‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 88 sur 151 · LIVRE ÎIT, CttAPITRr, V. a · texte numérisé non relu

LIVRE ÎIT, CttAPITRr, V. a

ils r6mplisâet)t ce devoir^ il portera la peine de sa folie en s'entre-dëchirant jusqu'à ce quil plaide h Dieu de le faire enchaîner.

Mais de ce que le pouvoir politique conservé toujours ses divines prérogatives, qu'il soit aux mains du roi David, du roi Nabuchodonosor, des sénateurs, consuls ou empereurs de Rome, des despotes de l'Asie, de l'Afrique, et des chefs de nos États monarchiques ou républicains, s'ensuît-il qu'il doive toujours en faire le même usage? Immuable dans son essence, doit-il l'être, je ne dis pas dans la forme (j'en parlerai plus tard), mais dans l'étendue de son exercice? Je ne le pense pas, et voici mes raisons.

Le pouvoir politique est délégué de Dieu et confié par la nation à certaines mains, non pour qu'il s'exerce au gré de ces mains, mais pour qu'il concoure au grand, à Tunique but de la société, qui est la bonne éducation des hommes. 11 doit donc se proportionner au degré de cette éducation. S'il veut traiter les hommes qu'il a charge de gouverner en enfants idiots ou demisauvages, alors qu'ils sont déjà grands, assez bien disciplinés et capables de voir et de faire beaucoup de choses par eux-mêmes, il est déraisonnable, insensé; loin d'être l'image de la sagesse et de la puissance divines, il ne représente que la manie de la domination et de cet orgueil sata-

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nique qui dit : 11 n'y a de savoir et de pouvoir qu'en moi! — Je conclus de là trois choses :

!• Le pouvoir politique ne doit pas gouverner les peuples élevés par le christianisme , comme il à gouverné^ comme il gouverne encore les peuples restés dans Venfnnce sous Véteignoir du paga^ nisme ou de tAlcoran.

La thèse est trop incontestable pour que je m'arrête à la prouver. Il n'y a pas en Europe un homme de sens et de cœur qui n'approuve la noble réponse d'un vieux général au prince chrétien qui s'oubliait jusqu'à lui dire : ce Je ne vois pas de plus beau gouvernement que celui du sophi de Perse. — Oui, sire, les sophis peuvent lout; mais j'en ai vu étrangler trois de mon vivant. » Comme Dieu ne veut pas que les peuples chrétiens étranglent leurs princes, par là même il ne veut pas qu'ils soient gouvernés par des hommes qui peuvent tout, et en cela nous sommes tous d'accord avec Dieu. Hélas! nos pouvoirs politiques n'ont que trop usé de la faculté des sophis ; mais du moins ils ont dû y mettre des formes honnêtes et écrire sur les chaînes qui nous étouffent le mot magique : Liberté.

II. Le pouvoir politique ne peut pas gouverner les peuples nouveaux créés par t Évangile^ comme il gouvernait le petit peuple législaté au Sinai. On s* expose donc à de fâcheux mécomptes quandon va

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prendre indistinctement dans r ancienne loi tout ce qui s^f troui^e en faveur des gowernants^ et qu*on vient nous dire : Voilà ce que peuvent vos souvercdnsy et voilà ce que vous leur dei^ez.

On est en droit, ce semble, de répondre à ces politiques du Vieux Testament : Des teitips dont vous pariez jusqu'à nous, le monde n'a pas seulement marché, mais il a subi^ en Europe surtout, une révolution morale et matérielle immense, qui a radicalement transformé la pensée, les sentiments, les mœurs, les institutions.

L'auteur de cette glorieuse transfiguration , vous devez le savoir: c'est le Roi des rois, le Dominateur des dominateurs , qui habitant au milieu de nousj non environné de foudres et d'éclairs, mais plein de grâce et de vérité j nous a fait entendre des choses que le peuple conduit par Moïse au Sinaï ne pouvait pas encore entendre.

C'est Dieu lui-même en personne qui , nous mettant tous sur le pied d'une égalité religieuse parfaite, a constitué ainsi les pouvoirs qui doivent nous gouverner. Vous savez que ceux qui paraissent gouverner les nations ^ les dominent ( jVlèvent au-dessus d'elles) , et que les grands font peser sur elles leur puissance. Il n'en sera pas ainsi parmi vous; mais quiconque voudra être plus grand sera votre ministre^ et quiconque vou-^ dra être le premier au milieu de vous^ sera Fes-^

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claire Je fous. Car le Fils de Thomme lui-même ri est point venu pour être sen^iy mais pour serait et donner sa vie pour la rédemption dun grand nombre (i).

Celui qui prétendrait que ces paroles ne regardent que le ministère religieux., montrerait une grande ignorance de l'histoire chrétienne, et surtout de nos monarchies. Il ignorerait le langage que l'on tenait au^ princes et les serments que l'on exigeait d'eux, au jour de leur ordination, alors qu'ils recevaient aux pieds des autels le fardeau du sacerdoce royal. Il ignorerait la profession éclatante qu'ils faisaient chaque année, et que plusieurs font encore, de leur servitude universelle, en lavant les pieds aux pauvres. Il aurait, enfin, à prouver une de ces deux choses: ou qu'il n'y a jamais eu de princes chrétiens, ou qu'ils n'ont pas été compris dans cet ordre donné aux conquérants des âmes : Allez donc, enseignez toutes les nations^,,, leur apprenant à obsen^er toutes les choses que je vous ai commandées (2).

111. C exercice du pouvoir politique doit suivre le progrès de Véducation nationale^ s^allégery se res' treindrCy se communiquer^ sans s^ affaiblir j à mesure que r esprit public seforme^ s'élèi^e, se développe.

(n) Saint Marc, ch. x , 4^'4^<

(a) Saint Matthieu , ch. xxvni» 19, ao.

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