DÉPENSES CONCERNANT L'HABITATION
Chauffage.
Éclairage.
section III DÉPENSES CONCERNANT LES VÊTEMENTS
section IV
DÉPENSES CONCERNANT LES RESOINS MORAUX, LES RÉCRÉATIONS ET LE SERVICE DE SANTÉ
(Culte. — Instruction des enfants. — Secours, aumônes, etc.).
section V
DÉPENSES CONCERNANT LES INDUSTRIES, LES DETTES, LES IMPOTS ET LES ASSURANCES
Épargne de Tannée.
§ 16. Comptes annexés aux budgets. — Section I r * : Comptes des bénéfices résultant des industries entreprises par la famille (à son propre compte) ; Section II : Comptes relatifs aux subventions. ; Section III : Comptes divers.
La 3 e partie comprend les notes annexées à la monographie. — A la suite des budgets et des comptes viennent des paragraphes plus ou moins nombreux, se rattachant à la description de la famille, mais n'en faisant pas partie intrinsèque. On les classe sous le titre et les sous-titres suivants :
Éléments divers de la constitution sociale ; faits importants d'organisation sociale ; particularités remarquables ; appréciations générales ; conclusions. — §§ 17, 18, etc.
Telle est la forme invariable de la monographie telle qu'elle a été arrêtée en 1855 par Le Play. Les modifications apportées en 1878 dans la deuxième édition des Ouvriers européens sont peu nombreuses et peu importantes.
Au point de vue du fond, la monographie de famille nous apparaît comme un instrument compliqué. Elle utilise, comme le lecteur a déjà pu le constater, l'observation analytique directe (l re partie, sauf le titre 4, et 3 e partie), la méthode historique (4 e titre de la l re partie), la statistique appliquée au budget des recettes et des dépenses (2 e partie).
Nous n'avons pas à insister particulièrement sur la légitimité des deux premiers procédés qui se combinent dans la monographie.
D'abord ils n'ont pas donné lieu à controverse et puis ils ne tiennent qu'une place secondaire.
Il en est autrement du budget domestique dans lequel, comme on sait, Le Play prétend résumer la description de la famille et trouver la vérification numérique, le contrôle mathématique des faits révélés par l'analyse (1). Tous les
(i) Ouvriers européens, tome I, page 225.
actes de la vie de famille n'aboutissent-ils pas, en effet, à une recette ou à une dépense et une épargne ? Le budget, par son déficit ou son excédent, ne reflète-t-il pas fidèlement l'état ou les habitudes des membres de la famille, la prévoyance ou la dissipation, le travail ou le chômage, la santé ou la maladie, la prospérité ou les souffrances du ménage ? Grâce à cette étude, par conséquent, il est possible de connaître avec précision la proportion des dépenses consacrées aux divers besoins essentiels : nourriture, habitation, éducation des enfants, etc., au paiement des impôts, aux besoins de luxe; nous sommes aussi renseignés sur l'importance des subventions qui s'ajoutent au salaire, du travail de la femme au foyer. Voilà quelquesunes des raisons qui expliquent la place prépondérante donnée au budget de famille et pourquoi même, dans la première édition des Ouvriers européens, on ne trouvait sous le titre des monographies qu'une collection de budgets détaillés.
§ 9. — Critique de la monographie — Valeur en soi et valeur comparée de la statistique par monographie.
Ces raisons sont-elles aussi décisives que le pensait Le Play ? Ces budgets de famille d'abord peuvent-ils nous fournir des renseignements précis et vraiment comparables entre eux, voilà la première question qui se pose.
On pourrait être tenté d'y répondre par la négative en raisonnant ainsi : la monographie, dans sa partie consacrée aux comptes des charges et des ressources de la famille n'est qu'une application de la statistique. Or la statistique est inapplicable aux faits sociaux. Reprenons successivement ces deux points.
La statistique, comme le remarque Cheysson (1) possède
(i). Réforme sociale, i or et i5août 1884, i er novembre 1895. Bulletin
à son service et emploie pour recueillir ses données deux procédés différents : l'enquête et la monographie.
l a Uenquête y c'est la statistique portant sur un grand nombre de faits. Elle rentre dans les fonctions naturelles de l'État et des collectivités, parce qu'elle est à la fois vaste et facile, parce que nul, mieux qu'un fonctionnaire local, n'est capable de remplir les questionnaires, base de l'enquête, soit en compulsant les documents antérieurs, soit en faisant sur place des relevés directs toujours assez simples (dénombrements de la population, recensement des professions, etc.) et qui, tantôt, sont envoyés directement au centre (systèmes allemand, autrichien, italien), tantôt sont totalisés par commune, puis par canton, etc. (système français).
