LIVRE JII, CHAPITRE lll
rassemblée des nations , et un rôle à remplir dans l'organisme général.
Ce diplôme national est un don de Dieu et des siècles, une noble conquête des aïeux, un précieux héritage que chacun doit être jaloux de transmettre à ses enfants, et que tous les peuples doivent tenir pour inviolable tant qu'une nation ne Va pas déchiré de ses propres mains en n'usant de son indépendance que pour nuire à celle des autres.
La politique a dit trop souvent : A quoi bon maintenir sur la carte cette petite république, ce misérable canton, ce pauvre pays? Avec ces bagatelles on arrondirait tel État, on apanagerait telle maison, on se donnerait telle alliance.
C'est là le langage de l'injustice, de la cruauté, d'une brutale ignorance. L'injustice et la cruauté sont visibles : on égorge parce qu'on est le plus fort et qu'on se promet un avantage des dépouilles de la victime. Montrons la brutalité de l'ignorance.
Dieu ne faisant rien d'inutile^ toutes les existences ont un but plein de sagesse et doivent être conservées, alors même qu'on ne voit pas ce but, attendu que rien n'est plus visible que notre ignorance des lois de Tordre général. Tandis que la sottise et l'irréflexion jettent le blâme au Créateur de tant d'insectes et de bêtes nuisibles, la science prouve assez bien que, sans ces prétendus enne-
mis, noti'e terre pourrait bien être inhabitable.
S'il en est ainsi des espèces inférieures, à plus forte raison devons-nous penser que les individualités nationales ont toutes leur raison d'être. Il y en a de grandes et de petites : si les petites ont besoin des grandes, les grandes ont besoin des petites^ ne fôt-ce que pour les équilibrer, prévenir et amortir les grands chocs, en remplissant les interstiees. Le devoir et Tintérét bien compris des fortes sont de sauvegarder les faibles; le devoir et l'intérêt des faibles sont de se recommander par leur sagesse, de racheter leur petitesse territoriale par l'importance de leurs services dans les arts, dans le commerce, dans les armes, dans les lettres , et il faut avouer que rarement elles y manquent.
N'est-il pas vrai que les petits peuples sont ceux qui, en raison du nombre, ont donné le plus de noms illustres à l'histoire? 11 y a deux raisons de ce fait. La première est que, après Famour de Dieu, rien n'exalte tant l'individu, rien ne le porte aussi énergiquement vers les grandes choses, que l'amour de la patrie. Or cet amour n'est nulle part plus vif que dans les petits pays. Souvent il va jusqu'au ridicule; riez-en, mais gardes^vous de l'affaiblir. L'homme qui ne chérit pas son pays par-dessus tous les pays est, comme l'enfant qui ne met pas sa mère au-dessus de toutes les femmes, un mauvais cœur; et vous devez savoir qu'un