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II. La statistique par enquête

A la différence de la monographie qui ne porte que sur quelques groupes sociaux, la statistique par enquête, comme on sait, embrasse une société tout entière.

Elle donne dès lors des renseignements moins profonds, moins sûrs, moins vivants, mais plus étendus, plus généraux. Grâce à elle, nous pouvons avoir un aperçu de l'état économique (statistiques de production, des sociétés commerciales, des sociétés coopératives, des professions, du travail, des usines, des machines à vapeur, des exportations, des importations, des impôts, etc.), l'état juridique (statistique des procès et des jugements, l'état moral (statis-

(1) Réforme sociale, i e * et i5 août 1884, i er nov. 1895. Bulletin de V Institut international de statistique, 1890, pag. 1 et suiv. et le Budget des cent monographies de famille (préface).

tique de la criminalité, des naissances illégitimes, des mariages, de la prostitution), l'état hygiénique d'une société tout entière. La statistique révèle l'ossature sociale. Elle constitue un procédé de recherches fort recommandable. Et Ton comprend que beaucoup de disciples de Le Play soient membres à la fois de la Société de Statistique et de la Société d'Économie sociale. Le Play lui-même a toujours reconnu les services que pouvait rendre la science des descriptions par les nombres. C'est à son initiative qu'est due la création, en 1832, du Service de Statistique de V Industrie minérale (l),dont il resta longtemps secrétaire. Enfin, on lui doit un mémoire sur l'utilité de la statistique. Écrit en 1840, il a été reproduit dans le Journal de Statistique de janvier 1885.

III. La monographie d'atelier a été exposée pour la première fois, dans la Réforme sociale, 15 mai 1887 (2).

Elle diffère par trois points de la monographie de famille. — Le milieu est plus compliqué.

Le sujet est plus complexe, ce n'est plus l'homme en famille, c'est une organisation tout entière. Le cadre en sera donc plus large, plus flottant et les moyens d'investigation moins sûrs et moins faciles. La monographie d'atelier ne se résumera pas comme la monographie de famille en un budget de recettes et de dépenses, le patron ne voudrait pas les communiquer, du reste il ne sait que ce qui le concerne, il ne connaît pas tout ce qui est relatif à ses ouvriers. Les matériaux qu'on utilisera, sont que plus difficiles à se procurer, ils seront fournis par des enquêtes, par des questionnaires, par les corporations.

Elle comprend deux parties principales : Tune, plus spécialement consacrée à Y organisation commerciale (Généralités sur la région, sur l'industrie. Organisation finan-

(i) Ouvriers européens, tome I, page 4<>6.

(2) Voir des applications de cette monographie, dans le livre sur l'Alimentation, par du Maroussem (publication de Y Office du travail).

cière. Organisation commerciale), l'autre k Y organisation du travail (Divisions principales de l'atelier. Recrutement et répartition du personnel. Salaires. Durée du travail. Institutions créées en faveur des ouvriers par l'État, par les ouvriers eux-mêmes ou par les patrons. Habitudes générales de la famille ouvrière. Rapports entre le capital et le travail) .

L'idée de la monographie d'atelier a son origine dans les essais de Louis Reybaud parus en 1858, sur le régime des manufactures de soie, de coton et du fer, dans les études de Baudrillart, sur les Populations agricoles (3 volumes parus de 1885 à 1890 et embrassant la France entière, sauf le Centre et l'Est), dans les enquêtes industrielles du statisticien italien Bodio et peut-être dans les monographies professionnelles, publiées par M. Barberet en 1885.

4° La monographie de métier (1) comprend trois études superposées :

1° V enquête bibliographique ou examen successif de tous les documents historiques, statistiques et techniques qui concernent le métier.

2° L'enquête personnelle ou interrogations méthodiques des principaux patrons et ouvriers, chefs d'associations, bureaux de secours mutuels, autorités sociales, et qui aboutit à la topographie générale du métier, à la détermination des diverses espèces ou zones d'industries.

3° L'enquête monographique proprement dite ou rédaction, dans chaque zone d'industrie, d'un certain nombre de monographies d'atelier (d'après la méthode Cheysson) ou de famille (d'après la méthode Le Play).

Elle est donc la combinaison de la méthode historique (première étude) et des monographies d'atelier et de famille.

Ces monographies de métier peuvent s'étendre et

(i) Voir les quatre volumes déjà cités de du Maroussem, sur la question ouvrière et principalement : la Ville du meuble. \

devenir des monographies, soit de cité ouvrière (1), soit de marchés (2), soit de commerce (3). Enfin il va être dressé des monographies internationales comparées (4).

5° Monographie de commune.

Elle constitue un instrument encore plus complexe.

On y a suivi le même plan que pour les monographies de sociétés dont la Constitution de V Angleterre par Le Play est l'application.

On trouvera, dans la Réforme sociale (5), Ténumération des principales monographies de communes, publiées par la Réforme sociale ou par les recueils qui l'ont précédée. On peut considérer comme une monographie de canton, l'étude de M. du Maroussem sur les Métayers du Confolentais.

6° Monographie de société.

Le Play en a, comme on sait, tenté une esquisse, dans son ouvrage sur la Constitution d'Angleterre, paru en 1875 et divisé en douze livres (6).

Après l'étude des lieux et de la population, de la race et de son histoire, vient la description des subdivisions du pays, des organes de la loi morale et de la religion, de la famille et de son domaine, de l'association et de la hiérarchie dans la vie privée, enfin des rapports du citoyen et de l'étranger. Les cinq derniers livres sont consacrés au gouvernement local, provincial et central, à l'État, puis

(r) Exemple : la monographie de du Maroussem, sur V Industrie des Jouets à Paris.

(a) Étude sur les Halles centrales de Paris.

(5) Exemple : V Alimentation à Paris. — Le Vêlement à Paris. Du Maroussem (Publications de YOffice du travail).

(4) Du Maroussem : le Vêtement à Paris et à Vienne.

(5) 16 avril 1889, page 5 16. — Quant au plan monographique de M. Cheysson, il a été exposé à la Société des Agriculteurs de France de 1895 (voir les Bulletins de cette société).

(6) C'est cette esquisse qui, on le sait, a servi de point de départ à M. de Tourville, pour l'élaboration de sa nomenclature sociale.

l'ouvrage se clôt avec la conclusion sur là prospérité et la souffrance.

7° Monographie historique.

Taine avait proclamé, dans son discours de réception à l'Académie Française, que la monographie est le meilleur instrument de l'étude du passé. Aussi ne doit-on pas s'étonner qu'on ait proposé l'application de cette méthode à l'histoire.

Des savants, du reste, ont, de tout temps, dressé soit des monographies, soit des statistiques relatives à des familles ou des sociétés disparues.

Un plan pour la description des provinces en 1789 a été publié dans la Réforme sociale (1). Les travaux de M. Louis Guibertsur l'ancien Limousin, de M. de Ribbe, sur la Provence, ne constituent-ils pas de vraies monographies ? Les '( Livres de raison » qu'on y utilise mentionnent les événements les plus notables qui intéressent la famille.

Desiderata personnels. Ne verra-t-on pas des extentensions nouvelles de la méthode ?

