LIVRE III, CHAPITAE IV
traires. Mais tous ces mouvements se ressemblent en un point : tous ont ëbranlë ou détruit les poui^oirs secondaires. Des privilèges locaux, que la nation française n'avait pas abolis dans les pays conquis par elle , ont achève de succomber sous les efforts des princes qui Font vaincue. Ces princes ont rejeté toutes les nouveautés que la révolution avait créées chez eux , excepté la centrait' sation : c'est la seule chose qu'ils aient consenti à tenir d'elle (i). »
Oui , ces grands politiques se sont dit : Voyet la France, quelle admirable unité ! Et, sans consit dérer que la France était déjà la nation la plus homogène, la plus une, avant les triturations révolutionnaires, sans se douter même des souffVances et des périls que l'excès d'unité a créés dans ce beau pays , les voilà tous à promener le char de fer de la centralisation sur cent peuples divers, que l'on broie impitoyablement pour les mêler! Signalons , en peu de mots , quelques-unes des conséquences de ce système encore plus inepte que barbare.
I. On a profondément froissé, sans le détruire, le sentiment le plus vivace et le plus énergique ,
(i) Delà Démocratie, etc., t. IV, 4® part, ch, v.
après ou mieux avec le sentiment religieux, dont il se distingue à peine : Tesprit de nationalité. Une nation qui se souvient d'avoir eu en tout ou en partie le gouvernement d'elle-même, peut jusqu'à un certain point souffrir, accepter même le gouvernement d'un prince étranger; mais elle entend qu'il lui demande des ministres pour son conseil , des fonctionnaires pour l'exercice de sa souveraineté. Que s'il la fait gouverner et administrer à peu près exclusivement par ceux qu'elle regarde, non sans raison , comme des étrangers, et parfois comme des ennemis, c'est une injure qu'elle ne pardonne pas. Or, c'est ce qui arrive généralement dans les agglomérations d'États enfantées par le droit du plus fort. Les minorités sont sacrifiées de toute manière.
Le Français des Pyrénées et des Hautes-Âlpes, des bords de la Méditerranée , du Rhin , de FOcéan, sera fatigué par le gouvernementalisme parisien ; maïs du moins il est gouverné par des Français, et il n'a pas besoin de se dénationaliser pour prendre part au gouvernementalisme. Tout en maudissant le système, il peut dire, comme François V : Tout est perdu , fors F honneur ! Mais le plus petit peuple, qui a un nom dans Thisl^oire, ne peut jamais souscrire, à quel prix que ce soit, à sa disparition complète de la scène politique.