‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 79 sur 151 · LIVRE III, CHAPITRE JII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE JII

mauvais eœur, fàt-il doué des plus beaux talents, ne donnera jamais qu'un fameux vaurien. L*autre raison est que la Providence aime à employer les petits aux grandes choses. Pour ne pas remonter plus haut et ne citer qu'un exemple entre cent, il suffit de dire que, dans le dernier siècle, les forêts de la Finlande nous ont donné Linné , et que la Corse n^a pas mal justifié la singulière prophétie de Rousseau : a J'ai quelque pressentiment qu'un jour cette petite Ile étonnera l'Europe (i). » Rayer du catalogue des nations la moindre d^entre elles, hors le cas bien constaté où il est juste qu'elle meure pour le salut des autres, ce n'est donc pas seulement un meurtre politique qui réclame vengeance, c'est un crime sauvage qui, en détruisant un ressort caché, mais nécessaire ou très-utile à la vie de tous, sera peut-être la cause d*une désorganisation générale.

La conservation de la nationalité tient principalement à deux choses : à la langue que Ton parle, au pays que l'on habite. C'est l'observation de Bossuet^ qui a jugé ce sujet assez important

(i) Contrat social, liv. II, ch. x, — On sait que le célèbre Paoliy apFès ^voir délivré la Corse , Invita le philosophe genevois à lui porter le secours de ses lumières, pour réformer la législation du pays. Rousseau ne put se rendre à l'invitation, mais il ep ppi^se^^^ pn floni£ ^duvonir, et eela servît h le ren* dre prophète.

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pour en faire la matière de àenx propositions, l^en extrairai quelques lignes .

c( La parole est le lien de la société entre les hommes, par la communication qu'ils se donnent de leurs pensées. Dès qu'on ne s'entend plus l'un l'autre, on est étranger l'un à l'autre. Si je n'entends points dit saint Paul, la force d'une parole y \ je suis étranger et barbare à celui à qui je parle ^ 1 et il me test aussi. Et saint Augustin remarque ( que cette diversité de langages fait qu'w/i homme \ se plait plus as^ec son chien qui avec un homme son semblable... La société humaine demande qu'on aime la terre où l'on habite ensemble : on la regarde comme une mère et une nourrice commune; on s'y attache, et cela unit. C'est ce que les Latins appellent caritas patrii soli^ l'amour de la patrie, et ils le regardent comme un lien entre les hommes. Les hommes, en effet, se sentent liés par quelque chose de fort lorsqu'ils songent que la même terre qui les a portés et nourris étant vivants, les recevra en son sein quand ils seront morts (i). »

La langue est l'instrument indispensable, pas seulement pour nous communiquer les uns aux autres la vie de l'âme, mais aussi pour l'amé-

(i) Politique tirée, etc., liv. I , art-, ii, prop. a et 3.

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