2° La monographie, œuvre de l'initiative privée, est l'étude approfondie du budget d'un groupe pris comme type et pour le choix duquel l'observateur individuel est guidé par l'enquête qui a déjà débroussaillé le terrain et dégagé les moyennes. La monographie étant partiellement, au moins, une description analytique par des chiffres, par des dénombrements est donc une forme de statistique.
Or voici l'objection qui se dresse devant nous : la statistique n'est pas applicable aux faits sociaux. Car (1), les faits sociaux, dit Claude Bernard, ne sont jamais identiques, ils ne sont donc pas comparables entre eux ; il est dès lors impossible, sans commettre de grossières confusions, de les grouper sous une même dénomination. La statistique devrait, en conséquence, se limiter à la constatation des cas particuliers, mais alors elle n'est plus vraiment la statistique, et puis elle est sans utilité, car pour qu'elle fût utile, il faudrait qu'elle nous éclairât sur ces hypothèses spéciales, qu'elle permît d'en découvrir la nature et de les soumettre à la prévision. Or, il n'en est
de V Institut international de statistique, 1890, page 1 et suiv. et les Budgets comparés des cent monographies de famille. (1) Introduction à la méthode expérimentale, pages 235 et suiv.
rien. On a beau observer qu'un phénomène social se produit soixante-quinze fois pour cent (Tune manière, et vingt-cinq fois pour cent d'une autre, on ignore si, dans un nouveau cas, le fait va rentrer dans la règle ou dans l'exception.
Si, en ce qui concerne les enquêtes, on admet cette objection (du reste fort contestable (1), puisque le dénombrement, pour être légitime, n'a pas besoin de s'appliquer à des faits identiques individuellement, il suffit qu'ils soient d'espèce identique), n'est-on pas nécessairement conduit à l'admettre aussi pour l'étude monographique des budgets de famille, et à leur refuser par là même toute valeur scientifique ? Je ne le crois pas. Sans doute, la monographie rentre, par sa deuxième partie, dans la statistique ou observation des faits par les dénombrements. Mais elle diffère de la statistique proprement dite par le caractère, et la qualité des descriptions numériques. Le monographe étudie une lamille à une certaine date et sur un certain territoire dans sa vraie manière de vivre et d'agir. La statistique ordinaire porte, au contraire, sur les faits pris en bloc et indépendamment de leurs qualités et de leurs propriétés particulières. En un mot, l'enquête se meut dans l'abstrait et le budget monographique dans le concret. Dès lors, les objections qu'on fait valoir contre la première forme de statistique ne me paraissent pas pouvoir être adressées à la seconde,
La description de la famille par l'étude de son budget est donc légitime. Est-ce à dire qu'elle soit suffisante pour nous faire connaître complètement l'état de la famille, et surtout celui de la société? C'est un nouveau point sur lequel de graves doutes ont été élevés (2).
Et d'abord, a-t-on fait remarquer, le cadre monographique est impuissant à saisir la famille dans ses rapports
(0 De Roberty, la Sociologie, pages 116 et suiv. (2) Voyez-en l'expression dans un article de Paul de Ronsiers, Scienee sociale, -février 1894.
avec la société dont elle n'est que la molécule. Les particularités remarquables, les faits intéressants d'organisation sociale, objet de la troisième partie, ne sont en effet ni définis, ni classés. L'observateur peut placer là un peu ce qu'il lui plaît de noter. Aussi cette étude finale qui, dans les ouvrages de Le Play, est riche en aperçus originaux sur la constitution des États qu'il décrit, manque-t-elle le plus souvent de valeur scientifique, est-elle dépourvue de toute portée sociale dans beaucoup des monographies écrites par ses disciples.
Un autre vice encore plus grave de la méthode, c'est qu'elle ne nous donne qu'une photographie incomplète de l'organisation propre de la famille. Elle ne reproduit et décrit que les phénomènes dont le résultat est évaluable en argent. La monographie en effet n'est, comme le dit Le Play lui-même (1), que la description de la famille résumée dans le budget. Les comptes des recettes et des dépenses sont, il est vrai, précédés d'une première partie sur la condition des divers membres de la famille, mais les remarques qui y sont consignées ont pour but d'éclairer, plutôt que de compléter la partie relative au budget. Or, la vie de la famille ne se résume pas tout entière en des recettes ou des dépenses, ni même en des phénomènes susceptibles d'une évaluation pécuniaire sérieuse.
