‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 41 sur 151 · LIVRE II, CHAPITRE II. lOf · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. lOf

dans le sentiment profond , dans Tamour invincible du moi.

Mais c'est là Tëgoïsme, dira-t-on. Dieu l'aurait-il donc créé, et, peu content de le créer, en auraitil fait le fond de notre être, Fâme pour ainsi dire de notre âme?

— Eh! oui. La raison en est que Dieu nous a \ faits à son image ; comme il s'aime infiniment, il a voulu que l'amour de nous-mêmes ne fût satisfait que par la possession de l'infini.

Sans cette estime, sans cet amonr démesuré du moi, l'âme, si elle pouvait être, serait je ne sais i|

quelle substance inerte, passive, dénuée de toute spontanéité dans ses mouvements, déboute initiative dans son éducation, ne se développant qu'à la manière des plantes, en vertu de lois mécaniques et sous la pression d'agents extérieurs.

C'est l'amour passionné du moi qui imprime à l'enfant cette activité incessante qui désole ses bonnes. Quel est le but manifeste de ses efforts, de ses entreprises? Cest de tout conquérir, de tout s'assujettir, de se faire le centre universel. Au lieu de voir là une manie à combattre, reconnaissez-y le sublime instinct de la royauté universelle, que Dieu a placé dans ce bambin, qui peut dire en effet : Moi^ par la grâce de Dieu et la cons^ tiiution de ma nature j roi de Cunisfers !

Cet instinct est aveugle dans l'enfant, très-sujet

I03 X^k SCISfCCC SOCUli^.

k s'aveugler dans le jeune bQnpime »t l*konirot;

éclairez-le, dirigez-le, vous gardant, jç ne dis pas

de rétouffer (chone impQ93ib)e)i mais de IWaî-

fWir, de le ravaler, attendu que la grandeur d'uoç ftme aéra tQujoura en raison directe de Vesiimc) f t de Tamour qu'elle aura de soi.

' Beaucoup se récrieront^ comme si, par cçtte apologie de l'amour du moi ou de Tégoïsme, j'abtaquaii la doctrine chrétienne sur !> sprit de $a^

crifice, de renoncement, d'almégation^ d'bumi^

lité| de charité, etc. Loin d'attaquer de près ou de loin cette doctrine (ce dont Pieu me préserve !), mon but est de l'exposer telle qu'elle est dan? l'Évangile, et non telle que se la figurent lea esprits étrangers à la doctrine évangélique; mon but^ dans cette explication,'est de faire évanouir Tan^ tagonisme que l'ignorance s'efforce d'établir entre les prescriptions morales du christianisme et les lois constitutionnelles de notre nature.

Qui donc a autant exalté le moi personnel que le christianisme?

Toutes les religions humaines, sans ç;icception, ont ravalé l'individu, lui ont coupé les ailes, en lui disant : Tu as été placé sous le gouvernement de tes semblables par les diegx, régis euT^-mémes absolument parle Dieu inconnu ou le destiUf Visr lamisme, bien qu'il spit bâti avec des matériauiP chrétiens, a dégradé, enohalpé la volonté bu-

qu,i arm^^ parce que tout ce quiarrwe doit arriver^

4HSçi ses croyapts pourrîs^Dt^ilp dao» Taisivei^

dtpui^ qu'ils 09 sont plus ngUés p9x l^ ^wti$m9 conquénint*

Tout^ les philo^ophies bumaio^s, duciennei et / inoderne^i après avgir flatté Forgueil dç Hoçli* ] YJdu I o»t fini par le jeter avec wépris daqs Va* . bîrae dw panthéisme. Elles lui ont dît : Ta per* \ sQpQfiIitç n'est qu'un rêye, un mensonge, ForvM passagère du Grand-Tout , lu dois subir s#« Joi* immuables, et t'évanouir bientôt au sein du \ Grand-Tout,

Toutes les politiques humaines ont a^i^rvi Vin* dividu p les unes à la volonté d'un seul i comme d^QsIçs monarchies de l'antiquité, et aussi dans las mpa^rcbies modernes qui ont renié Je droit çbrétieo j les autres à la volonté du grand noBON bre, au droit absolu de la majorité 9 eomme dans les républiques anciennes et dans toutes les COns-

titqtion3 issues du cerveau de nos légomanesr

1^0 un mot| toujours et partout on a dit aux hommes : Si vous voulesç vivre, soy« soumis à la volonté de ceu?t qui régissent le pays où vous êtesi au^si longtemps que vous ne serez pas assez forts

pour imposer votre volonté aux autres. Soyez es-

clavesy en attendant que vous puissiez être tyrans !

Le christianisme seul a su briser d^ns Vl^ipe de

^-1 ■Il

104 LA SCIEirCE SOGIAL£.

Ilndividu le joug ignoble de l'aveugle nécessité et de la force arbitraire. Seul il a fondé sur une base immuable l'indépendance dé l'âme) sa souveraineté réelle y inviolable, en lui disant: Tu n'as d'autre maître absolu que Dieu ; voilà sa loi, obligatoire pour tous ceux qui la connaissent, et que tu dois inviolablement observer , fût-elle méconnue et foulée aux pieds par l'universalité des hommes. Toute loi contraire à cette loi est complètement nulle pour l'âme qui croit en Jésus- Christ et se respecte elle-même. Quand cette loi serait sortie du vote d'un milliard de citoyens; quand elle serait revêtue de la signature de tous les monarques et magistrats de l'univers; quand elle serait appuyée par dix millions de baïonnettes, réponds : Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes (i), et laisse abattre ta tête plutôt que de fléchir sous une volonté injuste! Que te servirait-il en effet de gagner la faveur de Curdy^ers , si tu venais à perdre ton âme (a)?

Voilà à quelle hauteur, inaccessible à toute tyrannie, le christianisme a porté l'individu. Et ce sentiment de la dignité infinie de notre personne, il ne l'a pas fondé sur des ergoteries philosophiques, mais sur des faits historiques, dogmati-

(i) Actes des Apôtres y ch. iv, 19.

(2) Saint Matthieu, ch. xvi, a6.

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