LIVRE III, CHAPITRE IV. a
jour des révélations, tenons-les pour honorables. Mais quand des actes politiques , accomplis à la face de l'univers, ont porté dans les entrailles du corps social les éléments les plus actifs d'une dissolution générale, ne serait-il pas permis de qualifier convenablement ces actes en les appelant V œuvre de la plus ai^eugle cupidité dirigée par la plus aifeugle politique ?
Que fit-on, en effet? Les plus forts, après avoir pris ce qui était à leur convenance, répartirent le reste entre les faibles. Dans cet ignoble partage, on ne donna pas la moindre attention à ce qui constitue la vie des peuples, à leur religion, à leur langue, à leur passé historique, à leurs sympathies, à leurs intérêts matériels. On enfonça le couteau dans leurs chairs vives, on en jeta les membres palpitants dans les plateaux de la balance, et on dit à chacun : Voilà ton lot, garderie bien!
Quelle fut la conséquence immédiate de ce beau travail de charcuterie politique? Ce fut un travail semblable dans chaque nouvel État.
Les grandes puissances avaient fait une Europe à Timage de leur sagesse. Chaque souverain s'appliqua de toutes ses forces à l'assimilation de ses conquêtes , et ne négligea rien pour se délivrer des différences de religion, de langage^ etc., qui
étaient un obstacle à Tunité de ses États, et un péril pouF Favenir.
On doit se souvenir des travaux évangéliques de Guillaume d'Orange dans la Belgique, de Guillaume-Frédéric m dans les provinces rhénanes et les duchés polonais, de la Russie en Pologne, et, en général, de tous les pouvoirs protestants qui acquirent des populations catholiques à l'étal de Vienne.
Là même où la persécution n'a pas encore perdu les persécuteurs, ainsi qu'il est arrivé en Belgique, qu*ont gagné les pouvoirs politiques à ce long viol des consciences et à toutes leurs déprédations religieuses? Ils ont obtenu un certain nombre de défections, affaibli, divisé, appauvri, irrité ceux qu'ils n'ont pu corrompre, c'est-à-dire, l'immense majorité. Or, au jour du péril, quand on a contre soi les consciences les plus nobles, et qu'on n'est défendu que par les renégats, on peut gagner une ou deux batailles, mais on ne fait que retarder la défaite.
Qu'a produit le travail d'assimilation politique et civile? Écoutons un des publicistes les plus modérés :
« L'Europe a éprouvé, dit M. de Tocqueville, depuis un demi-siècle , beaucoup de révolutions et contre-révolutions qui l'ont remuée en sens con-