‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 92 sur 151 · LIVRE 111, CHAPITIUC V · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITIUC V

mesure celle-ci alors qu'elle devait se restreindre ils la firent descendre à mesure que les peuples montaient, et furent les véritables inventeurs du suffocant système de centralisation (i).

Le mouvement évolutionnairedes peuples étant partout entravé parla fausse direction de celui qui marchait en tête, le mouvement révolvitionnaire du xvi« siècle éclata, et c'est de là surtout que datent les grandes débauches du pouvoir politique.

Le protestantisme ne consacra pas seulement l'autocratie des souverains qui l'embrassèrent ; par

(i) La centralisation administrative française est, en effet, plus vieille qu'on ne pense , M. de Tocqueville l'a très-bien observé, v II n'est pas juste de dire que la centralisation soit née de la révolution française; la révolution l'a perfectionnée^ mais ne Ta point créée. Le goût de la centralisation et la manie réglementaire remontent, en France , à l'époque oili les légistes sont entrés dans le gouvernement, ce qui nous reporte au temps de Philippe le Bel. Depuis lors ces deux choses n*ont jamais cessé de croître. » Il cite ensuite un curieux passage du mémoire dans lequel M. de Malesherbes exposait à Louis XVI, en 1775, par quels puérils excès et par quels moyens on a travaillé à étouffer en France tout esprit municipal , à éteindre, si on le poupoitj jusqu'aux sentiments du citoyen; on a pour ainsi dire interdit la nation entière, et on lui a donné des tuteurs, M. de Tocqueville cite aussi ce jugement de Jefferson , écrivant de Paris en 1789 : « Il n'est pas de pays où la manie de tout gouverner ait pris de plus profondes racines qu'en France, et où elle cause plus de mal. » De la Démocratie, t. I , dans les notes, p. 299.

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I ^ les guerres atroces qu'il alluma, il obligea les ûâ-

tioDS qui lui résistèrent a se réfugiét* sous la dictature monarchique. Les guerres religieuses apdisëes, la dictature resta côinme un droit adquiâ, et engendra naturellement le droit révôliitiontiaife. En efîet, dés que la souveraineté peut tout, et tie reconnaît d^auires limites que celtes qu'elle veut bien se prescrire, il est inévitable, chez un pebplé non esclave , que la plupart veuillent exercer là souveraineté et que nul n'ait souci de lui obéir.

Qu'on ne demande donc plus comment s'est perdu te culte du pouVoir et des lois. Disons un mot de la manière dont il peut se relever.

JUMi

LiVllÉ tUj CHAPITIIE VI. 075

CÎÎAÏ»ITRE VI.

GOMMENT OH PEUt EiTAilLIE LE EESPEGT DU POUYOIE ET DES LOIS.

Il faut avoir ^itié de la faibletôê humaine et he pas bublièr le prôVètbe : Qui demande trop h'obtient que des refus*

Tant que le pouvoir politique voudra être, comttie Dieu, tout en tous lieux; tant qu'il dira aux tuasses par ses innombrables ministres emplu^mes t Vous n'êtes que des idiots^ des gëM de néant y pàye:l^^nous pour que nous fassioris vos aflkires! tant qu'il fera des lois sur tout et de toute manière y il est impossible qu'il ne soit pas honni, et la parole religieuse n'y pourra riefi.

Monter des manufactures législatives où le feu de la discussion soit continu ; y recevoir tous les fabricants désignés par un vote dicté par l'ignorance ou par les passions politiques; y dire à la face des peuples tout le mal imaginable ^ et des lois mises en délibération, et du pouvoir qui les

propose ou qui du moins devra les faire exécuter; y voter plus de lois que les gens du métier n'en peuvent lire et retenir; puis s'étonner du mépris général des lois et du pouvoir, quelle bonhomie, pour ne rien dire de plus!

J'ai tant de fois traité ce sujet, que je neveux pas y revenir, bien qu'il soit inépuisable. Je laisseses vingt côtés pour en mettre un seul en lumière.

La discussion publique et bruyante des lois, dans de nombreuses assemblées, et partant leur votation à l'aveugle, offraient moins de dangers chez les peuples enfants de l'ancien monde. Elles pouvaient aller encore, comme premier essai du régime représentatif, à nos pères du moyen âge. Les Anglais, passionnés pour leurs vieilles coutumes, et d'ailleurs doués d'une constitution sociale exceptionnelle, ont pu en user sans inconvénient. Mais il me parait que, avec une civilisation avancée, une telle manière de faire les lois ne peut être que désastreuse.

Voici mon principe. Plus les peuples grandissent en puissance intellectuelle et en moyens d'action sur la nature physique, plus il importe que leur législation soit éclairée, circonspecte, et qu'elle devienne par là même l'œuvre d'un trèspetit nombre d'hommes compétents.

Pour ne pas faire de la métaphysique, je donne

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