Il ne serait pas impossible qu'on arrivât un jour à nous donner des monographies de familles riches et des monographies d'individus.

Et d'abord des monographies de familles riches auraient l'avantage de nous instruire sur les moyens de parvenir au patronat dans une société donnée.

Jusqu'ici nous n'avons guère que les études des lettrés de profession.

L'existence de ces études peut, il est vrai, étonner au premier abord. Comme, en effet, nous aurons l'occasion de le prouver en étudiant les transformations des professions libérales pendant l'âge de la houille, c'est à peu près vers la même époque que le souci de la vérité et la préoccupation des intérêts du plus grand nombre jettent à la

(i) i5 septembre 1887.

fois les beaux-arts et les sciences dans la voie sociale et réaliste.

Or, tandis que Le Play, et pour les raisons que Ton sait, fait porter ses investigations sur les classes pauvres de la population, la littérature choisit presque tous les personnages de ses romans ou de ses pièces dans les classes riches ou aisées. Pourquoi, alors que la transformation de ces deux manifestations de la vie sociale (science et beauxarts) s'est produite dans le même sens et vers la même époque, l'artiste n'a-t-il pas été amené, comme le savant, à l'étude des mêmes classes ? On peut, je crois, donner deux raisons de cette particularité.

La première raison, c'est que les auteurs dramatiques, les romanciers, vivent généralement dans un milieu mondain, opulent parfois, ils décrivent dès lors ce qu'ils voient. Pour parler du peuple, il faudrait aller à lui, le visiter dans ses faubourgs, dans ses bouges, bien peu d'hommes ont ce courage. Ajoutez que les littérateurs cherchent avant tout le succès, or il ne s'obtient qu'en flattant les goûts du public. Or, quelles personnes lisaient alors les romans ou assistaiept aux spectacles ? C'étaient ou des riches, s'intéressant peu aux classes inférieures, ou des gens de condition médiocre, des snobs, n'admirant que ce qui est perché au-dessus d'eux dans l'échelle sociale, demandant à être transportés au delà du champ où se meut leur ordinaire activité. Ainsi les préjugés du public empêchèrent assez longtemps l'artiste de puiser ses inspirations dans le milieu vraiment populaire, c'est-à-dire pauvre. Mais les nécessités, la logique du système réaliste et objectif, comme l'ambition de faire de leurs œuvres le miroir, la représentation complète de la société de leur temps, poussèrent certains hardis écrivains dans la voie où s'était engagé Le Play. Tels MM. Maxime du Camp et d'Haussonville, revêtant la blouse du manœuvre et prenant la hotte du chiffonnier, couchant dans les carrières de Montmartre, apprenant

l'argot, pour mieux pénétrer les mœurs de certaines classes de la population parisi enne. Plusieurs œuvres de Balzac, de Georges Sand, des Goncourt, d'Emile Zola, les poèmes de François Coppée, reposent sur le même système nouveau d'observation. Et enfin au théâtre, n'est-ce pas aussi le même souci de peindre les habitudes, les préjugés, les sentiments du pauvre qui inspire François le Champi de Georges Sand, la Fille Elisa, la Germinie Lacerteux de Goncourt, Y Artésienne, d'Alphonse Daudet ?

Eh bien ! il ne serait pas impossible que, par une évolution inverse, l'école de Le Play arrivât à étudier dans ses monographies les familles riches. J'en vois un indice, non sans doute dans une monographie, mais du moins dans un portrait de la famille de Rothschild, tracé dans le Correspondant du 10 juillet 1891, par un disciple éminent de Le Play, Claudio Jannet, aussi dans certaines notices nécrologiques consacrées à de grands industriels. D'autre part, M. du Maroussem insiste beaucoup, dans son étude sur la Petite Industrie à Paris, sur la manière dont on devient patron. Ces études seraient nécessaires pour apprécier, par exemple, ce qu'il peut y avoir de faux ou d'exact dans la théorie de Karl Marx sur l'injustice du profit de l'entrepreneur, ou dans la théorie suivant laquelle l'impôt pèserait plus sur le pauvre que sur le riche.

11 faut reconnaître, du reste, que le rédacteur des monographies de familles riches se heurtera le plus souvent à des obstacles infranchissables. Elles refuseront, en général, de répondre aux demandes indiscrètes de l'observateur. Comment espérer qu'elles consentent ainsi à révéler à tous leurs ressources ? L'essai, en nos temps de socialisme, d'impôt sur le revenu et de publicité à outrance, pourrait être dangereux. Le littérateur ne fait pas courir grands risques aux personnes ou aux classes qu'il décrit, car il gaze et voile toujours, il mêle sa fantaisie à la peinture de la réalité. De plus il n'a pas à dresser, comme le

monographiste, île budget précis, il se borne à des observations plus ou moins générales ; l'art ne sera jamais qu'une imitation de la nature, la monographie en est la photographie minutieuse. Il suffit d'être admis dans un salon pour pouvoir écrire une pièce ou un roman sur des gens riches ; pour les monographier, il faut entrer dans leur intimité, s'asseoir à leur foyer.

Ces obstacles seraient évités sf les personnes des classes aisées étaient assez dévouées à la science pour décrire et publier elles-mêmes les comptes de leur ménage. Le fait ne serait pas sans exemple. Ainsi, nous devons à un fonctionnaire, M. Beaurin-Gressier, une monographie de sa propre famille (1).

Et enfin, tairai-je un sentiment ?

C'est qu'il nous faudrait aussi des monographies d'individus. Le Play lui-même reconnaît l'influence des personnes à aptitudes éminentes sur la direction des sociétés (2). « Le problème social sera résolu, comme il l'a été à « d'autres époques de corruption, par un petit nombre « d'hommes supérieurs qui se dévoueront à restaurer le « règne de la vertu. » Or, la famille de ces individualités originales et puissantes ne nous intéresse pas. Elles peuvent ne pas en avoir. Laisserons-nous dans l'ombre le développement de ces grandes intelligences et de ces grandes âmes qui ont tant agi sur leur temps ? Mais alors nous sommes condamnés à ne pas le comprendre. Bien des variations de son histoire s'expliquent par l'apparition plus ou moins fortuite de ces vigoureux tempéraments (inventeurs, meneurs d'hommes, savants), et par

(i) Journal de la Société de statistique, livraison de juillet et août 1895. Cette monographie offre le plus grand intérêt. Sa conclusion est que l'impôt représente 23 ou 25 °/ dans le revenu total de la famille; 5. 000 fr. semblent avoir été payés à l'État sur les 20.000 fr. du revenu annuel (12.000 fr. de traitement, 8.000 fr. de revenus patrimoniaux).

(2) Cf. La Réforme sociale, en. XXXIV, § 25, in fine.

l'adhésion des masses aux idées ou auxprocédés nouveaux qu'ils ont jeté dans la circulation. Comme Ta dit un écrivain (1), pour expliquer l'évolution des états sociaux il faut poursuivre « la connaissance intégrale biologique, phy sicce logique, psychologique de l'individu digne de marquer « dans la société, du héros, constituant lui-même par ses « adhérents et ses similaires, un groupe noble propageant « dans son ensemble particulier, ou dans l'ensemble total, « ces grandes séries d'admirations, d'entreprises, d'instituée tions communes qui forment les États et agrègent l'hu- « manité ». Cette connaissance est d'autant plus nécessaire que l'action des supérieurs sur leurs inférieurs est aujourd'hui péremptoirement établie. Tarde a pu intituler un des meilleurs chapitres de son chef-d'œuvre, les Loisde l'imitation, de la façon suivante : « La loi d'imitation du supérieur par l'inférieur. » Et Le Play constate lui-même l'influence des autorités sociales. Eh bien! c'est précisément des principales d'entre elles que nous voudrions des monographies.

