CHAPITRE V
DBS MODIFICATIONS NÉCBSSAniBS DÀHS L^XXKRCICB DU POUTOIt FOLITIQUB. — COUP d'€BIL sur L^OBIGINB BT LBS SUITBS DB SBS DiYUTIOHS.
Il y a une distinction à faire entre le pouvoir politique considéré d'une manière absolue^ et l'exercice de ce pouvoir. L'abus que l'on peut faire de cette distinction est un motif, non de l'ensevelir dans l'oubli, mais de la produire au grand jour et d'en bien user : c'est ce que je me propose.
Considéré dans son essence, c'est-à-dire comme ministre de Dieu pour réprimer le mal et procurer a tous la liberté du bierij le pouvoir politique est partout le même, à savoir : nécessaire, sacré, inviolable, irrésistible.
Il est nécessaire. — Tout le genre humain , lors même qiCil serait d^ accord^ dit un grand théologien, ne pourrait pas établir quil rCy aura plus ni chefs ni gouifernement (i ). La raison en est que
(i) Bellarmin, deZaiàis, lib. lY, cap. vi.
à62 LA SCIKNCI? SOCIALE.
Dieu, tout en laissant aux hommes la faculté de travailler à leur destruction, ne leur a jamais accordé, ne leur accordera jamais le droit de se détruire.
Il est sacré ^ im^iolable^ irrésistible. — Tous les hommes s'y emploieraient, qu'ils ne pourraient faire que ce que Dieu a défendu comme un mal ne soit pas un mal, que ce qu'il a commandé comme un bien ne soit pas un bien. Quand le pouvoir politique remplit sa fonction de réprimer le mal, de protéger le bien, il a donc Dieu avec lui, et on ne peut lui résister sans résister à DieUj comme dit saint Paul.
La conscience chrétienne n'admettra jamais le principe de Rousseau : « Un peuple est toujours le maître de changer ses lois, même les meilleures; car s'il lui plaît de se faire mal à lui-même, qui est-ce qui a le droit de l'en empêcher (i)?» Qui a ce droit?— D'abord, Dieu, qui en a usé en disant : Fous ne serez pas homicides. Qui, encore? — Le pouvoir politique, chargé de par Dieu et de par la nation de pourvoir au salut commun. Si ses dépositaires manquent à ce devoir sacré, ils sont immensément coupables devant Dieu et devant les hommes. Si le peuple est assez égaré pour les combattre ou ne pas les soutenir quand
(i) Contrat social ^ liv. II, ch. xij.