‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 56 sur 151 · LIVRE II, CHA.PITRE VI. l · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHA.PITRE VI. l

en respectant mieux les lois de ThumaDité (i). » Quant aux nègres, « le préjuge de race, nous dit M. de Tocqueville, me parait plus fort dans les Etats qui ont aboli l'esclavage que dans ceux où l'esclavage existe encore, et nulle part il \

ne se montre aussi intolérant que dans les Etats

où la servitude a toujours été inconnuel II est \

vrai qu'au nord la loi permet aux nègres et aux i^

blancs de contracter des alliances légitimes ; mais ^ l'opinion déclare infâme le blanc qui s'unirait à

une négresse, et il serait très-difficile de citer J l'exemple d'un pareil fait..* Dans presque tous les États où l'esclavage est aboli , on a donné au ne*

gre des droits électoraux; mais s'il se présente .■;

pour voter, il court risque de la vie (a). » i\

L'impitoyable opinion l'exclut de partout, du |

jury, de l'école, du théâtre, du temple, du cime* i;

(i) M. Gustave de Beaumont, ouvr. cité. —«Il faut reconnaître, dit un homme peu favorable au catholicisme, que les Espagnols ont toujours traité les indigènes avec plus de \

loyauté, plus d'égards, de douceur et de justice qu'aucune autre nation européenne. D'abord ils avaient pour principe de ne jamais armer les Indiens ; ensuite ils s'occupaient activement de les convertir au christianisme; enfin, ils s'associaient complètement à ces peuples par le mariage. » De la Puissance américaine, par M. Guillaume-Tell Poussin, exmajor au corps du génie américain, 1. 1, ch. xix.

(%) Voy. De la Démocratie, à l'endroit précité.

t5/| LA ^GtfilfCf? SOCIALE.

tière, méme*des mauvais lieux (i). « L'opinion publique ^ si indulgente pour les aventuriers qui cachent leur nom et leurs antécédents , recherche impitoyablement les preuves de la descendance africaine... Il n'est qu'un seul crime dont le cou* pable porte en tous lieux la peine et Tinfamie : c'est celui d'appartenir à une famille réputée de couleur. I^a couleur effacée, la tache reste (a). »

Voilà comment on entend l'égalité dans le pays classique de la démocratie. Là où la loi a cru devoir affranchir le nègre, l'opinion, qui est cent fois plus forte que la loi civile, a créé pour ces malheureux une condition sociale encore inconnue, et la pire des conditions : celle ^escla^fê sans maître f selon la réflexion très-juste du colonel Hamilton (3). Celui-ci observe encore que le très-libéral et très-philosophe président Jefferson , qui renversa le parti fédéraliste et fit triompher la démocratie la plus large, était lui-même un singulier négrophile. « Tout en préchant sans cesse la liberté, l'égalité et Tabolition de l'esclavage, il conduisait ses enfants naturels au mar-

(i) « Il y a une infamie que les infâmes ne se permettent pas: c'est celle d*aimer un homme de couleur! » M. G. de Beaumont, dans Touvrage précité, t. I,p. 176,

(a) Ibid., p. 177.

(3) Les hommes tt les mœurs aux États-Unis, 1. 1 , ch. iv.

LIYRE llj CHAPITRE YI. iSS

théy et spéculait ainsi sur ses débauches. A sa mort même , il ne pensa pas à affranchir ses enfants, nés dans Fesclavage. Une de ses filles fut, il y a peu d'années^ vendue en plein marché à la Nouvelle-Orléans (i)!»

Comment l'esclavage , partout aboli au xvi^ siè-» cle par les législations chi^étiennes^ fut«il restauré le siècle suivant dans les colonies anglaises du nord de TAmérique? Ce fut nous dit le major Poussin, par un bill du parlement anglais, de 1695, signé par Guillaume III et Marie, autorisant l'introduction des esclaves d'Afrique, comme favo^ rahle et avantageuse a la Gi^ande-Bretagne et aux colonies. « Aujourd'hui, ajoute le major, que l'Angleterre a conquis dans les Indes un nouvel empire, où elle trouve le moyen d'alimenter ses ma* nufactures des matériaux bruts qui lui sont néc«s« saires, et qu'elle a perdu le sol américain ^ la traite a cessé de lui être utile, mais l'émancipation peut servirses intérêts. Dès lors les marchands anglais prêchent l'abolition de la traite et de l'esclavage, qui pourrait porter un rude coup à une puissante rivale; et si l'intérêt des marchands l'exige, nous verrons au besoin la Grande-Bretagne tirer le canon pour renforcer cette mesure à^ humanité {*^), »

(i ) Lès mœurs et les hommes aux États-Unis^ ch. ix, p* ^^^7- (2) De la Puissance américaine y t. ï, ch. xiv.

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Que pr^ge à l'Union américaine la présence d'environ quatre millions de nègres, traités comme des parias là où ils ne sont pas soumis à une législation de fer, comme dans les États du Sud (i )? Tous les esprits sérieux qui ont écrit sur l'Amérique du Nord y voient un péril immense , une cause active de dissolution qui , après avoir scindé l'Union en deux, produira, dans le Sud, l'extermination de l'une des deux races, à moins que les progrès rapides du catholicisme n'apportent l'unique remède à un tel état de choses.

Finissons par ces belles paroles de M. de Beaumont : « Les passions orgueilleuses des blancs ordonnent au pasteur protestant de repousser du temple de misérables créatures, et les nègres en sont exclus. Mais les nègres, qui sont des hommes, entrent dans l'église catholique, parce que là ce n^estplus l'orgueil humain qui commande, c'est le prêtre du Christ (a). »

£n Amérique, comme dans tous les pays travaillés à une certaine profondeur par le christianisme, pas de milieu : ou Tégalité catholique par la vertu de la croix, ou l'égalité révolutionnaire par la puissance du fer et du feu.

(i) Sur la législation relative aux esclaves, voy. Marie ou F Esclavage, etc., de M. de Beaumont, 1. 1, p. 274 et suiv. {%) Ibid., p. 173.

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