Comment les construire ? L'école de la Paix sociale, si elle venait à adhérer à cette idée, pourrait utiliser dans une grande mesure la méthode dont un de ses plus illustres membres, Taine s'est, à la suite, du reste, de Sainte-Beuve, mais plus systématiquement que lui, inspiré dans ses livres ou essais de critique sur La Fontaine, Tite-Live, Balzac, Racine, la littérature anglaise (2). Ce système consiste d'abord à préciser la faculté maîtresse ou commandante d'où les autres dépendent et qui

(i) Emile Hennequin, la Critique scientifique (Paris j888 chez Perin). Voir dans un sens contraire, Bourdeau, l'Histoire et les historiens, Emile Faguet, Préface des politiques et moralistes. Suivant eux les grandes intelligences n'ont aucune influence sur l'évolution sociale. Mais c'est oublier, que parmi elles sont compris les fondateurs des arts usuels et des professions libérales.

(2) Voir sur l'exposé de cette méthode notamment Préface de l'Histoire de la littérature anglaise et Préface des Essais de critique et d'histoire, par Taine.

les entraîne toutes (loi des dépendances). On insiste surtout, autant que cela est possible, sur le caractère des sens, des organes de l'individu, car ce sont ces organes et ces sens qui transforment la perception des objets extérieurs en sensations, puis en images et en idées, car la structure cérébrale nous aide à comprendre la structure mentale et les particularités de l'intelligence (1). Puis il y a à rechercher dans quelle mesure la race, le milieu, le moment ont modifié la direction et l'influence de la faculté maîtresse (loi des conditions).

Sans doute on peut trouver dans cette théorie de la faculté maîtresse et des milieux quelque chose d'un peu brutal et d'incomplet, en ce qu'elle ne renferme peut-être pas encore toutes les circonstances qui peuvent agir sur l'individu, elle est l'expression d'un déterminisme trop rigide. Néanmoins, elle fournit un cadre commode à ceux qui veulent décrire un peu clairement une personnalité complexe, préciser les causes dont elle est le produit.

Du reste, ce n'est pas seulement aux individus normaux, c'est encore aux types anormaux que devra être appliquée cette monographie. Peut-on connaître une société sans avoir des renseignements précis et concrets sur le criminel, la prostituée, etc. ? A ce point de vue, les études des criminologistes, et particulièrement des criminologistes italiens fourniront d'utiles indications au sociologue qui voudrait entrer dans ce champ nouveau et encore à peu près inexploré. Sous le nom d'anthropologie criminelle, l'étude du crimineHend à peu près en effet à se substituer à l'étude du crime en général.

Peut-être aussi serait-il désirable de suivre pendant le plus d'années possible la même famille, afin de se rendre compte de la stabilité et de la mobilité de la population, afin de mieux apprécier la difficulté pour le pauvre de

(i) Cette dernière étude a été tentée par Fromentin dans son ouvrage de critique d'art : les Maîtres d'autrefois.

monter à une classe supérieure, pour le riche de conserver sa situation sociale (1). Quelle lumière répandraient sur notre histoire économique de telles études se continuant ainsi pendant plusieurs siècles sur le même objet et nous permettant d'en suivre pas à pas les transformations ! Aussi doit-on applaudir aux tentatives faites dans ce sens par MM. Cheysson et du Maroussem qui ont fort heureusement repris les études de Le Play, l'un sur la famille du Lavedan, T autre sur le charpentier de Paris.

Enfin, il est permis de souhaiter des monographies de famille de peuples sauvages. Le champ d'étude est aujourd'hui déblayé par les récits des voyageurs. On devrait aller plus loin. Cela serait, je crois, assez facile. Il faudrait d'abord refondre légèrement le cadre monographique, le rendre un peu moins minutieux. Quant à la rédaction, elle en serait confiée principalement aux missionnaires sortis du séminaire des Missions étrangères et qui séjournent depuis au moins cinq ans chez les tribus à décrire. Voilà les desiderata auxquels peuvent donner lieu les études monographiques telles qu'elles sont conçues et entreprises aujourd'hui.

Ai-je besoin d'ajouter que, quelle que soit la valeur intrinsèque du cadre monographique, les observations qui y sont disposées par l'analyste ne sont pas nécessairement sûres et probantes. La famille consultée peut avoir manqué de sincérité, le frionographiste peut avoir mal vu, mal compris. Il ne suffit pas d'avoir un bon instrument en main, il' ne suffit même pas d'être sincère et de bonne foi, il faut le savoir manier. Or il est banal, depuis A. Comte (3) et surtout Spencer (4), de noter la difficulté qu'il y a à observer les faits sociaux. Il n'existe pas de matière où se présentent autant de causes possibles d'erreur.

(i) Voir un vœu en ce sens émis par Avenel : la Fortune privée à travers sept siècles, p. i33.

(3) Philosophie positive, t. IV, p. 3o5.

(4) Introduction à la science sociale, chap. IV et suiv.

Parfois Terreur, comme Ta montré le grand sociologue anglais, peut tenir à une cause objective, à la difficulté de distinguer le phénomène social du phénomène biologique ou physique (et surtout, ajouterons-nous, du phénomène économique, juridique, etc.) ; Terreur peut tenir à ce que le phénomène sociologique n'est pas perceptible directement' par un instrument ou par Tobservation interne, à ce qu'il est diffus et' mêlé fragmentairement à une foule d'autres phénomènes, à ce que les données sont incertaines, à l'état subjectif, au tempérament de Tobservateur. Ainsi, la vieillesse, la maladie parfois nous font voir la décadence partout. L'expérience désillusionne et la nouveauté déroute* Quand nous voyons un fait pour la première fois, nous sommes portés à le présenter comme nouveau et extraordinaire.

Puis ce sont encore les passions (1) qui pervertissent nos jugements. La sympathie ou la répugnance nous conduisent à des inexactitudes dans nos prévisions, à exagérer l'importance des faits, le respect fétichiste des guerriers, des prêtres, du peuple, ou des gouvernants produit encore une influence perturbatrice. Les préjugés de l'éducation (2) qui, tantôt développent l'esprit du sacrifice (christianisme, altruisme), tantôt au contraire Tégoïsme (religion des anciens, grecs, latins), Tesprit de haine et de destruction modifient évidemment le point de vue de l'observateur. Il doit aussi se défier des préjugés du patriotisme naissant d'une estime exagérée de sa race et qui conduit à apprécier faussement les races étrangères, des préjugés de classes qui donnent un intérêt moral ou pécuniaire à soutenir un système, à laisser dans l'ombre certains faits, à considérer le type d'organisation sociale actuel comme le meilleur qui puisse exister. C'est ainsi que certains peuples considèrent le meurtre, et d'autres l'oisiveté comme hono-

(i) Spencer, p. i5 et suiv.