D'abord certains actes n'aboutissent pas à une recette ou à un débours. Ainsi en est-il du patronage moral, du régime de la transmission des biens, de l'éducation et de l'apprentissage des enfants par la famille ou par le milieu.
Ensuite, lorsque des actes de la famille influent sur le budget domestique, la dépense qu'ils nécessitent ou la recette à laquelle ils donnent lieu ne suffisent pas toujours à mesurer leur importance. De ce que je dépense quelques sous par an pour aller à la messe, en conclura-t-on que je
(i) Ouvriers européens, tome I, page 228 (2 e édition),
suis ou ne suis pas religieux? On ne peut savoir. Chez les pasteurs demi-nomades de l'Oural, l'instruction coûte vingt centimes par an, par enfant. L'instruction est-elle cependant plus négligée qu'ailleurs? On l'ignore. Sur ce point, l'indication du budget n'est nullement significative, car bien des services sont gratuits.
Parfois il est vrai, les faits, tout en n'aboutissant ni à une recette, ni à une dépense, sont néanmoins susceptibles d'une évaluation pécuniaire. Ainsi chez les Bachkirs, la valeur vénale n'existe pas, la terré ne se vend pas, elle est seulement partagée tous les quinze ans entre les chefs de famille. Il ne peut s'agir d'un budget de recettes et de dépenses. Le Play cependant le construit en convertissant en argent la valeur des bois et des champs de la famille* Mais qui ne voit que cette transformation est purement arbitraire?
Les cadres de la monographie telle que Le Play l'avait élaborée étaient donc un peu étroits, il était difficile d'y faire entrer la description de certains éléments sociaux de la plus hauto importance.
§ 10. — Modifications proposées. — La nomenclature
sociale.
On a remédié à ces imperfections de deux façons.
L'école de la Science sociale a élargi considérablement et assoupli les cadres de la monographie de famille.
L'École de la Réforme sociale les a conservés tels quels ; mais d'une part elle a donné plus d'importance à la première et à la dernière partie dans les nouvelles études publiées, d'autre part elle a créé des types nouveaux de monographie (monographie d'atelier, de métier, de commune, etc.), destinés à faciliter la description de certains organismes artificiels dont il a paru impossible de mêler Tétude à celle de la famille.
Étudions successivement ces rectifications ou ces exten-
sions apportées à la méthode monographique par les disciples du maître.
L Les changements proposés par Henri de Tourville (1) : la nomenclature sociale. En voici l'exposé pour lequel je me sers, autant que possible, des expressions mêmes de l'auteur.
Suivant lui, la monographie dans l'œuvre de Le Play représente le procédé d'analyse ; les Ouvriers européens représentent le procédé d'observation comparée. Dans la Constitution de VAnglete7*re, Le Play a essayé de classer scientifiquement, de retrouver l'ordre naturel des laits sociaux, mais là encore il ne se sert que de divisions très générales pour ne pas fatiguer le lecteur ; de même que dans ses autres ouvrages, il cherche surtout à être lu, et pour cela place en premier lieu les chapitres sur les sujets qui passionnaient les esprits de son temps (religion, propriété). Mais Le Play portait en lui un système de classification beaucoup plus rigoureux qu'on peut définir et exposer ainsi : vingt-cinq grandes classes de phénomènes composent Tordre d'une société. Tous influent sur la manière dont la famille pourvoit à la subsistance de ses membres et se perpétue. Pour les connaître, il suffit donc de les étudier dans leurs rapports avec la famille.
Ces faits, les voici dans leur enchaînement logique.
La famille ouvrière procure des moyens d'existence à ses membres par :
1° Le lieu (sol, sous-sol, air, plantes et animaux) où se fixe la société : c'est le théâtre naturel de son action, la source plus ou moins directe du pain quotidien.
2° Le travail manuel, opération par laquelle l'homme se met en rapport avec le lieu ou les produits du lieu (ivcolte des productions spontanées, extractions, fabrication, transport, échanges).
3* La propriété, c'est un phénomène social amené par
(i) Articles parus dans la Science sociale de 1886.
le travail, on ne travaille que pour s'approprier un bien quelconque. Les formes de la propriété sont déterminées par les besoins du travail (propriété en communauté lorsque le travail a lieu en communauté, propriété simplement familiale, lorsque le travail a lieu par ménage, propriété individuelle avec ses diverses variétés). Au point de vue social il existe quatre espèces de propriété.
3° D'abord la propriété foncière, c'est la propriété par excellence.
