LIVRE II, CHAPITRE Vil. l
bas peuple F esprit de commerce et (fimJustrie(^i), Selon ce profond penseur f la religion^ faite pour parler au cœur^ doit donner beaucoup de conseils j et peu de préceptes. Comme elle n'a pas ^^à parler à r esprit des hommes, ni à leur montrer le bien^ le bon (ce qui est l'affaire des lois humaines^ , et que son unique mission est de leur montrer le meilleur^ le parjait, il est com^enable quelle donne des conseils , et non pas des lois ; car la perfection ne regarde pas T universalité des hommes ni des choses. Aussi relève-t-il la bévue du catholicisme, qui, ayant voulu transformer en loi, pour un certain ordre de gens ^ le conseil chrétien du célibat ^ n'a fait que se fatiguer et fatiguer la société^ pour faire exécuter aux hommes par précepte ce que ceux qui aiment la perfection auraient exécuté comme conseil (a).
(i) Esprit des lois^ liv. XXIII, ch. xxix; liv. XXV, ch. vi.
(a) Liv. XXIV, ch. vu, — Montesquieu se complaît tellement dans cette absurde distinction, qu'il y revient souvent, notamment dans le livre XXVI, ch. ii , où il nous dit d'un ton magistral : « Les lois humaines statuent sur le bien ; la religion sur le meilleur. Le bien peut avoir un autre objet , parce qu'il y a plusieurs biens; mais le meilleur n'est qu'un , il ne peut donc pas changer. » Des galimatias de cette force , dans les questions les plus vitales, font regretter que l'illustre auteur de VExamen de la philosophie de Bacon et des réflexions s\\r\ Entendement humain de Locke, n'ait pas entrepris l'autopsie de VExprit des lois. Les définitions du fameux
|6G LA SCIKNOI SOOIALK.
Le propre dds toi» humaines étant de patler à Vtsprit ded peuples, de leur montrer en chaque chose lé biertj h bortj et de le statuer; et la nature de cêê lois étant dtétre soumises à tous les aeài^ dénis qui atriçent^ et de varier à mesure que les volontés des hommes changent (i), il s'ensuivait nécessairement^ pôur chaque individu, le droit déjuger à sa manière du bien et du mal statué par les lois, et de pousser de toutes ses forces au changement de celles-ci par la puissance des ao cidents et Tinstabilité des volontés des hommes.
11 est vrai que Montesquieu, en adoration de-vant la constitution anglaise, se flattait d^opposer une digue au torrent révolutionnaire par sa chère pondération des pouvoirs, et en ordonnant que la puissance législatii>e serait confiée et au corps des nobles et au corps qui serait choisi pour représen^ ter le peuple^ etc. (a). Mais c'était là le calcul d'un légiste qui ignorait ce que le catholicisme avait dit à P esprit et au cœur de la nation française, depuis répoque où la royauté et Taristocratie lui avaient enlevé l'éducation de la nation anglaise. Celle-ci était restée, reste encore, ce qu'elle était
président, tout diisâi dtvertissatiteà que celles des deux philosophes anglais , ont été bien autrement désastreuse^.
(i) Lîv. XXVl,ch. ti.
(a) Liv. Xî, dh. ti.
LIVAS II, GHANTflE VII. r67
an NYi* (imeU^ féodale et eitantitlltmint ansl044 eraiiqiMi eeUt^là av&it niAtchfi v«f« régalilé uni<« iréreelle.
Ausai^ dè^ que Tétole^ de Môtileaqiiîeu voakia Bontur la niachîtie anglaise, dont le i^énittat est le gouvernement absolu de Taristocratie âoya^uil spectro de roi et un peuple de parias, la bourgeoisie française culbuta^ au nom dû peuple, rojfaolé^ ol^tgé^ noblesse^ magisti'ature iodependaiilfSV'M^ PcndjMlt que les têtes de tant grada ^aséaient aoy* le niveau de la guillotine, toutes; les inktilutipiia étaient refaites, civilisées à fond ^ religion, famille, mariage, propriété, éducation, etc. Plus lard, on a voulu restaurer, légitimer ou quasi -légitimer l'œuvre des anglomanes; mais la restauration, la légitimité ou quasi-légitimité sont mortes à la peine. Que reste-t-il du travail des sécularisateurs? Il en reste une sécularisation telle de la religion, du mariage, de la famille, de la propriété , de Téducation de la jeunesse, que tout Français qui n'est plus ni catholique ni grandement intéressé au maintien de Tordre actuel, ne veut plus entendre parler de ces vieilleries gothiques, à moins qu'elles n'aient subi une refonte totale dans le creuset socialiste.
Le catholicisme est-il assez fort en France pour sauver toutes ces choses en les sacrant de nouveau? Voilà la grande question, sur laquelle j'ex-
l68 hk RCÎllfCE SOCfALi:.
primerai dans un autre chapitre mes espérances et aussi mes craintes. Mais si la nation qui tient le gouvernail laisse submerger ces choses, la submersion universelle me parait inévitable, en dépit des espérances que de grands esprits fondent sur le Nord.
Tout nous ramène à ce refrain : Pour notre Occident , catholiquement élevé y il n'y a de possible que deux libertés : la liberté catholique dans le giron de l'Église y la liberté sauvage dans les steppes du désert.
TJYBE 11^ GHA1HTAF. VIII. 169