(a) Spencer, p. 3 et 194.

râbles. Les préjugés politiques et théologiques, l'influence des autres études, surtout lorsqu'elles sont prolongées et exclusives et lorsqu'elles portent sur des objets (comme les sciences abstraites) où les rapports de causalité sont simples, faciles à préciser empêchent encore d'aborder impartialement l'étude des phénomènes.

A ces difficultés subjectives émotionnelles, tenant à la sensibilité, viennent s'enjoindre d'autres tenant à l'intelligence de l'observateur et dérivant de la tendance que nous avons à interpréter les faits automorphiquement, à nous représenter l'état mental, les idées des autres sur le modèle de notre esprit et leur état social dans les conditions de celui où nous vivons, de la tendance aussi à accepter les allégations non prouvées, à donner comme une explication certaine ce qui n'est qu'une conjecture plus ou moins conforme à nos désirs, à ne mettre en relief que les événements à sensation, accidentels ou exceptionnels, au détriment des phénomènes normaux qui sont foule, mais seraient sans intérêt pour le lecteur.

Telles sont les causes objectives ou subjectives qui peu vent altérer le jugement du sociologue et contre lesquelles il doit soigneusement se garer, à peine de faire une œuvre dénuée de valeur scientifique. Le cadre monographique, certes, est un guide précieux, mais il ne suffît pas de le suivre pour être un observateur digne de ce nom.

11 faut des qualités de prudence, de largeur et de souplesse à la fois qui ne se trouvent que rarement réunies. On doit même joindre à ces qualités le don de l'émotion, Fart de peindre. Sans cela la monographie reste une description froide, incolore, monotone, et puis, la diversité des manifestations de la vie qu'on y prétend représenter est masquée derrière l'uniformité des cadres et des procédés.

De plus, une connaissance approfondie des langues du pays observé et des sciences sociales particulières, dont la sociologie est la philosophie générale, paraît indispensable à tout monographiste sérieux. Quelle autorité en effet

peuvent avoir des études ou des critiques, par exemple, sur le régime des successions, de la propriété, etc., quand elles émanent de personnes qui ignorent la législation ou l'économie politique ? Ce reproche même pourrait s'adresser aux plus grands maîtres. C'est ainsi qu'un des défauts des ouvrages de Spencer, et surtout de Comte, consiste précisément dans l'insuffisante analyse des facteurs juridiques et économiques des phénomènes sociaux.

Enfin, le monographiste doit être assez habile pour gagner la confiance des familles qu'il observe, il doit les dédommager par des indemnités pécuniaires ou des cadeaux des pertes de temps qu'il leur cause.

En résumé, avant Le Play, la science sociale n'utilisait que les récits des voyageurs et les documents de l'histoire. A cette source de renseignements, les premiers ne portant généralement que sur des peuplades sauvages ou dégénérées et du reste dangereux à consulter, à raison souvent de l'incompétence des voyageurs, de la légèreté avec laquelle leurs livres sont écrits, de l'interprétation fantaisiste qu'ils donnent aux faits et de leur ignorance de la langue du pays, les seconds n'envisageant le plus souvent qu'un seul aspect des phénomènes, le côté juridique, économique, philosophique ou militaire suivant que l'historien est juriste, économiste, philosophe, Le Play est venu ajouté une mine nouvelle d'informations. Ces informations vraiment sociales, parce qu'elles s'étendent à tous les aspects sociaux des institutions étudiées, et aux peuples civilisés aussi bien qu'aux peuples modernes, sont aussi dignes de toute confiance, elles sont dressées par des hommes compétents, au courant des mœurs, de la langue des pays décrits.

Telle est l'histoire et la critique de la méthode monographique. Montrons-en le plus brièvement possible les applications soit en France, soit à l'étranger.

§ 12. — Applications de la monographie en France et à l'étranger.

En France, après les Ouvriers Européens, la série la plus -étendue de monographies ouvrières a été publiée par la Société d'Économie sociale fondée en 1856, sur les instances de l'Académie des Sciences, pour continuer l'œuvre de Le Play, et reconnue d'utilité publique en 1869. Cette collection a pour titre les Ouvriers des Deux-Mondes : toutes les monographies qu'elle contient sont soumises, avant la publication, à un contrôLe rigoureux et les calculs revisés.

En 1890, les monographies contenues dans les Ouvriers Européens et les Ouvriers des Deux-Mondes, au nombre de cent, ont été résumées par M. Cheysson en un court volume sur les Budgets comparés de cent monographies de famille.

Quant aux monographies de métier, elles ont donné lieu, comme on sait, à plusieurs ouvrages de la part de M. du Maroussem. C'est au même auteur qu'est due une des dernières publications de notre Office du travail français, l'enquête sur la petite industrie, l'alimentation et le vêtement à Paris.

Pour compléter l'enquête annuelle sur la comptabilité des sociétés de secours mutuels, la Commission instituée en 1889 au Ministère de l'intérieur a fait rédiger la monographie d'une quarantaine de sociétés typiques.

Les disciples de Le Play, aidés par un généreux donateur, ont assuré, en 1895, la constitution définitive d'un Musée social pour la conservation des documents des diverses expositions d'Économie sociale, organisées par la Société avec un succès remarquable, à l'occasion des Expositions universelles de 1867 et 1889.

L'école de la Réforme sociale, qui a pour chef Delaire,

donne à Paris, certaines années, un cours public de monographie. Elle a, en 1896, contribué pour la plus grande part à fonder l'École libre des Sciences sociales à Paris. Elle continue à diriger la publication des Ouvriers des Deux-Mondes. En conséquence, elle n'accueille guère de monographies danslepériodiquelaiïé/brmesocîaie, réservé à peu près exclusivement aux études scientifiques fondées sur l'observation synthétique ou analytique libre, et aux problèmes d'art social. Elle encourage les recherches basées sur l'emploi de la méthode, par des subventions, des bourses de voyage, ou des prix donnés au concours.

Il en est de même de YÈcole de la Science sociale, fondée en 1886 par Demolins, de Tourville, et plusieurs autres disciples de Le Play, désireux de posséder un organe où ils pourraient développer librement leurs doctrines, et, au besoin, modifier celles de leur maître dans ses parties caduques. Cet organe, qui est la revue « la Science sociale », publie des monographies de famille, de province et surtout de sociétés ; mais toutes d'après le plan nouveau proposé par de Tourville. L'École de la Science sociale a fondé deux cours annuels : l'un sur les classifications de sociétés, l'autre relatif à l'explication de la « Nomenclature sociale ». Le résumé de ces cours paraît généralement dans la revue la Science sociale.

En dehors des publications des deux Écoles sociales proprement dites, on peut citer, en France, d'autres travaux qui, plus ou moins complètement, utilisent l'analyse des budgets domestiques. Telles sont, par exemple, Y Enquête sur les industries du fer, de la soie et du coton (1858), par Louis Reybaud; les Monographies professionnelles, par Barberet (1886) ; les Ouvrières de Vaiguille à Paris, par Charles Benoist (1893).

Passons aux applications de la méthode à l'étranger.