4° Les biens mobiliers, propriété inférieure, ne supposent pas nécessairement chez les titulaires de grandes aptitudes ou qualités sociales.
5° Le salaire, forme encore plus infime de la propriété.
6° V épargne, mode à l'aide duquel les trois précédentes formes de la propriété s'accroissent ou même se constituent partiellement; ces trois derniers faits sont, au reste, dominés et déterminés par les conditions de la propriété foncière.
Après l'étude des moyens matériels d'existence de la famille ouvrière et de son atelier de travail, se place l'analyse de son organisation et de son foyer.
7° La famille ouvrière continue l'espèce, perpétue la race par son organisation.
Ici se pose la question de l'autorité paternelle, de l'influence de la femme, de l'éducation des enfants, en un mot des moyens pris pour contrebalancer l'influence du vice originel.
8° M ode d'existence de la famille (nourriture, vêtement, logement). Les ressources de la famille étant déjà connues par les six premiers faits qui représentent le budget des recettes de Le Play et l'organisation de son personnel par le 7°, le 8° nous montre quelle application elle fait de ses ressources à la satisfaction des besoins matériels de ses membres et grâce à quels appuis elle pare à ses besoins immatériels (culture morale, éducation, culture intellectuelle ou instruction, culture religieuse, culture sociale,
patronage ou protection). Déjà, nous voyons la famille entrer en contact avec les autres éléments de l'organisme social (commerce, voisinage, corporations, commune, unions de communes, cité, pays, province, État). . C'est le budget des dépenses de Le Play avec le texte explicatif qui le concerne.
9° Phases de Vexist en ce (circonstances plus ou moins extraordinaires d'une durée variable et incertaine pendant lesquelles la famille ne peut plus seule satisfaire à ses besoins même matériels) : ce sont les naissances d'enfants, leur établissement, les déplacements, les accidents et maladies, l'infirmité, la vieillesse, les décès, les sinistres, les chômages, l'endettement, les entreprises nouvelles, etc. Cette étude doit suivre celle du mode d'existence dont ces circonstances bouleversent tantôt en bien, tantôt en mal, les conditions ordinaires.
En somme, les neuf premières classes de faits pourraient être rassemblées sous le titre de « Organisation de la famille ouvrière ».
.. Mais déjà dans l'étude des neuf premiers faits, on a aperçu l'influence des groupements superposés à la famille ouvrière et l'importance des gens à aptitudes supérieures pour la direction du travail et de la propriété. Le neuvième fait ou phases de l'existence nous a révélé la nécessité de l'intervention deces autorités sociales au moment des crises de la famille. En un mot, les phénomènes précédents nous ont découvert trois sortes de patronages : patronage dans le travail, patronage dans la propriété, patronage dans l'emploi même des ressources et dans les accidents, qui peuvent se présenter. De là la nécessité d'étudier l'organisation intérieure et le moteur de la famille patronale.
10° Le patronage. La famille patronale protège la famille ouvrière, mais il y a plus, elle protège aussi les familles ou les gens livrés à l'exercice des arts libéraux de tous ordres, en un mot, elle gouverne, elle a la direction générale. Cependant, de même que le souverain s'entoure
d'administrateurs, d'hommes de guerre, diplomates, savants, lettrés, le patron ne pouvant faire tout par lui-même doit attirer autour de lui, pour l'aider dans le gouvernement et la protection générale des familles, des spécialistes moins bien placés que lui en vue de cette œuvre, parce qu'ils ne détiennent pas comme lui les instruments de travail, mais ayant des aptitudes tout à fait supérieures dans leur branche. Ces hommes à aptitudes spéciales venant, après le patron, en aide à la famille ouvrière sont les commerçants, les savants, les artistes et les lettrés, le clergé.
11° Le commerce.
12° Les cultures intellectuelles (Education, instruction résultant des conditions de la vie ou fournie par le professeur, l'instituteur, le médecin, le savant, le légiste, l'artiste, le lettré).
13° La religion. On avait déjà dans l'organisation de la famille analysé le rôle social de la religion, au point de vue du respect d'autrui, de la femme, du père, du gouvernement. Ici on étudie la religion en elle-même, sa constitution intime, le culte privé pratiqué sans l'intervention d'un ministre spécial, le culte public, le clergé, les corporations religieuses.
