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CHAPITRE VIII

mipONSK A LA GEANDE OBJECTION. — ANGLETIllI.

Résumons, dans un raisonnement des plus courts, ce que nous avons établi dans les deux derniers chapitres, à la lumière des faits.

Pour les peuples chrétiens, qui ont appris à se moquer des dieux ou demi-dieux en chair et eu os, il n'y a pas de milieu tenable entre le principe catholique de la souveraineté religieuse du Christ, enseignant toujours et gouvernant par sou Église, et le principe protestant de la souveraineté religieuse de l'individu , trônant seul dans le sanc* tuaire de sa conscience. On ne peut rejeter le fait de l'institution par le Christ d'une religion universelle, c'est-à-dire la même pour tous, sans reconnaître à chacun le droit de s'en donner une a l'aide de la Bible ou de tout autre moyen de son choix, comme aussi de n'en avoir aucune, s'il pense, avec Robert Owen , Proudhon , que toule

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religion n'est que sottise et lâcheté ^ hypocrisie et mensonge, trrannie et misère {^).

Or, le droit pour chacun de se faire une religion, ou, ce qui revient au même, de diviniser ses opinions et seâ insttncts dominants, implique nécessairement le dioit de se faire un ordre social conforme à ses opinions et à ses instincts. Et qu'est-ce que ce droit, sinon le droit absolu de l'individualisme, le droit de l'insociabililé?

On ne manquera pas d'attaquer mon argument de deux manières : par les principes et par les fait*.

C?è§t uti ptinôtpé côttitnun à foute société, mé dira-t-on, que la liberté »*ellgteuâë, Û ^téndUë qu^êlIè !lôit, ne pébt jàtnais dispense!* le citoyen dés devoirs ^ociàut que lui imposent lés lôiâ de l'État dont il est membre. Libre à lut de peilsér ce qui lut plàirâ de ces lois; mais tant qu^elles âônt eu Vigueur, 11 ftiut qu'il leur obéisse, ôU là soôîélé péHt. Puiâ, regardez l'Angleterre et leà Étâts-Udis de î*Aniériqué : la liberté religieuse y est de§ plus grândeâ) tout èthappé cturïé rriaisôtï de fouS^ CUpù^ ble de se donner Uh habit noir, petit y fonder une nouvelle église (a). Cependant quels peuples se

(i) Proud)lon, Système des contradictions, ch. ym* (a) Voy. Hœninghaus , la Réforme conpre la Aéjorme , t, ï , J>. 8.

LIVBJB U^ GiiâPITRE VIII. |^I

ttoi^tredt plus attaohéft à leurs institution 9 plu4 respectueux pour les lois?

*-^ Votre principe de la soumission absolue à toutes les lois de FÉlât est la restauration du prin*cipe païen i V homme est une machine à f usage de ceux qui gouvernent CÉtat. Si nos martyrs n'avaient pas violé avec une héroïque persévérance les lois de Fempire romain dans leur point fondamental^ la religion, l'Europe serait aujourd'hui UD désert ou une terre fouie par des troupeaux d'esclaves.

Votre principe est commun^ non à toute société, comme vous le dites, mais à tous les croyants d'une société civile à établir par des lois humaines. Rousseau lui-même a eu la bonne foi de convenir que^ dans son système, lii liberté ne se maintient qu'à C appui de la servitude (1)4

A ce principe abject, sacré pour tous nos lé^ gomanes, l'àme humaine opposera éternelleaient un principe que le Créateur y a gravé en caractères ineffaçables, et que le christianisme a extrêmement développé chez les nations ocoiden-

(1) «Quoi! la liberté tie se maintient qu'à Talppui de la servitude ? Peut-être. Les deux excès se touchent. Tout ce qui n* est point dans la nature a ses inconvénients^ et la société cî-^ vile plus que tout le reste, » [Contrat social, liv. III, ch« xv). — Voilà qui est clair. Voulez-vous n'être plus esclaves, rentrez dans l'état de nature et vivez à la façon des ôUrs.

l-^a LA SCIElfCF. SOCÎALF.

taies : Dieu est au-dessus des hommes j et la loi que nous tenons de lui est au-dessus de toutes les lois!

Messieurs les sécularisateurs, vous pouvez à la longue altérer et changer la loi du Christ chez un peuple chrétien : cela ne s'est que trop vu ; mais vous ne pourrez jamais habituer un peuple à des lois contraires à sa religion.

Quand une législation entre en lutte avec la conscience religieuse d'une nation catholique, il arrive de deux choses Tune : ou la législation est assez puissante pour s'imposer de force, comme en Irlande, et, la nation abhorrant la législation de tout l'amour qu'elle a pour sa foi religieuse, une fois ou l'autre, il y a une réaction qui brise l'œuvre des oppresseurs; ou les législateurs ont la prudence du serpent qui fascine et lèche sa proie avant de l'avaler, et les masses, qui sont naturellement soumises aux classes supérieures , se laisseront aller pour un temps à la religion établie fmr les lois. Mais le peuple dont les maîtres ont été assez habiles pour le dégoûter de la vraie religion, finira par perdre le goût de toute religion. Or, comme a très-bien dit Montesquieu, celui qui n^ a point du tout de religion est un animal terrible^ qui ne sent sa liberté que lorsque il déchire et quil décore (i). Tôt ou lard, ce peuple exécutera donc

(i) Liv. XXIV, ch. II. — On me dira peut-être : Montes-

LIVKt: 11, CHAPlTKIi Vlll. 1^3

J'airét de la justice suprême : ils ont dévoré votre religion, dëvorez-les!

