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UN NOUVEL ÉPISODE HE LA QUESTION D ORIENT. '( ÏO

n'est plus guère qu'une milice depuis que lore des conquêtes est fermée. Dans ces conditions, les autorités familiales et locales sont totalement impuissantes contre des désordres étendus, et le pouvoir central ne peut y pourvoir qu'après une longue période de préparation et de piétinements sur place.

Ceci bien compris, rappelons-nous que les Turcs n'ont fait que se superposer à des populations établies avant eux, auxquelles ils ont enlevé l'indépendance politique, mais qu'ils nont nullement transformées au point de vue social, pour lexcellente raison d'ailleurs que l'organisation des vainqueurs ressemblait fort à celle des vaincus. Pourtant il n'y a pas eu fusion, pour ce motif principal que les Turcs musulmans, arrivant en vainqueurs chez des chrétiens vaincus, s'appuyèrent sur leur double qualité de dominateurs et de fidèles croyants pour mépriser le giaour, et l'exploiter. Ils se gardèrent autant que possible de l'élever jusqu'à eux et ne cherchèrent que peu à le convertir, ce qui aurait enlevé tout prétexte à leur suprématie, à leurs prétentions seigneuriales et à leurs exigences fiscales. C'est ainsi que les populations chrétiennes restèrent compactes et conservèrent leur personnalité distincte, quoique soumises durant de longs siècles. On peut dire, en somme, que l'Empire ottoman n'a jamais été, à proprement parler, un État, dans le sens que nous donnons à ce mot, mais plutôt une expression géographique, désignant une quantité de peuples qui menaient traditionnellement leur existence séparée, avec leurs lani;ues, leurs religions, leurs mœurs propres, sous la haute et lointaine domination de la Porte. Ces populations n'étaient ni très heureuses, car elles avaient à souffrir des exactions irrégulières des agents du gouvernement, ni très prospères, parce qu'elles manquaient naturellement d'activité. Pourtant elles restaient soumises, parce que leur apathie, leur division, leur inaptitude à concevoir et à organiser un régime meilleur, les maintenaient sous le joug bien plus que l'action de leurs dominateurs abâtardis. Pourtant, il est arrivé un moment où elles ont secoué ce joug dans les circonstances que voici.

C'est poussées par des excitations extérieures que les popu-

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lations endormies sous la domination ottomane commencèrent à se réveiller. Au début de ce siècle, après le règlement des affaires européennes, on vit se former en Occident des comités qui travaillaient ouvertement à exciter les Grecs et les Roumains contre leurs maîtres. Il sortit de là une révolte commencée par des ambitieux, comme les Mavrocordato et les Pozzo di Borgo, et nourrie par des utopistes généreux ou des aventuriers sans emploi, tels que les Byron, les Tabner et tant d'autres. En dépit de leurs efforts, l'insurrection grecque eût échoué, grâce surtout à l'indiscipline incoercible des révoltés eux-mêmes, si les puissances occidentales n'étaient intervenues au dernier moment pour arracher aux Turcs la victoire qu'ils tenaient en main. Plus tard, ce fut le tour des Roumains, puis des Serbes, enfin des Bulgares, qui tous doivent aux puissances d'Occident une indépendance qu ils n'auraient pu conquérir seuls.

A l'heure actuelle, ce sont les Arméniens qui réclament à leur tour l'affranchissement. Des comités organisés à Londres et ailleurs ont préparé le mouvement. Ils ont poussé leurs compatriotes à demander à la Sublime Porte des concessions politiques qui auraient pour effet : V de les soustraire à l'action directe des fonctionnaires et des pachas turcs ; 2° de donner à la province une autonomie organisée au profit des Arméniens, hostile par conséquent aux musulmans qui vivent au milieu d'eux, et qui bien souvent prétendent agir en maîtres.

Il est hors de doute qu'il serait raisonnable et juste de garantir les Arméniens contre l'arbitraire et les vexations par une organisation équitable. Mais on ne peut y arriver qu'en les faisant maîtres chez eux. Or. cela est diamétralement contraire aux prétentions du Turc, dominateur et vrai croyant, vis-à-vis de l'Arménien, vaincu et chrétien. En cédant aux demandes des persécutés, le Sultan blesse profondément l'intérêt et les sentiments de la race qu'il représente surtout et avant tout. Il y a longtemps déjà que l'on a réclamé à la Porte des réformes en faveur des Arméniens (1). Elle n'a rien fait pour eux, ou à peu près. Der-

(1) En 1856, en 1878, etc., etc.

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nièrement, excités par les comités établis à l'étranger, un groupe d'habitants arméniens de Constantinople a voulu présenter au Sultan une adresse contenant les revendications de leur province. Arrêtés par les soldats, il s'en est suivi une bagarre, et lo fanatisme musulman, mis en éveil par certaines imprudences, a suscité les abominables massacres que les journaux nous ont révélés (1). Le Sultan a dû mobiliser pour essayer de réprimer ces désordres, mais il est à craindre que ses soldats eux-mêmes ne soient les premiers à frapper les giaours assez osés pour réclamer contre la domination musulmane.

Tout cela s'explique très bien par ce que nous avons dit plus haut, et la situation ressemble fort à celle qui a provoqué déjà à tant de reprises l'intervention européenne en Turquie. C est donc ici le lieu d'étudier les causes et le caractère de cette intervention, et de nous demander comment elle pourrait agir à l'heure actuelle, et dans quelles conditions. Mais auparavant, il nous faut présenter une observation qui a son impoi-tance.

Si la Turquie a perdu déjà beaucoup de terrain dans les Balkans, elle a reculé tout autant en Afrique. Dès le dix-huitième siècle l'Algérie et la Tunisie, au dix-neuvième l'Egypte, ont formé des principautés indépendantes ou à peu près. Mais ici, comme les puissances n'avaient que peu ou point d'action, le mouvement s'est opéré par l'initiative de simples officiers turcs, qui ont créé à leurs profits de petits sultanats musulmans. Ici donc les circonstances d'origine ont différé, mais l'effet a été le même au point de vue de l'affaiblissement de l'Empire turc. C'est une preuve démonstrative de la faible cohésion de cet empire, dont les parties non chrétiennes elles-mêmes se détachent aisément.

(1) Notons en passant que la plupart des journaux ont été sur ces faits d'une discrétion bien singulière, à laquelle nous ne sommes pas accoutumés par la presse. 11 serait intéressant, quoique peut-être indiscret, de connaître les causes exactes de cette réserve si favorable à la Porte.

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