III. Il s'en faut donc étrangement que Tégalitë
la liberté, l'indépendance, la souveraineté individuelle, soient les conditions premières de notre i
nature. Que trouvons-nous à notre berceau ? L'abjection, la misère, la dépendance la plus absolue.
Que fût^l arrivé à notre débarquement dans le monde, si, par suite d'un nivellement radical, nous n'eussions rencontré autour de nous que des égaux, c'est-à-dire des nourrissons sans nour- |
rices? Que fût-il arrivé, si, par respect pour notre liberté, pour notre indépendance, pour notre souveraineté native, comme aussi par amour ?^
pour leur propre liberté, ceux qui nous entouraient se fussent gardés de nous mettre les entraves qui remplissaient d'indignation la grande âme de Rousseau ? i
Évidemment, c'est par Vinégalité des condi^ \
tionsy c'est par Fabsolutisme de nos en tours, c'est \
par notre aveugle soumission aux pouvoirs établis sans nous, que nous sommes parvenus au
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degré de vie physique et morale qui nous autorise à croire que nous sommes, par notre origine et notre destinée, les égaux des plus grands hommes et que nous n'avons d'autre maître absolu que Dieu. Ou doit donc dire^ à l'encontre de Rousseau : IJhomnie nuit partout dans les fersj et cest la société qui le délwre.
IV. La liberté, l'indépendance, la grandeur sont des besoins, des aspirations de notre nature; elles ne peuvent donc en être des dons. La preuve manifeste qu'elle ne les possède pas, c'est qu'elle nous pousse à les conquérir. Où ces prérogatives peuvent-elles se trouver, et en quoi consistentelles? Dans le complet développement de notre constitution morale et physique, c'est-à-dire dans une illumination de notre intelligence qui l'affranchisse des ténèbres de Tignorance et des tâtonnements du doute; dans une puissance de volonté supérieure à toutes les résistances. Jouissance de la vie parfaite , souveraineté complète de l'âme sur l'organisme, et, par l'organisme, sur l'universalité de la matière, tel est le but vers lequel conspirent toutes nos tendances. Ce point culminant de la nature humaine est à l'extrémité du voyage terrestre, par delà le terrible défilé de la mort. Pour arriver à la liberté, à l'indépendance, à la grandeur, il fs^ut donc se porter en avant et non regarder en arrière, s'attacher au