‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 47 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

COmBRT LB GHRISTIAKI81IB NOUS A HENDUS SI DIFFICaiS A GOVynifFt.

Nous avons vu à quelle hauteur Je christiaDisme a replacé le moi, presque anéanti par la politique des anciens, avec quelle puissance il a mis Findividu en possession de son àme, en lui disant : f

Meurs, plutôt que de reconnaître un autre souverain de ta conscience que Jésus-Christ!

Mais , en rendant à chacun le plein gouvernement de sa personne, sous la loi parfaite de ti" berté(i)j le christianisme s'est bien gardé de jeter dans les âmes une semence de révolte ou d'insociabilité. Au servilisme abject qui faisait du citoyen un instrument de toutes les volontés de TÉtat ou de César, et des esclaves un bétail soumis à toutes les fantaisies du maître, l'esprit chrétien substitua la noble vertu de l'obéissance, qui, discernant dans les lois de César et les volontés du maître

(i) Saint Jacques, Épitre cath.y ch. i, «5.

lia LA leinrcs sociale.

celles qui sout opposée^ à la loi de Dieu de celles qui ne le sont pas, refuse soumission aux premières, en vertu du principe : Mieux vaut obéira Dieu qu'aux hommes^ et tccomplit religieusement les autres, non par crainte du glaive ou du bâton,

mais parçQ qu^ t^lU e^t U volonté du Roi d»a rois, du Mattre des maîtres (i).

En ordonnant à ses disciples de rompre tous les liens de la chair et du sang qui les empêchent de marcher à sa suite dans les voies parfaites de la yét\ié et de la Justice, Jésus-Christ les titilt à runiversâlité des hommes par le lien divin de la

(i) « Que toute âme soit soumise aux puiss^ncei $upériçi|« res, car il n'en est aucune qui n'ait été établie de Dieu..> Leur résister, c'est résister à Dieu et encourir sa réprobation. Les princes ne ftoni pas établis pour intimider oeux qui font le bieq, mais ceui^ qui fout le mal. Youlex-^voMs ne pus cnuni dre le prince , faites le bien, et vous en serez approuvés; car il est pour vous le ministre de Dieu pour le bien. Si au contraire TOUS faites le mal, craignez, car ce n'est point sans cause qu'il porte le glaive; il est le ministre de Dieu, chargé de punir celui qui fait le mal* Soyesi donc soumiS| pas seule<» ment par crainte, mais par conscience. » (Saint Paul, Épure aux Romains y ch. xiii , i-5.) — « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair... dans la simplicité de votre cœur, qomme à Jésus*Ghrist. Servez**les, non pour éviter leur oolàrf ou mériter leurç faveurs, mais en vraia serviteurs 4u Chri$l| faisant de bon cœur la volonté de Dieu , et sachant que chacun , soit l'esclave, soit le libre, recevra du Seigneur le bien qu'il aura fait. » (ÉpitFè nua> Éphéêlent, eh. Vï, S-S.)

LlVll£ II, GHAVITRE IV. Is3

charité : Fous aimerez votne prochain comme vou^^ mêmes. Bien plus: il les dévoue sans mesure au bien de tous leurs frères par un précepte vrai* ment nouveau : ^imei^vous les uns les maires comme je vous ai aimés.

Cest avec cette simple et sublime dynaisiique, qui n'élève Tindividu jusqu'à Dieu que pour l'appliquer^brùlant d'amour,à l'éducation de ses frères» que le christianisme a métamorphosé l'furop^ païenne, sans la^boule verser ; métamorphose telle que, selon l'observation d'un profond penseur» le vice y est devenu aussi étrange que l'était au»

trefois la vertu. « I^s esprits chagrins, dit M. de

Bonald, ne remarquent que les vices cher, les peu* [

pies chrétiens, parce que les vertus y sont l'état

ordinaire et seul autorisé, comme les enthou*

siastes ne remarquent chez les païens que les ver^

tus, parce que le vice y était l'état commun et

permis par les lois(i). »

ce Les législations, les institutions, les mœurs,

les rapports divers dont elles se composent , dit

M. Nicolas, ont été refaits sur l'Évangile. La cor* f.

ruption païenne et la barbarie germanique ont

été successivement éjectées, et le monde en est i

venu à respirer le christianisme comme l'air. Tout \

cç qui e^t général aujourd'hui, tout ce qui e3t pu- ;

(i) 231» Dmree, p. 169.

124 ^^ SCIEIfCE SOCULE.

blic, tout ce qui est universel, est chrétien ou tend à le devenir. Sans doute, il y a et il y aura toujours de la corruption et de la perversité dans le inonde, parce que toujours il y aura de la liberté. Il y en a même de nos jours^ ce semble, plus que jamais; mais, outre que nous sommes dans un état extraordinaire de transition, je ferai remarquer quHl n'y a que des crimes privés. Autrefois, il y avait des crimes publics , sociaux, collectifs; la perversité n'était pas seulement dans les âmes particulières, elle était dans Fâme même de la société, dans les lois, dans Topinion^ dans les institutions, dans les coutumes, dans tout ce par quoi nous vivons en commun. Aujourd'hui, je ne crains pas de le dire, elle y est moins que jamais; et , quels que soient les écarts de la moralité pri« vée, le niveau de la moralité sociale a été toujours, sauf les temps de crise, en s'élevant. C'est une chose qu'il importe d'observer (i). »

Oui, certes, c'est une chose qu'il importe trèsfort d'observer, car elle explique nos révolutions. Orj comme l'a dit l'aigle des Alpes, « si les hommes comprenaient la révolution aujourd'hui, elle finirait demain (a). »

(i) Études philosophiques sur le christianisme ^ III* part., ch. 7.

(a) OEupres inédites de M. de Maistre, 1. 1, p. 219.

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