CONTRAIRES
L'Église catholique a, sur la liberté, non des idées qui varient au gré de Topinion, mais des principes aussi immuables que la doctrine de Jésus-Christ, de qui elle les tient, et que la nature humaine, à laquelle elle doit les appliquer. Ces principes ne vont pas aux sécularisaleurs de la société, mais il est temps de voir où la société marche quand elle s'écarte de ces principes pour suivre les idées des sécularisateurs.
Le principe catholique est que la liberté n'implique pas le droit de faire le mal, mais qu'elle nous a été donnée comme moyen de nous élever devant Dieu et devant les hommes par notre résistance au mal et nos efforts vers le bien. LEglise a, sur le bien et le mal de l'homme, des notions très-lumineuses, que son enseignement met à la portée des esprits les plus simples. Il n'y a pas un dt» ses fidèles qui, sacliant son ca-
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téchisme, et prêtant l'oreille au commenlaire qu'en font continuellement les pasteurs^ reste dans l'incertitude de ce qu'il a à faire et à éviter pour aller droit au but unique du chrétien, qui est la sanctification de son dme^ par l'accomplissement de tous ses devoirs envers Dieu, envers le prochain, envers soi-même.
L'Eglise croit que ce qui est contraire au bien spirituel et éternel des hommes ne peut pas tourner à leur bien matériel et temporel ; et le philosophe chrétien tient cela pour indubitable, attendu que Dieu a fait l'homme indivisible, et que l'ordre surnaturel, loin d'être un horsd'œuvre ou la contre-partie de l'ordre naturel, en est le développement dans la véritable patrie de l'homme : l'infini.
L'Église ne croit pas à cette prétendue infaillibUité de notre nature, en vertu de laquelle les hommes^ placés entre la vérité et l'erreur, entre la vertu et le vice, se passionneraient naturellement pour la vérité et la vertu et n'auraient que du dégoût pour le mensonge et le vice. Elle croit plutôt à une certaine prédilection de notre espèce pour l'erreur et le vice; et il faut avouer qu'il n'y a pas une ligne dans l'histoire du genre humain, pas une heure dans la vie de l'individu, qui ne confirme cette malheureuse pente de Botre nature#
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Enfin, l'Église a toujours cru que les hommes sont la procréation de ceux qui ont charge de les élever j que, en ne négligeant rien pour les former à la connaissance et à l'amour de la loi parfaite de liberté^ qui seule peut arracher les âmes à l'esclavage de l'erreur et du vice, on obtiendra des populations éclairées, vertueuses, amies de la justice et de l'ordre ; que, en laissant enseigner indifféremment Je bien et le mal, la majorité se tournera infailliblement vers Je mal et deviendra si mauvaise, que, pour l'empêcher de dévorer les bons et de se dévorer elle-même, il faudra en exterminer une partie et enchaîner Tautre, comme on fit dans l'ancien monde.
De ces principes il résultait que l'inviolabilité de la loi du Christ était la condition première de la liberté religieuse et de la civilisation universelle ; que tolérer chez des peuples chrétiens un enseignement contraire à l'enseignement qui les avait rendus chrétiens, c'était livrer de nouveau les peuples aux exploitations du mensonge et les remettre sur le chemin de la barbarie païenne.
De là l'opposition constante de l'Église catho* lique contre tout novateur assez ivre d'orgueil pour vouloir réformer, en tout ou en partie, la charte d'affranchissement donnée au genre humain par le Fils de Dieu, scellée de son sang, du sang de ses apôtres et de ses martyrs. l| est évi-
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dent que par là elle a sauvé la liberté religieuse des peuples chrétiens^ liberté qui consiste à ne relever en religion que du gouvernement établi par le Christ, liberté dont l'hérésie et le schisme ont été les plus furieux ennemis, ainsi que je l'ai fait voir ailleurs (i).
