, les meilleures choses , nous devons dire : Cela est bien petit» bien misérable; ce n'est pas ce que nous cherchons.
A ceux qui, faute d'attention aux affaires de l'âme, ne pourraient croire à son commerce habituel aVeo l'infini^ je dirais i Votre âme âurait-elle trouvé ce que nulle âme vivante n'a encore trouvé, la fin de ses désirs? — Non. — Eh bien » veillez un peu sur ses allures^ et vous soupçonnerez peut«être que l'infinité de ses désirs vient de ce qu'elle aspire à l'infini.
Cet amour aveugle de la perfection illimitée, qui nous passionne dès le sein de nos mères, et fait de nos premières années un tissu de folies» est donc le capital foncier de notre âme , l'avance que le Père céleste nous fait à l'entrée du voyage terrestre.
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Or ce divin capital qui> par des opérations bien dirigées, doit nous élever k la fortune supréme, reste enfoui dans notre individu et totalement improductif^ 6'il n'est miâ en valent* par f d'autres individus qui nous apprennent k le OOtinattre et à Ve^ploiter.
Uàme humaine^ ainsi qne ntsm l'avotis vu^ e^t K
en travail dès qu'elle existe; mais oe travail n'est d'abord qu'une agitation aveugle très-^fiitigânte pour les mères, les nourrices et les bonnes 5 elle î^
n'aboutirait qu'à la destruction du corps , si elle *^
n'était contenue dans certaines limites. Pour que {•
cette activité folle s'éclaire 5 se régularise, se co*- I
ordonne à notre développement intellectuel, que faut-il ? La direction d'un travailleur expérimenté qui, pénétrant dans le chaos de notre âme avec le flambeau de la parole, nous aide à le débrouiU 1er, nous apprenne à penser clair et à vouloir tl '■
juste.
Que sait une âme qui, par l'oblitération des deux organes les plus nécessaires à son éducation , l'ouïe et la vue, reste sans culture ? Elle ne 'j sait rien , pas même qu'elle existe ) elle demeure ensevelie dans une masse de chair qu'elle anime à son insu.
Le capital /ixe et personnel de notre âme a donc un extrême besoin du capital à' appromion'^ mment qui circule autour de nous* La puissance
6o tA SCIENCE SOCIALE.
de notre âme sera toujours en raison : i^ de la puissance de ce dernier capital ; %^ du zèle et de rhabileté de ceux qui nous le communiquent ; 3^ de notre aptitude et de nos efforts pour nous l'approprier.
Qu'est-ce donc que notre âme? Une création de Dieu et une procréation de la société.
Il en est de même de notre capital matériel.
Qu'est-ce que notre corps? Un germe qui n'a pu être dessiné y organisé que par Dieu; qui n'a été animé qu'en vertu d'un acte social; qui, après neuf mois de la société la plus intime, ne quitte le sein de la mère que pour passer dans ses bras et y vivre encore longtemps du capital maternel. L'allaitement fini, qâe faut-il à ce corps pour qu'il se consolide et se développe? Il faut cent mille choses qu'on ne trouve que dans les magasins de la société.
Cherchez le blé parmi les avances de notre mère la nature! Vous feriez cette belle découverte, qu'elle vous serait inutile, faute des connaissances et des instruments nécessaires pour reproduire, multiplier cette graine et en faire le meilleur aliment du bipède granivore que votre âme est chargée de nourrir.
Aujourd'hui que nous sommes grands comme père et mère, et que nous croyons pouvoir user de notre corps comme d'un bien propre, libre
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de toute hypothèque du côté de Dieu, de la famille et de la société, on nous embarrasserait fort si on nous posait cette question : li y a vingt ou trente ans, votre corps était si peu de chose que votre mère a , pendant quelques mois , douté de son existence; d'où lui est venue cette abondance de vie qui en fait maintenant une si puissante créature? Avec un peu de bonne foi et de savoir, nous serions obligés de convenir qu'il n'y a pas dans notre organisme une seule molécule qui ne soit une avance sociale, et que, si le capital primitif est un prêt divin, son prodigieux accroissement est l'œuvre des labeurs de la société.
Pourquoi, me dira-t-on, insister sur ces détails, qui ne sont ignorés de personne?
— Parce que ces détails, d'une grande vulgarité pour la classe illettrée des mères, des nourrices, des bonnes, sont communément méconnus, mis en oubli , puis impudemment niés par les beaux esprits, qui préfèrent les fictions de la poésie à l'étude prosaïque des faits. N'est-ce pas pour avoir perdu de vue ces fondements de la science de l'homme et de la société, que nos classes influentes se sont laissé emporter aux rêves des philosophes et publicistes du dernier siècle? C'est leur foi puérile à la fable d'une société faite par les hommes de la nature, qui les a enhardis à refaire la société sans tenir compte de Dieu et delà nature humaine.
6^ Iià 8Qlfi«G« SOCIALE.
£q somme 9 ces détails et oes faits m'ont paru nécessaires pour fonder les conclusions suivantes:
I. Les hommes ne sont pas seulement sociai' blés, c'est-à-dire capables de société; ils sont essentiellement sociaux. Au moral et au physique^ ils ne peuvent recevoir, conserver et agrandir leur existence qu'au sein de la société. L'hypo** thèse qui nous les représente vivant dans Véeat de nature, avant la formation de la société, ne se^ rait qu'une absurdité divertissante, si l'étrange succès qu'elle a obtenu et les affreuses aberra** tions qu'elle a produites ne lui assignaient la première place parmi les extravagances mo-> dernes.
II. INous n'avons pas sacrifié à la société le tout ou une partie de nos droits naturels ; car avant d'entrer dans la société, il est clair que nous n'avions en propre que le néant. C'est , au con-^ traire, la société qui, à force de sacrifices, nous a mis en état d'acquérir quelques mérites devant Dieu et devant les hommes. C'est aux soins infi^ nis, c'est aux incessantes aumônes, pas seulement de nos proches^ mais de toutes les générations qui ont concouru, de près ou de loin, à la bonne éducation de nos proches, que nous sommes re^devables de l'usage des sublimes prérogatives qui nous distinguent de la brute. C'est la société qui nous a appris ee que nous sommes, ce que nous
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pouvons devenir. C'est elle qui, après avoir long-
temps travaillé sans nous à l'accroissement de
notre capital spirituel et matériel , nous a mis en
main les instruments de la richesse commune, et
nous a dit : Maintenant que vous savez et pou- |!
vez quelque chose , travaillez avec moi à l'agran^
dissement de votre eûstence et de celle de vos
frères.