‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 5 sur 151 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CE Q!] IL FAUT ENTEIïDRE PAR SCIENCE SOCIAUS.

Qu'est-ce que la science sociale ? — C'est la connaissance de nos rapports nécessaires a^ec les êtres auxquels notre existence est liée.

Rien n'est isole, rien ne vit à part dans l'immense société des êtres que nous appelons l'univers. L'ordre , la beauté et la vie y résultent de l'harmonie des existences. De tant d'individualités plus ou moins puissantes que notre œil y contemple, il n'en est aucune qui possède en soi le principe et le but de son existence. À la fois effets et causes, elles se prêtent un mutuel ap-

LA. SGi££iGE SOCIALE.

pui, se relient les unes aux autres^ connue les anneaux d'une grande chaîne destinée à cooserver et k trarismeltre le phénomène mystérieux de la vie. Chaque individu se rattache à son espèce^ chaque espèce m subordonne el se superpose à d'autres espèces dans la hiérarchie du genre. Le genre s'unit au genre pour former le règne. Le règne animal réclame le règne végétal ; le règne végétal repose sur le règne mipéraL Ces trois règnes , dont l'accord constitue notre planète, vivent de leur commerce avec le système solaire, qui lui-même ne subsiste que par sa coordination au système univel^sel.

Nul être ici-bas ne peut donc dire : Je me sufKs à moi-mêtttè; je vis dé mon propre fonds , et ce fonds est libre de toute charge !

Si parfois l'homme ose tenir ce langage , c'est qu'il est sujet à des accès de folie. Sa vie entière, considérée dans l'individu ou dans l'espèce, est une protestation incessante contre ce rêve d^ l'orgueil. Depuis des milliers d'années que le genre humain s'agite sur cette terre, quelle est son unique occupation? C'est de travailler à remplir l'abîme de ses misères, c'est de mettre Tuni»vers entier au service de son indigence.

Tandis que les racés animales les pl^s fortes^ les p)us industrieuses, se renferment daps un cercle étroit de jouissances qu'elles ne sav<^t

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ni varier ni étendre^ nous voyons l'homme, sous la pression de l'universalité de ses désirs ^ faire d'incroyables efforts pouf* arriver à la jouissance de l'uni versalité^es choses. Peu content de révolutionner le globe pour l'approprier à ses be* soins, il s'élève à l'étude des mondes qui peuplent l'espace, et, ne pouvant les soumettre à son l

action, il veut du moins les assujettir à ses &;

calculs. De là sa pensée s'élance vers l'invisible auteur et législateur de la nature visible, et comme il pressent que le premier et le dernier k

mot de l'énigme universelle est un secret divin ^ il faut à tout prix qu'il s'explique Tétre sans lequel rien ne s'explique. S'il n'y réussit pas, il

pourra s'emporter et dire avec Proqdhon : Je

hais par^dessus tout un Dieu qui ne s'explique pas^ et je m'en délivre en lui disant : DieUj re^

tire-toil... tu n^es que le bourreau de ma raison^ le

spectre de ma conscience (i)!

En contact par ses facultés avec tout ce qui

existe, l'homme, comme nous le verrons bientôt,

surpasse indéfiniment tous les êtres visibles en ;

indigence et en grandeur. INé au dernier degré

de l'ignorance, de la pauvreté, de la feiblesse^ il

aspire irrésistiblement à tout savoir, a tout avoir,

(i) €oi^è$siêns d*uM révoiÙMonnai^.'^B^tèihe ftèi w>/trhî.

diçifqns, eh. vm.

à tout pouvoir. Pour se délivrer de ses misères et élever le niveau de son existence, il sent qu*il a besoin du concours : i^ du père des existences; a** des individus de son espèce; 3® des êtres inférieurs : animaux , végétaux^ minéraux.

De là trois besoins universellement sentis par la conscience humaine. — Le besoin de connaître et de régler nos rapports avec Dieu ; c'est Tobjet de la religion. — Le besoin de connaître et de régler nos rapports avec les hommes; c'est Tobjet de la politique. — Le besoin de connaître et de régler nos rapports avec les substances vivantes et inanimées de Tordre matériel ; c'est Tobjet de l'industrie .

Religion, politique , industrie , telle est la trinité autour de laquelle se groupent toutes les connaissances humaines spéculatives et pratiques, depuis la science la plus élevée jusqu'à l'art le plus humble. De l'indissoluble et harmonieux accord de ces trois branches découle l'unité de la science sociale, que nous avons définie : la connaissance de nos rapports nécessaires avec les êtres auxquels notre existence est liée^ c'est-à-dire avec V uniifersalité des êtres.

Que cette science n'ait rien qui puisse en faire le monopole d'une classe spéciale ; que, dans ses données essentielles, elle soit indispensable à tous les individus humains jouissant du plein

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exercice de leurs facultés, on doit déjà le voir. En effet ^ nous naissons tous avec les mêmes besoins , avec les mêmes aspirations. Placés , par le fait de notre existence, en rapports personnels et incessants avec le monde, il y a nécessité pour chacun de nous de s'y orienter, desavoir comment et pourquoi on y est, ce que sont pour nous tant d'êtres auxquels notre existence est mêlée, ce que nous leur devons, ce que nous pouvons If

en attendre, quelle est la meilleure manière de If

vivre en paix avec eux. »

Faute de lumières suffisantes sur ces questions \j

capitales, nous resterions au-dessous des animaux, si bien servis par leur instinct dans l'accomplissement de leur destinée. Fatalement livrés à l'aveugle impulsion de nos appétits , nous courrions risque à chaque pas d'aller nous briser contre les lois immuables de l'ordre, et notre vie ne serait qu'un long supplice pour nous et nos entours. î^

Populariser la science sociale, en donner la connaissance, en inspirer l'amour à Tuniversalité des hommes, c'est donc l'intérêt suprême de l'individu et de la société. Nous verrons, en effet, que l'un et l'autre ne peuvent avoir qu'un but : l'éducation V

ou la civilisation de l'homme, laquelle doit se définir : fart d'élever les hommes à la perfection dont ils sont capables, en les formant à vii>re en bonne

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harmonie ai^ec Dieu, leur père ^ avec les hommes^ leurs frères j açec les êtres inférieurs , leurs sujets. Or, comment les hommes peuvent-ils apprendre à vivre en bonne harmonie avec Dieu, entre eux , et avec la nature matérielle , s'ils ignorent leurs rapports nécessaires avec ces trois classes d*étres ?

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