LIVRE r, CHAPITRE \II
char de la société, auquel nous devons déjà de si *
grands progrès, au lieu de le saccager et d'y t
mettre le feu, comme nous y invitent les sauvages enfants qui disent : La société nous a dé- |. pouillés de nos droits!
V. Quels "que soient nos mérites personnels et les démérites de ceux avec qui nous vivons, m
nous ne serons jamais quittes envers la société. }
Le jour où, usant de la liberté que nous donne l'inventeur du Contrat social^ nous voudrions reprendre le chemin des bois, attendu que les engagements du contrat nous pèsent , la société serait en droit de nous faire enchaîner comme des voleurs, ou plutôt comme des insensés, et
de nous dire : Avant de me quitter, rendez ce
que vous tenez de moi ; et comme la restitution,
pour être entière, réduirait vetre âme et votre
corps à zéro, à tant de bienfaits dont vous avez
perdu le souvenir, votre mère en ajoutera un *'
dernier : Approchez, disciples d'Hippocrate, et 1
tâchez de rassainir ces pauvres cervelles gâtées
par les romans !
C'est le traitement charitable que nos pères et
grands-pères eussent dû appliquer aux philosophes et aux publicistes romanciers du xviii* siècle,
notamment à celui qui, dès la seconde page du
plus antisocial des livres, écrivit : Les enfants ne
restent liés au père qu aussi longtemps qu!ils ont
66 LA SCIKNCE SOGUI^ik.
besoin de lui pour se consen>er. Sitôt que ce besoin cesse ^ le lien naturel se dissout (i). Loin de là, pos pères et grands*pères saluèrent et choisirent ces romanciers comme les plus dignes éducateurs de TEurope. Puisse le Dieu des miséricordes pardon*ner à nos pères et grands-pères, et faire que leurs petits-fils soient moins sots!
Qu'est-ce donc que la société par rapport à chacun de nous? Cest le moyen par lequel il a plu au Créateur de nous donner Vexistence^ de n<His en résféler le but et de nous rendre capables dy marcher.
Qu'est-ce que la société, à son point de vue général? C'est ce que nous allons voir.
(i) Contrat social^ liv. I, ch. ii.