Ces diverses classes adonnées aux arts libéraux ou au commerce ont quelquefois, comme les ouvriers eux-mêmes, besoin d'être guidées. Ce soin incombe au patron dont l'influence protectrice s'étend en quelque sorte sur les deux versants del'édifice social. Il en est ainsi, par exemple, dans les grandes usines patronales de l'Occident où se trouvent réunis autour du patron lés ouvriers de son atelier, les agents de sa maison commerciale, l'instituteur dç son école, les contre-maîtres et ingénieurs de ses bureaux, l'aumônier de sa chapelle et parfois même les lettrés et les artistes de son salon. Mais le plus souvent, ces personnes à aptitudes éminentes ne sont pas placées sous la même direction que les ouvriers, elles vivent en général à l'état
indépendant et exercent leur action sur un ou plusieurs centres de travail à la fois. On est ainsi amené à l'étude du :
14° Voisinage. Elle a aussi des chefs, cette collectivité de familles adonnées aux arts usuels ou aux arts libéraux et groupées dans un même lieu. Ce sont ces hommes sages dont les mœurs, les conseils, les bons exemples finissent par prévaloir, bénévolement acceptés. Ce sont les hommes divins dont parlait Platon, les autorités sociales, vrai fondement de la nation.
Parfois le voisinage, pour échapper à l'action dissolvante des volontés individuelles, se lie plus étroitement et se fonde sur des engagements définis, positifs et formels. Il devient une corporation.
15° Corporations. Elles se composent de gens indépendants qui, ne trouvant pas suffisantes les obligations créées entre eux par les rapports, naturels, le* confirment par des engagements réciproques, se soumettent, pour faciliter leurs travaux ou maintenir leur union à un certain régime conventionnel de contrainte.
Tels sont les grands faits relatifs à l'organisation de la vie privée; ici commence la vie publique.
La vie publique ou les associations forcées maintiennent la paix entre associations et individus et facilitent la satisfaction des besoins collectifs. Dans les sociétés, il y a en effet certains points qu'on n'a pu laisser ni au bon vouloir du voisinage, ni à la liberté des individus, des familles ou des corporations. Voilà comment, suivant les exigences vraies ou prétendues du bien public, s'établit et s'éche-» lonne par degrés la souveraineté, avec ces associations de plus en plus étendues :
16° La commune.
17° Les unions communales.
18° La cité.
19* Les pays membres de la province.
20° La province.
21* L'État, enfin, qui embrasse la nation entière.
Ainsi s'élève la famille, puis la société : le territoire se remplit, la nation se répand hors de ses frontières, alors apparaît le 22 e fait.
22° Expansion de la race, qui se manifeste par l'émigration et par la colonisation.
Au delà, sans doute, c'est l'étranger, mais la nation a avec lui des rapports au point de vue public ou privé.
23° L'étranger.
24° Histoire de la race. L'étude du passé permettra d'éclaircir les phénomènes actuels, de remontera la source des préjugés ou des insuccès dont la cause est encore inconnue. En même temps grâce aux observations directes prises sur place et dans l'état présent de la race, on arrivera souvent à reconstituer une institution disparue. Il sera ainsi permis de juger la race d'après le critérium que fournit la science sociale.
La race étudiée ne forme elle-même qu'une partie d'un grand Tout qui est le monde social. Pour le penseur, le monde social n'est pas une collection de sociétés indépendantes, mais un ensemble coordonné de groupements dont lçs rôles nettement distincts se complètent et se combinent pour un résultat total. Ainsi on arrive à l'étude générale de ce grand phénomène et des combinaisons dont il est le fruit. Cette étude est nécessaire pour déterminer le 25 e fait social.
25° Rang de la race.
Telle est, dans son ensemble, la nomenclature sociale proposée par M. de Tourville. Les vingt-cinq grands faits qui doivent être examinés dans toute monographie de famille ouvrière se subdivisent eux-mêmes et forment un ensemble d'environ quatre cents faits dont on trouvera Ténumération dans le Cours de Méthode de M. Pinot (1).
(i) Science sociale } tome XI et suiv.
5 11. — Utilisation de la statistique par enquêtes. — Extensions de la monographie à d'autres groupes que la famille : l'atelier, le métier et ses diverses formes, la commune, la société, la monographie historique. — Desiderata personnels : la monographie des familles riches, des peuples sauvages et de Vindividu anormal ou socialement èminent, qualités exigées de l observateur.
Pendant que l'École de la Science sociale travaillait ainsi à élaborer une classification plus systématique et plus complète des éléments sociaux, l'École de la Réforme sociale étendait les applications de la monographie hors du domaine de la famille où elle avait été jusqu'alors enfermée.
M. Cheysson montrait l'utilité de la statistique par enquête à côté de là monographie et en même temps inven- . tait la monographie d'atelier et de commune; M. de Jlaroussem, celle de métier.