‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 54 sur 151 · CHA.PITRE VI · texte numérisé non relu

CHA.PITRE VI

COMMSirr L*É6LIBB CATHOLIQUE EKTEND ET EXPLIQUE LA DEVISE *. FEATBE- KITÉ, ÉGALITÉ, LIBEETÉ; ET COMMENT ON l' APPLIQUE HOES DE SON SEIN.

Il y a contre la puissance sociale du catholicisme des objections d'une mauvaise foi si brutale , qu'elles n*ont de prise que sur les esprits vides de toute instruction. Mon livre ne s'adressant pas à cette classe, je ne ferai que signaler en passant une ou deux de ces énormités.

Rousseau, réchauffant un paradoxe de Bayle réfuté à demi par Montesquieu (i), cite trois religions qui ont rendu les hommes insociables : lu religion des Lamas ^ celle des Japonais^ et le chris» tianisme romain... La troisième, ajoute-t^il, est si ésfidemment mauvaise^ que c*est perdre le temps de s^ amuser à le démontrer ... Une société de vrais chrétiens ne serait plus une société d^homtnes (a).

(i) De VEsprit des lois, liv. XXIV, ch. vi. (a) Contrat social , liv. IV, ch, viii.

Illustre citoyen de Genève, dis-nous donc quel est le christianisme qui arracha l'Europe des Romains à la plus affreuse décomposition sociale qui se soit jamais vue, et qui, avec les éléments sauvages, féroces, intraitables, que lui apporta le déluge des Barbares, édifîa cette Europe chrétienne qui, depuis Tan iSso, résiste encore aux efforts incessants de la barbarie savante? Serait-ce par hasard le christianisme de Luther, de Calvin, ou celui que tu créas dans la Profession de foi du vicaire sai^ojrard? Dire de cette religion romaine qui, du y\f au xvi^ siècle, fut notoirement la seule religion de TEurope, qu'elle retld les hommes insociables, c'est un délire si visible, que c*esi perdre le temps de s^ amuser à le démontrer.

— Que l'Église ait rendu quelques services patson enseignement durant les ténèbres du moyen âge, tn t absence de la raison à peine née , vu trop

faible pour mœxher seule , soit } mais je proui^erai qu'aujourd'hui son catéchisme ne fait t^ abêtir et corrompre V enfance, nous dit un ex-professeur dont le Manuel de philosophie est toujours à r usage des collèges ( i ).

— Monsieur le libre penseur, je ne vous citerai pas sur le catéchisme catholique la magnifique page

(i) M. Jacques, dans Tarticle cité plus haut^ liv* I^ ch. m.

LIVBE 11^ CHAPITRE ¥1. ]43

d'un de VOS collègues (i); car, pour apprécier cette

page, il faut avoir lu le catéchisme catholique et

l'histoire de la philosophie, comme, pour l'écrire,

il faut avoir reçu , ainsi que l'infortuné Jouffroj, l

une éducation chrétienne et une âme capable

de voir, de sentir et d'exprimer noblement les

grandes choses. Mais voici ce que je vous dirai

au nom du monde catholique, sans redouter lin

démenti parmi les non -catholiques honnêtes, /

fussent-iis mahométans : le catéchisme catholique

n'a jamais adéiî et corrompu que ceu^i qui ont

pris plaisir à l'outrager. Il ne donne pas le vol du ^

génie aux esprits vulgaires, mais il leur donne ce j

qui vaut infiniment mieux, les lumières du bon ]

sens et l'honnêteté du cœur; il les préserve de

cet oT^ueil éminemment sot qui croit se grandir

en jetant de stupides injures à ce qu'il y a jamais eu de plus grand sous le soleil.

Venons-en aux objections qui sont encore de cours parmi les esprits civilisés et amis de la civilisation, mais qui n'ont jamais réfléchi aux conditions nécessaires pour civiliser notre espèce.

On convient généralement que l'Église catholique a mis en crédit les belles idées de fraternité, d'égalité, de liberté, sur lesquelles roule notre

(i) Tai cité cette page de M. Jduffroy, De TÉducation de l'hommCf ch. yiii.

f44 L^ SCIEMGK SOCIALE.

société moderne; seulement on lui reproche d'avoir renfermé ces idées dans un cadre trop étroit^ et surtout de s'être montrée trop défiante envers la liberté.

Avant de répondre à des accusations beaucoup trop vagues, jetons un coup d'œil sur la manière dont l'Église a toujours entendu et appliqué la fameuse devise : Fraternité, égalité^ liberté, et montrons que, en dehors du système catholique, cette devise ne peut être qu'un symbole d'anarchie et de mort.

Dans la maison du Dieu-Charité^ en face des fonts sacrés où tous revêtent Jésus-Christ (i) , en face de la chaire où tous l'entendent (2), en face des autels où tous se l'incorporent, la fraternité universelle est à fois un dogme inébranlable et un fait visible. Là le prince et le mendiant, le maître et l'esclave, le nègre et le blanc sont obligés d'abjurer leurs préjugés de race et de condition, et de se considérer, non-seulement comme frères, mais comme membres d'un seul et même corps (3). Aussi, dans les républiques que la démocratie nous vante comme son chef-d'œuvre en matière de lois et de gouvernement, les églises

^■— ^^^*1^iMi— — ^^1— — >— — P— i^— i^— ^i^— — ^i II ■ I I— — — ■■ ■ !■ ■ ■ ■ l u i I ■

(i) Saint Paul, Épttreaux Galatcsy ch. m, 27.

(a) Saint Luc, cb. x, 16.

(3) f^ Épure aux Corinth», ch. x, 17.

Page 1