Elles ont généralement été précédées d'une période de vulgarisation des œuvres de Le Play par les membres étrangers de la Société d'Économie sociale ou des Unions

dont les premiers et les plus illustres furent notamment Laveleye, en Belgique, Luzzati, César Cantu, en Italie, Gottlieb, Shnapper en Allemagne (1) ; dans les pays slaves, Bogisic; en Angleterre, le cardinal Manning (2) ; en Russie, le sénateur de Pachmann, auteur d'un remarquable Questionnaire pour la collection des coutumes juridiques populaires en Russie (3), le professeur de Moscou, Pobedonotzeff, qui, dans son cours de droit civil paru en 1890, adhère nettement à la doctrine et à la méthode de Le Play.

En même temps des études paraissaient sur son œuvre dans ces divers pays. En Italie, signalons celle de Luigi Cossa dans son Introduzione allô Studio dell Economie, politica parue à Milan ; en Allemagne, l'article d'Albert Schœffle dans la Revue trimestrielle de 1865, l'article Le Play dansle Dictionnaire des Sciences d f Etat de Conrad, V Histoire de V Economie nationale, par Roscher(4), le Ma- , nuel d'Economie politique de Schonberg(p). L'importance croissante dans la plupart des pays de l'enseignement de la science sociale devait aussi préparer les esprits à l'intelligence des tentatives de Le Play. C'est ainsi qu'il existe en Espagne et en Roumanie, en Allemagne, en Belgique (Bruxelles et Louvain), en Italie (Florence, Bologne) des établissements de sciences sociales (6).

Il est plus intéressant de suivre les progrès dans l'application à l'étranger, de la méthode monographique (7).

D'abord aux États-Unis. Le quatrième volume publié en 1873 sous la direction de Kaimp Oliver par le premier bureau de statistique du travail qui ait existé aux États-

Ci) Réforme sociale, i er juin i883-février 1890.

(2) Réforme sociale, 16 janvier 1890.

(3) Réforme sociale, 16 janv. 1890.

(4) page 1025.

(5) Tome I, page 106.

(6) Voir Aucoc, Académie des sciences morales. 19 nov. 1892.

(7) Préface du tome III de la 2' série des Ouvriers des Deux-Mondes.

Unis, par le bureau créé en 1869 à Boston dans le Massachussets, renferme déjà des monographies de famille avec budgets domestiques dont quelques-uns se réfèrent aux années 1826 à 1845, et d'autres vont de 1851-70. Beaucoup de travaux publiés par les autres bureaux de statistique sont accompagnés de monographies. L'enquête du département du travail aux États-Unis relativement au coût de production et au coût de la vie dans les industries de la houille, du fer et de l'acier n'est, on l'a remarqué avec raison (1), que la réalisation de la pensée de Le Play. J'ajoute que presque tous les auteurs des publications de statistique du travail en Amérique ont soin, comme le fait Le Play dans tous ses ouvrages, de définir les termes qu'ils emploient. L'Amérique enfin nous a donné un essai de monographie de criminels. M. Dugdale (2) a décrit la vie d'un groupe de 700 voleurs pendant un siècle et demi, avec l'inventaire des maux et des dépenses causées à la société {crimes, folie et hérédité morbide, maladies, frais d'hôpital, de prison).

L'Office du Travail de Bruxelles, l'Italie, pratiquent la méthode monographique. En Allemagne se publient des monographies de famille (3). L'ancien directeur du bureau de statistique de Berlin, Engel, attribue même une grande importance à l'analyse des budgets domestiques. Dès 1857, dans la Revue du Bureau de statistique, il consacrait un article à cette question. Et c'est même de leur étude qu'il a dégagé sa célèbre loi sur l'échelle des besoins et des dépenses et suivant laquelle « la proportion « des dépenses de nourriture croît géométriquement en « raison inverse des ressources », ou, pour plus de clarté, suivant laquelle en première ligne vient la nourriture, puis l'habillement, puis le logement, et enfin le chauffage

(i) Fournier de Flaix dans l'Econ. français du i5 avril 1895.

(2) Voir l'analyse de ce travail, par Delaire, dans la Revue des Deux- Mondes, i5 juillet 1877.

(3) Réf. sociale., i er février 1890.

et l'éclairage (1). Au reste, les monographies de famille, telles que les construit Engel, diffèrent à plus d'un point de vue de celles de Le Play.

D'abord, le savant allemand, pour recueillir ses renseignements, ne questionne pas les chefs de famille. Ce procédé d'informations, qui présente, il est vrai, l'avantage de donner une image plus vivante des groupes observés, ne peut être toujours facilement employé ; de plus, il peut donner lieu à des erreurs, à des mensonges. On se borne donc à consulter les livres de comptes des ménagères ; lorsqu'ils sont bien tenus, ils permettent de connaître exactement les recettes et les dépenses, car ils n'ont pas été rédigés en vue de la publicité.

En outre, Engel décompose la famille et cherche à nous éclairer sur la mesure des besoins et de la force productrice de chacun de ses membres : enfant, adolescent, vieillard, homme, femme. Grâce à des études multipliées, il est notamment parvenu à dégager la hiérarchie des dépenses normales occasionnées par les enfants jusqu'à un âge déterminé. Quelle que soit la famille observée, les frais de l'entretien de l'enfant pendant la première année constituent une unité de mesure qui, accrue d'un dixième pour chaque nouvelle année jusqu'à 20 ans pour les filles et 25 ans pour les garçons, représente exactement les sommes employées à leur entretien, sans tenir compte de la mortalité précoce et des frais de maladie qu'elle entraîne. Ainsi, supposons que la dépense de la première année soit égale à 100 francs, la valeur de l'homme de 25 ans sera de 5.850 francs, et la dépense annuelle moyenne qu'il occasionnera sera de trois unités et demie (350 francs).

Ces recherches statistiques et monographiques ont permis aussi à Engel de faire un classement des dépenses pour les personnes âgées de plus de 20 ou 25 ans, et d'af-

(i) Réf. sociale, i mars 1894 et i er novembre 1895.

firmer que de 1853 à 1893 la consommation de la viande par les ouvriers s'est accrue dans le rapport de 1 à 3.2, et celle des aliments végétaux dans le rapport de 1 à 1.56.

Les monographies de famille ne manquent donc pas en Allemagne. Cependant, il semble que depuis quelques années les préférences des savants aillent aux monographies de métier (1).

L'Angleterre enfin est entrée dans la voie des recherches suivant la méthode de Le Play. Le Board of Trade a publié, en 1889, trente-quatre monographies de familles ouvrières (2). L'Economie Club fait aussi rédiger des monographies qui viennent d'être traduites (3).

Si l'observation analytique réglementée ou monographique tend à triompher un peu partout , si elle semble, du reste, la forme supérieure d'investigation complète et impartiale, ce n'est pas à dire que les autres applications de l'observation soient sans utilité. L'observation analytique libre, l'observation synthétique même, ont encore un rôle à jouer. Comme les enquêtes, la statistique et l'histoire, elles servent d'éclaireurs aux monographes; elles préparent la voie par laquelle ils pourront pénétrer dans les domaines encore inexplorés ; en outre, elles permettent d'étudier des phénomènes auxquels la monographie est inapplicable parce qu'ils sont trop spéciaux (observation analytique libre) ou trop généraux (observation synthétique). Aussi Le Play lui-même, comme ses disciples, emploient-ils plus d'une fois cette méthode. C'est à elle que se rattachent beaucoup d'articles scientifiques parus dans la Science sociale, dans la Réforme sociale, ainsi que presque tous les ouvrages de Brants, Valleroux, Claudio Jannet, de Rousiers, de Pré ville et

(i) Revue d'Econ. politique, janvier 1895. (Compte rendu bibliographique.)

