LIVRE III^ CH4PITRK V
Cela me partit encore ërident. l/n peuple chrétien est une classe qui veut marcher. Si le maître, dont la fonction est de présider an mouvement j de le modérer pour qu'il s'universalise et que les forts, aii lieu de faire bande à part, donnent la main aux faibles^ veut tout immobiliser et dire : Que personne ne bouge sans mon ordre! il ne gouverne pas , il opprime. II y a sur ce sujet beaucoup de préjugés , même dans les meilleures têtes.
On me dira : Vos idées de progrès national sont des idées chimériques, révolutionnaires; un peuple est toujours un ignorant, un enfant et un fou. Il marche droit, ou du moins il reste tranquille, tant qu'il est sous un gouvernement fort; dès que celui-ci faiblit, la folie universelle éclate.
— Je reconnais que, chez le peuple le plus moral, il reste toujours une multitude d'ignorants, d'enfants et de fous (i); et le tort capital de nos
(i) Il n'est pas nécessaire d'observer que les plus dangereux de ces ignorants, de ces enfants, de ces fous, appartiennent aux classes soi-disant instruites, c'est-à-dire sachant un peu de tout, excepté ce qu'il faut savoir avant tout pour être apte à gouverner. Ce sont les ignorants lettrés et les fous réputes sages qui font nos révolutions ; et si celles-ci n'ont pas détruit à fond la société, à qui en est-on redeyable, après Dieu? A la sagesse de ces niasses toujours plus ou moins animées de Tesprit chrétien.
a68 la science sociale.
gouvernements modernes est d'avoir entrave la véritable éducation populaire, quand ils n'ont pas travaillé à la corrompre. Je reconnais encore que le progrès éducationnel est nul chez les peuples non chrétiens y ou qu'il n'est qu'une dangereuse singerie ; et voilà pourquoi le despotisme gouvernemental doit V rester le même. Mais , en retour^ j'espère que vous voudrez bien ne pas me contester ce fait : Le catéchisme catholique a créé en Europe des nations entières de savants et de sages^ de telle sorte que nos petits villageois en savent plus, sur toutes les grandes questions qui intéressent F humanité ^ que n^en suivaient les Socrafe,les Platon y les Jristote^ les Cicérony les Senèquej les Antonin (i).
Quant au progrès social et politique , qui devait nécessairement résulter de cette égalité de la pensée religieuse, je me permettrai de vous demander si vous n'en apercevez point du xi^ au XII® siècle y du xii® au xiii% du xiii® au xiv®, du XIV® au XV®, du XV* au xvi®. Si vous ne voyez pas ce progrès, je vous conseille fort de lire l'histoire de cette époque, après quoi nous pourrons deviser de politique.
Pour renfermer ici en peu de mots une multi-
(i) Voy. de VÉducatior^^ Vhomme, ch. vm.