Encore un coup, il ne faut pas s'attaquer au fondateur de l'homme et du christianisme. Quand ses ennemis, ivres de joie, battent des mains et s'écrient : Il est bien mort et enterré, nous voilà maîtres des peuples! la pierre tumulaire éclate, et les débris en vont aux entrailles des enterreurs.

Voyons mamtenaut si l'exemple de l'Angleterre et des États-Unis prouve quelque chose contre cet axiome : « L'individualisme religieux a pour conséquence l'individualisme social, soit Tinsociabilité. »

Pour qu'un principe enfante ses conséquences, il faut que, des régions idéales de la spéculation, il descende sur le terrain des faits, et qu'il soit fécondé et couvé par la pratique. Or, qui ne sait que le principe du libre examen, le droit pour chacun de se faire une religion à l'aide de la Bible, n'a été en Angleterre comme dans les autres pays réformés, qu'un mot de guerre contre

quieii parle des princes ? — Oui , mais ce qu'il dit des princes doit s'entendre à plus forte raison des peuples. Nous voyons dans rhistoire ce que les princes sans religion ont fait, et certes ce n'est pas beau. Mais ce que ferait un peuple décidément athée, nous ne Tavons pas encore vu , et Dieu nous préserve de le voir jamais !

le catholicisme? Des cinquante papautés de fer que Ht surgir le protestantisme, la papauté anglicane ne fut pas certes la moins intolérante. Rien de moins libre que la liberté d'examen sous Henri VIII et sa fille Elisabeth, alors qu'on traînait à réchafaud des milliers de dissidents en compagnie des catholiques. N'est-ce pas encore à rhuraeur persécutrice des anglicans, sous les deux premiers Stuarts, que l'Amérique du Nord doit ses premières colonies anglaises (i)?

Quand, parla révolution de 1688, l'aristocratie eut décidément conquis le pouvoir et réduit la royauté et la chambre des communes au rôle d'automates fonctionnant sous le bon plaisir des lords et baronnets, maîtres du sol, maîtres de l'Église, maîtres de l'armée, on se montra moins sévère envers les sectes non-conformistes, attendu que V Église établie par la loi paraissait assise sur des fondements inébranlables.

En effet, que manquait-il à celle-ci pour régner en paix sur des masses ignorantes formées

(ï) Je crois même avoir In que îe fameux Cromwell éiaîl déjà embarqué sur un vaisseau faisant voile pour rAmérique, avec quelques centaines de puritains, quand un édit d'amnistie, de Charles l*"*, lui permit de remettre pied à terre et de témoigner plus tard sa reconnaissance an prince, à la manière des saints de son parti.

liivBB 11^ eHÀ^mtE vin. i^S

de longue main h Tobéissance et à la suberdinalion? Elle avait oonsenré la hiérarchie^ t'ext^rjfur du culte; il ne lui manquait que la véiit^, défaut abondamment racheté par d^immenses riehessesy chez un peuple qui^ sans mépriser le vrai, lui préfère Futile et fait de la pauvreté quel*que chose de plus qu'un vice.

Si Ton excepte donc quelques milords qui

usaient de la liberté d'examen pour faire du

dtisme etdeTatbéisme dans quelques livres in-

eonnus, que Voltaire et son école faisaient lire

aux Français ; si l'on excepte encore des sectaires

nombreux, mais trop pauvres pour exercer une

grande influence, il eât impossible de ne pas re->

connaître que la religion des xxxix articles statues

par Elisabeth a été jusqu*à ce jour la religion

des masses. Si elle ne les a ni éclairées ni mora-»

lisées, elle lésa du moins empêchées de tourner à

tout vent de doctrine. Aussi voyez avec quelle

facilité elle les ameute, maintenant qu^elle se

trouve en présence de son grand adversaire, le

catholicisme !

A ces considérations fondées sur l'organisation ireligieuse de l'Angleterre, ajoutons-en d'autres tirées du caractère national.

Il est visible que la race anglo-saxonne a reçu une trempe à part et vraiment supérieure. Avec Tambition démesurée des anciens maîtres du

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moude, elle eu a la léoacité, la profonde sagesse et rinviDcible constaDce. Aussi la reconnait-on au portrait des Romains, crayonné par le meilleur des peintres : Ils ont réduit sous leur puis^ sance les métaux (t argent et cCor^*.. et possédé tous les lieux par leur sagesse et leur patience; ils ont broyé les nations les plus lointaines^ anéanti les rois placés aux extrémités du mofulcj et les autres leur ont payé chaque année de lourds tributs (i).

Nui peuple n'est plus propre à démentir les principes fatalistes de Montesquieu sur l'influence du climat. A toutes les latitudes, sous les feux du tropique comme au milieu des glaces du p61e, l'Anglais reste le même : d'une activité à tout changer autour de lui, sans que jamais il change. Accusez-le d'orgueil, d'égoïsme, de rapacité, de perfidie, à la bonne heure; mais reconnaissez en lui trois grandes qualités à la réunion desquelles la possession du monde est promise : il est le plus réfléchi, le plus laborieux, le plus économe des peuples. 11 anglicanisera tous les pays avant qu'aucun pays ait pu naturaliser un Anglais.

Cette illustre nation est à la fois la moins fusible et la plus absorbante, à la différence de sa grande rivale, la France, qui est la plus fondante

(i) MnchabétSj liv. I, ch. viii.

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