(2) Cheysson, les Budgets comparés des cent monographies de familles.

) (3) Sous le titre : les Budgets de familles, par Pierre Bidoire.

autres, publiés par la Bibliothèque de l'Ecole, les admirables Notes sur V Angleterre, par Taine. C'est aussi sur cette méthode d'observation synthétique libre que se fondent les considérations sur la France, Rome, Athènes, les États-Unis et le Canada, dans V Organisation du travail , de Le Play, l'histoire de la famille souche dans V Organisation de la famille, l'histoire des successions dans la Réforme sociale, la distinction des âges sociaux dans la Méthode sociale et la Constitution essentielle de Ihumanité.

Quoi de plus intéressant que les livres de compte rédigés par les ouvriers eux-mêmes ? Voyez, par exemple, dans le Journal des débats, de la fin de décembre 1889, la traduction du livre où un ébéniste de Londres a consigné, pendant trente-sept ans , ses gains et ses dépenses , et d'où il ressort que cet ouvrier honnête et laborieux, toujours éloigné du cabaret , ne chômant jamais le lundi , se trouve à la fin de sa vie, après avoir élevé les siens, dans une situation moins bonne qu'au début, et n'a , ses enfants étant accablés par leurs propres charges de iamille, d'autre perspective que l'hôpital. Voilà un document d'observation analytique très remarquable quoiqu'il ne soit pas une monographie, ni à proprement parler une statistique.

Les récits des voyageurs, fondés sur l'observation synthétique, sont aussi une mine précieuse. Mais nous pensons que tous ces fruits de l'observation libre doivent être considérés comme secondaires pour la science sociale. Ils embrassent généralement un domaine trop étendu (description d'ensemble d'une société) ou trop restreint (livre de compte comme celui que nous citions). Les auteurs des premières catégories d'ouvrages sont souvent portés à résumer dans une formule l'esprit ou 1 ame du peuple observé et à négliger plusieurs des multiples éléments dont il se compose. Les rédacteurs du second ordre de livres tombent le plus souvent dans le défaut inverse,

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ils oublient de nous montrer les attaches et les conséquences sociales du phénomène qu'ils décrivent. Les uns pèchent par trop de généralité , les autres par trop d'étroitesse.

§ ^13. — L' expérimentation.

Le second procédé pour arriver à la connaissance des pratiques sociales, c'est l'expérimentation ; à la différence de l'observation qui consiste à rechercher et à étudier les faits tels que les offre la nature ou le monde, l'expérience consiste à produire artificiellement, dans des conditions déterminées d'avance, des phénomènes dont on cherche les causes et les effets.

Au premier abord, il est vrai, cette méthode, empruntée aux sciences physico-chimiques, semble inapplicable en matière sociologique. C'est pourquoi peut-être Le Play garde le silence sur ce point. On ne peut créer ni mettre sous cloche une société, la faire passer par les divers états dont on désire dégager les facteurs. Je veux savoir les conséquences du communisme ou du matriarcat, il est clair que je ne saurais songer à imposer ce régime à un peuple, la matière sociale n'est pas une argile que le savant puisse pétrir à son gré. Est-ce à dire qu'il faille rejeter la méthode expérimentale ? Je ne le crois pas ; oui, l'individu ne peut faire d'expérimentations. Mais ce qui est impossible à l'individu, au savant, reste possible à la société, au législateur. Sans doute, il ne lui est pas permis de faire naître artificiellement une société pour la soumettre à son analyse et à ses expériences. Mais le pouvoir collectif a la faculté de vérifier sur une société déjà existante et au gouvernement de laquelle il est préposé la valeur de systèmes dont il est intéressant de connaître le fonctionnement pratique. Gomment cela ? Tout simplement en en ordonnant, par voie législative, l'application temporaire locale ou facultative. Le savant

ne peut donc pas provoquer lui-même des expériences sociales, mais il peut noter les résultats de celles instituées parles autorités.

De tout temps ces expérimentations législatives semblent avoir été employées. C'est ainsi qu'à Rome le droit prétorien s'est constitué progressivement depuis la loi iEbutia grâce à une série d'expériences instituées par les magistrats (préteurs urbain et pérégrin, édiles curules à Rome, gouverneurs et questeurs en province). A son entrée en charge, le préteur notamment proclamait d'abord à haute voix (edicebat), plus tard par un écrit (album), les dispositions juridiques qu'il appliquerait pendant l'année. Lorsqu'à la fin de Tannée il était remplacé, son successeur recherchait si Tédit de son prédécesseur avait donné de bons résultats ; et s'ils étaient mauvais, il le rejetait totalement ou partiellement ; s'ils étaient bons, il le conservait ; s'ils étaient douteux, il le maintenait aussi pour en vérifier de nouveau la valeur. Grâce à ces expériences annuelles répétées longtemps, les principes les plus conformes aux besoins de la vie et aux exigences de l'équité finirent par se dégager, il se constitua un corps de règles qui, éprouvées par une longue pratique, se transmettaient et se reproduisaient dans tous les édits des préteurs. Ainsi peu à peu se forma, à côté du droit civil, une législation plus libérale et plus souple (1).

Le législateur moderne, dans plusieurs circonstances notoires, a aussi procédé paressais de mesures dont l'application générale, perpétuelle ou obligatoire, n'était admise que si le temps en révélait la nécessité ou l'utilité. M. Donnât (2) à consacré un ouvrage à Y exposé de ces tentatives qu'il classe sous trois chefs : la législation séparée ou

(i) Histoire des sources du droit romain, parKrueger (trad. Brissaud, page 4o).

(•2) La Politique expérimentale. Voir aussi Stanley Jevons, dans The Contemparary Review de janvier 1880 et du même, The State in relation to Labour, pages 23 et suiv.

locale, la législation temporaire, la législation facultative. L'expérimentation d'abord peut s'opérer par rétablissement d'usages locaux ou le vote de lois locales applicables aux parties du pays qui semblent désirer ou devoir accueillir le mieux la réforme. Dans l'ancienne France, -les corvées' des chemins royaux introduites par quelques intendants, puis propagées dans tout le royaume, deviennent légales sous la Régence, et de services coutumiers sont transformées en impôts obligatoires. Le rachat en nature des prestations pour les routes a aussi son origine dans un usage admis d'abord par un intendant du pays de Caen, puis par Turgot dans le Limousin. Aujourd'hui l'exploitation de certaines lignes de chemins de fer par l'État, la suppression de quelques trésoriers généraux, la faculté donnée par décret et avant la loi de 1894, aux Caisses d'épargne de Lyon et de Marseille, d'employer librement une partie de leurs fonds, les Caisses d'épargne postales, la loi instituant l'assurance obligatoire pour les mineurs, sont des applications empiriques et approximatives de la méthode expérimentale. A l'étranger, du moins dans les États fédéraux (États-Unis, Suisse, Allemagne), -ayant de nombreuses et importantes colonies (Angleterre), ou occupant de vastes territoires (Russie), les exemples seraient encore plus nombreux. Chacun des États autonomes qui constituent une fédération, vote et applique chez lui une institution nouvelle qui, si elle donne de bons résultats, est transplantée dans les autres États.

