‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 94 sur 151 · LIVRE m, CHAPfTRK Vf. a8l · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPfTRK Vf. a8l

sioDs, celle de nous arracher à notre ignorance, à notre bas égoïsme, à nos dix mille travers d^esprit et de coeur, pour faire de nous des disciples de la vërité et de la charité.

Quoi qu'il en soit de cette idée, Téloquence me parait tout à fait déplacée dans le sanctuaire législatif, où doit trôner la raison la plus calme, la plus réfléchie, la plus patiente, obligée qu'elle est de consacrer des mois, des années même à l'étude d'une loi quelque peu importante, à moins qu'elle ne veuille jeter dans le monde des éléments de mort.

On me dira : Comment voulez-vous gouverner un pays avec un comité législatif qui mettra des mois et des années à méditer une loi?

— Je conviens que cela est impossible dans nos constitutions prétendues libérales, qui livrent tout, même nos âmes, au bon plaisir des gouvernants, pourvu qu'ils soient armés d'une loi. Mais une nation assez sage pour distinguer la liberté de sa très-dangereuse compagne la l^alité, doit s'assurer la jouissance de la première, et se donner des garanties contre l'autfe, en disant à ses chefs : Gouvernez-nous selon les lois, et non par des lois.

Je veux dire qu'un peuple qui ne se soucie pas d'être manipulé, pressuré de toute manière, doit demander d'abord à Dieu qu'il lui envoie des chefs

capables, demander eiisuit^ k Pes cbefii qu'iU \w

élaborent ou fasseqt élaborer ^p fsode aussi pourti aussi simple que possible, dont l'article Qpal mette à néant toutes les lois antérieures^ Q^^nt aux Ipi^ k veifir et aux modifications p^ce^^fires à ^on pode, ce jieMple doit viser à les r^pdr^ (r^sr rares e( difficiles ^ faire. C'est ce qu'il obtiendra

par sa constitution , si elle ^st vraiment marqué^ au coin d§ la liberté et de la sagesse-

Qh^, au lieii de s'appliquer niaisement à diviser et pondérer le pouvoir suprême , l'auteiir d'uqe constitution distingue le gouvernement de l'a^-^ miifistr^tion; — qu'il assure l'unité et la forçf du preipier» çt qu'il répartisse l'autre sur toute I9 face du territoire; -i- que la commune s'fidfninisr tre sous la surveillance du canton pu de l'arrondissement, çeiui-rci sous la siirvi^iliance du dér parlement ou de la province ; rr- que des dix mille alTaires qui vont maintenant au centre solliciter des décisions tardives et aveugles, neuf mille peuf cent cinquante au moins soient espédiées sur plaee;»-^ que le pouvoir central, occupé de son affaire capitale (l$r sécurité au dedans et au der hors), se borne à vider les difTérends qui surgir ront entre les pouvoirs subordonnés, sans jamais substituer son actipn à la leur, et les réduire au rôle de commis, etc., etc., etc. ; je maintiens que sur mille lois et ordonnances ministérielles ac*

LITRE m, CRAPITRB VI. ftSS

luelleffîefil Bëeessaires, neuf eeat quaire-Tingtquinze resteront à faire. Dans toute Fëtendue du pays, devenu cette fois libre, on délibérera, on statuera , on ordonnancera , on réglementera , on fera ce qu'exigent le bon sens, l'économie, la liberté réelle de tous, le respect dû au gouvernement et sa stabilité.

£n somme, il m'est impossible de croire qu'un gouvernement, quelle qu'en soit la forme, puisse produire autre chose qu'un despotisme plus ou moins lourd et humiliant, avec des révolutions an bout, tant qu'il ne s'apppiera pas sur des inêr titutions municipales et provinciales dignes d'un peuple pour lequel le mot de liberté ne soit pas une insultante ironie. Cela ressortira peutrétre des considérations suivantes sur les trois formes principales de gouvernement.

a84 LA SCIENCE SOCIALE.

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