On me dira : Oui, l'Église était en droit, et même il y avait devoir pour elle, de défendre le christianisme universel contre les nouveautés qui tendaient à le corrompre; car la faculté que l'on aurait accordée à l'un de prêcher son christianisme revu et corrigé, il aurait fallu l'accorder aux autres, et au milieu de tant dechristianismes en circulation, le christianisme universel serait devenu chose introuvable. Mais n'aurait-on pas pu trouver des moyens de défense plus doux que l'inquisition et les bûchers?
— Si vous connaissez un peu à fond l'histoire de l'Europe du xii® au xvi* siècle, je n'ai qu'un mot à vous dire : La défense, pour être efficace, doit se proportionner à l'attaque. Ou rechercher vigoureusement les chefs et prédicants de sectes incendiaires, et, dans le cas d'incorrigibilité, les conduire au supplice, ou laisser ces misérables dévorer en quelques années les fruits d'un travail de civilisation qui datait de
(i) De ^Éducation de Vhomme, cli. xi ctxii.
(i) Sur ce fait, comme sur l'article de V Inquisition, on P«til lire ce que j'ai dit dans la Solution de grttnds problèmes) ^ IV, ch, Lvi.
LIVKl!: Il) CHAPITRIC VU. j6i
huit siècles et précipiter l'Occident au-dessous de
la corruption asiatique : telle était Tinévitable
alternative qui s'offrait aux chefs de l'Église et
des États. Pleurnicher sur la tombe de Jean Huss
et de Jérôme de Prague , comme on fait , et ne
pas donner une larme aux trois cent mille mal- 1
heureux que ces fanatiques poussèrent au carnage
pour Tunique plaisir de refaire , au profit de leur
orgueil, la religion de leurs compatriotes , et de ^j
voir leurs images remplacer celles de Jésus^Christ \
et de la Vierge (i), c'est de la philosophie mo- l-
derne, philosophie encore plus idiote qu'inhumaine.
Si vous ne connaissez pas l'histoire du moyen âge, ayez la sagesse de ne pas critiquer ses insti* l
tutioDs. Toyons plutôt les progrès que nous devons à nos sécularisateurs; car je ne connais rien \ de plus propre à venger la mémoire des éducateurs de la vieille Europe que les œuvres de leurs successeurs depuis l'an i5ao.
Luther, grand prêcheur de l'insurrection contre rautorité religieuse ^ tant qu'il n'eut pas sous sa direction un parti assez puissant pour défendit son infaillibilité contre celle de l'Église et poui^
4crM§^* quiconque ^ dviseiait de penser autrement qvi^ luif pou^^a le cri { I^a BibW, rien que la Bible; poMi» tînmes tou$ pape^ «rn religion ! — La Bib]#, rifta que la Bible; nous sommes tous rois et aeicoeurs au temporel comme au spirituel ! réponddent une infmilé d'excellents logiciens; et veilè plus de cent mill^ paysans qui se mettent, sous l^ conduite de$ prophètes, à saccager, Is^ûler t^ châteaux, et à embroclier, au chant des cantiques luthériens, les châtelains et les châtelaines, sans distinction entre les crojanls de Luther et ceux du pap^.
Les princes allemands, choqués de cette liberté J^ihlique» obtiennent de Luther une bull« fuimi- QliUte contre $es premiers enfants, et ils en égor* gfOt m deu^ batailles jusqu'à cent mille (i5a5). pMÎPr ft'i»djugeant le monopole des interprétations bibliques, ils ae bâtent de bâcler de$ religions à Tubage d^ leurs bien^aimés sujets; religions prÀchées par leurs officiers au département des afftti* rf^ religiwses) religions gardées au dedans pài* le Seigneur bourreau, et défendues contre les entreprises du dehors par de nombreuses armées. En ^ihU pendant plus d'un siècle on couvrit l'Europe d^ ruiues et de sang pour soutenir contre la tyrannie de Tanteçhri^t romaip et Je boa ftns catholique deç masses, des profea^ions de fm