Parfois l'expérimentation s'opère par le vote de lois générales mais temporaires. Ainsi la loi anglaise de 1873 institue une commission de chemins de fer pour un temps limité. La tentative eut du succès et la loi de 1888 consolida l'institution. Plusieurs dispositions sur les rapports entre patrons et ouvriers sont aussi, dans le Royaume-Uni, votées pour une durée limitée (l).

(i) Drage : The Labour problem, passirn.

D'autres fois, c'est sous forme de mesures générales et permanentes, mais facultatives, que les essais ont lieu. Ainsi l'application de Tact Torrens, en Tunisie et en Australie, est facultative.

Dans toutes ces hypothèses, nous avons supposé un État qui fait une expérience actuelle et sur lui-même. Mais ne peut-il pas aussi profiter des expériences faites par les États étrangers, ou bien même par les gouvernements qui l'ont précédé ? Oui, sans doute, et à ce point de vue, la législation étrangère dans le premier cas, l'histoire dans le second, lui seront du plus grand secours. Cependant, s'agit-il bien alors d'expérimentation législative ? Je ne le crois pas ; lorsque, en effet, l'individu ou l'État, ou la corporation, ne réalisent pas eux-mêmes l'essai, ou n'en ordonnent pas la réalisation, lorsqu'ils ne provoquent pas la vérification expérimentale, il ne peut plus être vraiment question d'expérimentation. Le véritable expérimentateur est celui qui crée les conditions de l'expérience. Le spectateur réfléchi de l'expérience d'autrui observe, il n'expérimente pas. L'étude des législations étrangères et de l'histoire est donc une des formes, non de l'expérimentation, mais de l'observation. Auguste Comte (1) cependant considère comme une expérimentation indirecte l'étude des faits pathologiques, c'est-à-dire, suivant lui, des faits sociaux discontinus.

Tel est le rôle de l'observation et de l'expérience. Mais la sociologie ne se borne pas à enregistrer des phénomènes, elle veut les classer, puis en dégager des lois.

§ 14. — La classification et la comparaison.

Classification en faits normaux et en faits pathologiques.

Pour opérer des classifications, il faut nécessairement comparer les faits entre eux, dégager leurs ressemblances et leurs différences.

(i) Philosophie positive 7 tome IV, page 3o8.

C'est quand elles sont connues qu'il devient possible d'établir des catégories entre lesquelles sont distribuées les diverses institutions. Les critériums qui servent à les séparer varient suivant les objets soumis à l'observation. Il ne peut être question de passer ici en revue le fondement de la distinction des diverses formes de famille, de propriété, d'art, de religion, d'État. Qu'il me suffise de remarquer que ces classifications empruntées généralement par la sociologie aune science sociale particulière (et particulièrement au Droit et à l'Économie politique), laissent le plus souvent fort à désirer, précisément à raison de leur destination originairement très limitée. Inventées pour faciliter l'intelligence d'institutions juridiques ou d'institutions économiques, elles ne permettent pas toujours de rendre compte de leurs effets moraux esthétiques, scientifiques. Très exactes juridiquement, elles deviennent trop étroites lorsqu'elles sont transportées en sociologie. Aussi verrons-nous Le Play et son école proposer une distinction nouvelle des formes de la famille, distinction vraiment sociale et en grande partie étrangère au droit. De même, étudiant les mêmes phénomènes que l'Économie politique, le travail, mais non plus seulement sous leur aspect économique, mais sous tous leurs aspects à la fois, il sera amené à rejeter la division banale de J.-B. Say en production, circulation, consommation, répartition et à lui substituer une classification plus sociale tirée soit de l'histoire des modes de production du pain quotidien (âge des productions spontanées,. âge des machines, âge de la houille), soit de la nature des divers arts, agissant sur le monde extérieur et sur l'homme (les arts de la chasse, de la pêche, du pâturage, les arts de l'extraction, de la fabrication, des transports et du commerce, les professions libérales).

Sans doute comme les phénomènes sociaux importants ne sont pas encore pleinement connus, les classifications qu'on en propose sont' probablement fort imparfaites-

Néanmoins elles ont leur utilité provisoire, elles méritent d'être tentées, tout rapprochement entre faits à peu près analogues éclaire l'étude de chacun d'eux et facilite la tâche soit de l'analyste futur en permettant de construire scientifiquement la monographie, soit de celui qui dans l'avenir essaiera des classements plus scientifiques.

Ainsi les progrès des classifications favorisés par les progrès de la méthode permettent à son tour de la perfectionner.

Nous aurons à apprécier bientôt quelle est la valeur de celles proposées par Le Play ou ses continuateurs.

Je voudrais auparavant appeler l'attention sur la classification fondamentale des faits sociaux qui domine la sociologie de l'auteur de la Constitution essentielle.

Pour lui en effet, certains faits sociaux sont une cause de prospérité pour les familles et la société, d'autres constituent une cause de souffrance. Ainsi deux catégories de phénomènes, suivant qu'ils accroissent ou diminuent la santé du corps social. Mais à quel signe extérieur pourrat-on distinguer ces ordres de faits ?

Le Play a pris soin de préciser ce qu'il appelait souffrance sociale et ce qu'il appelait prospérité (1). La souffrance, c'est l'antagonisme et l'instabilité, c'est la lutte entre membres de la même société, c'est la révolution permanente, ce sont les changements continuels et arbitraires. La santé sociale naît au contraire de l'harmonie, du concours des cellules sociales entre elles, de la régularité dans l'accomplissement de leurs fonctions et se manifeste par le règne spontané de la paix sans recours habituel de la force armée, parla stabilité spontanée des foyers domestiques, des ateliers de travail et des voisinages, enfin par la conservation de la loi morale traditionnelle. Voilà un critérium qui, je crois, est suffisamment net et concret (2). Suivant Comte, au contraire, le fait pathologique est le

(0 Ouvr. européens, tome I, page 70.

(2) Voir plus loin, chapitre II, § 9.

fait discontinu (1) ; on retrouve chez M. Durkheim une doctrine qui, sous une forme différente, semble la traduction de la même idée. Pour lui, en effet, le phénomène pathologigue est celui qui ne se rencontre pas à l'ordinaire dans les sociétés parvenues au même état de développement.

Mais outre que rien ne nous renseigne avec netteté sur ce qui est ordinaire et sur ce qui ne Test pas, sur les divers degrés du développement social, on est avec cette définition amené à considérer comme faits normaux des phénomènes qui, quoique généraux à tout état de civilisation, sont des causes de trouble profond pour la société,

ainsi les crimes (2). Or cette conséquence est décidément

inadmissible.

§ 15. — Induction.

