LIVRE III ^ CHAPITRE III. *k^S
liorer, Tagrandir^ et concourir à l'accroissement de la vie universelle. La culture de la langue na« tionale est une partie essentielle de l'éducation de chaque peuple; les langues étrangères ne doivent venir que subsidiairement. Par celles-ci, on acquiert de précieux, d'abondants matériaux, on se procure un bel assortiment de modèles dans l'art de construire. Par celle-là, et seulement par celle-là , on élève des constructions de quelque valeur dans le royaume des intelligences.
Ceux qui s'imaginent que la division des langues est un grand obstacle à nos progrès intellectuels, feront bien de poser cette question aux littérateurs : Pensez-vous qu'il eût été mieux que Moïse et l'auteur de Job, Homère et Platon, Virgile et Cicéron, Alighieri et le Tasse, Pascal et Lafontaine, Milton et Shakspeare, Cervantes, le Camoëus, et tant d'illustres poètes et prosateurs de l'Allemagne, eussent écrit dans la même langue?
L'uniformité convient si peu aux travaux de la pensée, que le même peuple ne connaîtra la puissance de sa langue qu'autant qu'il aura, dans son panthéon, une variété d'individus qui lui en représentent, les uns la majesté et la beauté, par des formes pleines de noblesse et de grâce, les autres, la force et la vigueur, sous des dehors moins élégants.
a4t) LK SCIENCF SOCIALE.
Quoi qu'il en soit de cette idée , un peuple qui n'a pas une langue» ou qui la néglige ^ est dans toute la force du terme un peuple enfant ) im* puissant à rien produire d'original| il ne fera que singer les autres peuples , vivre sur leurs fonds f emprunter toujours, ne rendre jamais.
La terre aussi exerce une prodigieuse influence sur ses habitants. Entre elle et eux il s'établit un tel commerce I qu'il est difficile de dire de quel côté se trouve la plus grande somme des dons. Si la terre nous fournit des alimentsi des vêtements, ce n'est qu'autant que, par de longs travaux, nous lui avons donné une vie qu'elle n'a pas et que nous la couvrons d'un riche manteau de cultures variées. En même temps que nous la formons à notre service et à notre effigie^ elle réagit sur nous^ nous donne son empreinte, un cachet territorial^ une physionomie qui nous suit partout Or , ua peuple qui n'a pas un cachet à lui, une physionomie quelque peu saillante, est une nullité.
De ces puissantes influences de la langue et du territoire, il résulte nécessairement, entre les peuples, une diversité plus ou moins grande, mais très-réelle et très-naturelle, de goûts, d'afleôtions^ d'usages, de mœurs, de besoins moraujiet phy* siques.
Quelle est donc la première obligation du pourvoir politique chargé de gouverner plusieurs na-