‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 61 sur 151 · LIVRE II, CHAPITRE VIII. I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII. I

et la plus commuDicative, comme destinée à pro*

curer l'amalgame universel. Le caractère opposé

de ces deux races brille partout, notamment dans |

le nouveau monde.

Dans la première moitié du xvii® siècle, quelques familles de puritains anglais vont chercher la liberté religieuse dans l'Amérique septentrionale. Ilsy trouvent échelonnés du nord au midi de nombreux colons hollandais, suédois, français, espagnols. Ils se faufilent d'abord parmi les premiers, et la J^owelle-^msterdam^ si prospère en 1661, est baptisée en 1664 du nom de New- York. En même temps qu'ils transforment en Nouvelle-Angleterre la Nouvelle-Hollande, ils envahissent la colonie suédoise envoyée par Gustave- Adolphe et son fameux ministre Oxenstiern.

Vient le tour des Français. Ceux-ci opposent la plus brillante résistance, battent en cent rencontres les anglais ; mais leur territoire passe, pièce à pièce, aux vaincus. 11 en est de même des Espagnols.

L'immense pays ne manquant que de bras, les maîtres ne négligent rien pour s'attacher les anciens colons et en attirer de nouveaux. Ils accordent tout ce qu'on voudra, à charge toutefois de devenir Anglo-Américain. Et de fait, nulle nation n*a pu résister à la puissance assimilatrice du génie anglo^américain : Hollandais, Suédois, Aile-

178 LA SGI2MCB SOCIALE.

oiADclsi Italiens, Français, Espagnols se sont fon« dut comme de la cire dans ce moule.

Les Indiens seuls et les nègres en sont exclus, en i^ertu de ce triste calcul : Le bénéfice ne eou^ ^frirait pas les fmis de culture. Les Français en agissaient autrement quand ils étaient les mai* très; mais leur qualité fondante opérait de singulières métamorphoses, quand ils allaient se mêler aux sauvages sans avoir mis la croix du mission^ naire sur leur cœur. « On a cru longtemps^ écrivait en i685 à Louis XIV le gouverneur du Ca* nada, qu'il fallait approcher les sauvages de nous pour les franciser; on a tout lieu de reconnaître qu'on se trompait. Ceux qui se sont approchés de nous ne se sont pas rendus Français, et les Français qui les ont hantés sont devenus sauva* ges. Us affectent de se mettre comme eux, de vivre comme eux (i). »

J'exprimerai ailleurs toute ma. pensée sur les deux grandes familles qui se perdront infaillible* ment et perdront l'Europe, si elles ne re|)rennent au plus vile leurs fonctions providentielles, difFérenies et non opposées. J'en reviens à TAngleterre, et je dis qu'une telle puissance au dehors démontre évidemment une constitution sociale des plus vigoureuses.

mmmmm^Ê^

(1) CharUvoix , Histoire de ta N0U9eite*Fnmee, U II*

LIVllK II, CttAlPItHE VIII. 179

En effet) le peuple anglais ofTre tous les grands contrastes nécessaires au développement de la force. Il n'y a paé de pays qui possède au même degré Fesprit de patriotisme, le cachet de Tunité nationale; et «il n'y a pas de contrée au monde où les diverses régions de la société soient ^éparée^ par de plus grandes distances (i)* » C'est le peuple le plus conset^vateur, le plus routinier, le plus attaché à ses vieille^ institutions, à seê vieilles lots et habitudes» et en même temps le plus progressiste, le plus novateur, le plus aventureux.

L'esprit aristocratique de hiérarchie, de suhordidation, y règne avec une égale force des sommi* tés du gouvernement jusqu'aux plus misérables conditions. L'ouvrier qui ne gagne que vingt sous respecte son supérieur dans celui qui en gagne quarante, et au lieu de le jalouser misérablement, il s'applique à l'imiter et à l'atteindre. I^e petit fabricant ou négociant ne travaille pas à sa ruine en s'avisant de jouter contre le gros millionnaire; tuais il se rallie à lui, et marche sous sa conduite à la conquête de la fortune.

Le bon sens anglais a compris que les entreprises grandes et petites ont besoin d'être fécondées par les lumières et les capitaux, et que là où, pour travailler, on réclame l'égalité des lumières et

(1) Études sur V Angleterre, 1. 1 , p. 5o.

l8o LA SCIENCE SOCIALE.

des capitaux, il n'y a de progrès possible que dans la destruction et la misère.

Une oi^anisation sociale aussi puissante explique suffisamment ces deux phénomènes : l'immense progrès matériel des Anglais^ et la résis tance qu'ils ont opposée jusqu'ici au terrible dissolvant que porte au cœur le protestantisme. Mais, pour avoir été longtemps neutralisé, ou plutôt inaperçu, le poison n'a rien perdu de sa force, et l'œil attentif peut apercevoir aujourd'hui la profondeur de ses ravages.

Le palladium de la constitution anglaise, 1'^glise établie par la loi, périt rapidement sous les coups réunis des déistes qu'elle a nourris, des puséistes qui ont voulu la raviver, des catholiques qu'elle avait si cruellement opprimés, et des ministres d'État qui l'achèvent en voulant la défendre à la manière d'Elisabeth.

Pendant que la voûte se lézarde à vue d'œil et arrache, par ses craquements, des cris de terreur aux partisans de Tédifice^ les fondements en sont minés, et la mèche y fume depuis bien des années dans l'étendue des trois royaumes. Sur loo habitants, l'Angleterre en a voué au moins 76 à l'industrie; or, rien de moins vrai que tout ce qu'on nous dit du dévouement de la population ouvrière aux institutions actuelles et de son profond respect pour les lois.

Page 1