Le rôle du sociologue n'est pas terminé. A moins de nier que la société soit intelligible et soumise à des lois, à moins de réduire la science sociale à n'être qu'une encyclopédie de faits sans lien sérieux entre eux, on doit aller plus loin, on doit chercher par induction à déterminer les rapports de causalité qui unissent les phénomènes, la manière uniforme dont ils se produisent et se modifient, dont une cause produit son effet, la fonction (comme disent les mathématiciens) qui lie les variations de deux faits sociaux, l'un par rapport à l'autre.

Comment s'élever ainsi de la connaissance des faits observés, interrogés et classifiés à la connaissance de leurs lois? loi la science sociale emprunte à la Logique ses instruments d'induction a posteriori. Ils sont au nombre de quatre (3), ce sont : 1° la méthode de concordance,

(i) Philosophie positive, tome IV, page 5n.

(2) Cpr. sur la question de la normalité du crime, Durkheim, la Méthode sociologique. — Cpr. un article en espagnol, dans Revista gênerai de législation, 1895, tome I, page i44«

(3) Stuart Mill, Logique, tome I, pages 420 et suiv.

suivant laquelle, lorsque deux sociétés concordent d'une façon constante en une seule pratique à même antécédent et à même conséquent, on doit considérer l'un comme la cause de l'autre : par exemple, si chez deux peuples par ailleurs différents on constatait que la hausse des salaires produit une diminution des naissances illégitimes ou que le libre échange amène la prospérité de l'industrie, ou que la pratique du Décalogue est un élément de force, on pourrait tirer cette conséquence qu'il y a un rapport de causalité entre ces deux faits.

2° La méthode de différence suppose que les sociétés comparées ne diffèrent que par un point. Admettons que la société qui a le plus de criminels ressemble en tout à la seconde, sauf en ce qu'elle possède plus de débits de boissons et, à l'inverse, que l'autre société, en tout semblable à la première, n'en diffère que parle fait d'un moins grand nombre de débits de boissons et dans une moins grande criminalité: de là on peut induire que la criminalité croit avec le développement des débits de boissons.

3° La méthode des résidus, application spéciale de la méthode de différence, consiste à éliminer tous les effets de toutes les causes moins une. Le fait qui n'a pas été éliminé forme un résidu qui est précisément la condition ou la cause de la différence existant entre un phénomène tel qu'il se présente dans un pays, et le même phénomène tel qu'il se présente dans un autre. Le résidu d'effet, que toutes les causes dont les effets sont connus moins une n'expliquent pas peut être légitimement considéré comme laconséquence du phénomène dont on cherche les effets.

Ces diverses méthodes, comme on l'a fait remarquer (1) ne peuvent être sérieusement utiles dans l'état actuel, du moins, de la science sociale. Les faits sociaux en effet sont si nombreux, si complexes et si peu connus qu'on n'est jamais sûr que deux peuples, deux institutions, deux phé-

(i) Durkheim, /a Méthode sociologique, p. 159.

nomènes concordent ou diffèrent sous tous les rapports sauf un, ou que toutes les différences moins une puissent être successivement expliquées et retranchées pour aboutir au résidu qui rend compte de la différence dont on cherche l'origine. Il est donc presque impossible en fait de s'entourer de garanties indispensables au judicieux emploi de ces procédés d'induction. Cependant cette impossibilité est toute défait. Elle peut disparaître avec les progrès de la science. Ces méthodes actuellement peu sûres, peu pratiques, peuvent donc devenir utiles plus tard. Stuart MiH sans doute, d'une façon absolue, en a nié (1) l'efficacité, la légitimité. C'est qu'en effet, dit-il, un fait social peut avoir plusieurs causes ou plusieurs effets. Il ne suffit donc pas, pour le connaître, de connaître une de ses causes ou un de ses effets. Un procédé d'induction quel qu'il soit ne permettra donc jamais de découvrir une loi sociale. Mais alors, remarquerons-nous, autant vaudrait dire que la science est impossible. Aucun ordre de connaissances ne pourrait se fonder si on écartait le principe qu'à une même cause doit nécessairement correspondre le même effet.

L'erreur de Stuart Mill, sa théorie de la pluralité de causes possibles, tient à ce qu'il croit que le sociologue doit envisager tout un groupe de faits à la lois, par exemple toute une société, ou tout un système d'institutions (religion, protectionnisme). En réalité l'observation du sociologue est bien plus analytique, bien moins générale. Il recherche non l'effet du protectionnisme sur une nature entière , mais l'effet de tel droit protecteur, de l'industrie du fer par exemple, sur cette industrie même, ou encore l'effet de tel principe religieux ou économique sur une famille de telle condition. Le caractère spécial et concret de l'observation fait que jamais cet emmêlement de causes et d'effets ne se présentera.

(i) Logique, t. II (livre VI, chap. vu, p. 472 et suiv,).

4° Reste la méthode des variations concomitantes et parallèles. Dès que les changements relatifs de deux faits dont l'un est présumé cause et l'autre effet correspondent régulièrement dans tous les cas observés, un rapport invariable de causalité peut être, quoi qu'en dise encore Stuart Mill, légitimement proclamé entre eux, sans qu'il y ait besoin de multiplier beaucoup les essais et les expériences, sans avoir aussi h douter de la loi parce que dans certains cas un phénomène se produit sans l'autre, car alors son absence peut s'expliquer naturellement par l'action de quelque cause contraire, il peut même être présent, mais invisible parce qu'il a revêtu une forme différente de sa forme habituelle.

Mais toute concomitance régulière constitue-t-elle toujours un rapport de causalité ? Non , le savant ne saurait compter arriver mécaniquement et sans effort, à la découverte de la vérité et de ses lois. Il se rappellera que la concomitance régulière peut être une simple coïncidence, et non le résultat d'un rapport de cause à effet. Car les variations des deux phénomènes peuvent tenir soit à ce qu'ils sont tous deux les effets d'une cause unique, soit à la présence d'un autre phénomène intermédiaire qui est la cause du second et le résultat du premier. Pour se préserver de cette cause d'erreurs, on devra vérifier soigneusement l'exactitude de la loi par des observations ou des expériences précises portant sur les divers groupes de sociétés où se développent des phénomènes identiques et qui se trouvent à la même période de développement.

Ces difficultés de toute nature donnent à penser que l'ère de l'induction n'est pas encore prête à s'ouvrir pour la science sociale. Si les analyses rigoureuses et méthodiques de phénomènes sociologiques sont encore peu nombreuses, si les classifications proposées présentent la plupart un caractère provisoire, à plus forte raison en doit-il être de même des prétendues lois que certains savants inventifs ont cru pouvoir déjà proclamer. La plu-

part d'entre elles ne constituent que de brillantes et hypothétiques généralisations. Pour terminer, concluons avec Taine (1) : « En sociologie nous sommes encore à la « période descriptive ; tâchons de nous y tenir avec appli- « cation et intelligence, sans ambitions excessives i sans « conclusions précipitées, sans théories hasardées et préce conçues, pour entrer bientôt dans la période des classi- « fications naturelles et définitives, avec l'espoir de démê- « 1er plus tard les lois générales et de fournir un jour aux « gouvernements et aux peuples des préceptes d'hygiène « sociale analogues aux prescriptions d'hygiène physique « que les physiologistes et les médecins introduisent « aujourd'hui dans les hôpitaux. »

(i)Le Centenaire de 1789 et ia Hé forme sociale (lettre-préface).

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