SOCRATE ET SES ENNEMIS
Trois causes sociales nous ont paru contribuer à la votrue et au succès de Socrate : la gratuité de son enseignement, le compagnonnage intellectuel établi entre lui et ses disciples, et la campagne de restauration morale et politique entreprise sous sa direction.
Xous avons constaté que, malgré cette vogue, malgré ce succès, la campagne en question aboutissait à une conclusion tragique. Nous avons vu se dessiner autour de Socrate, parallèlement au courant de sympathie dont nous avons parlé, un courant d'hostilité dont il nous reste à retrouver la source. Socrate avait évidemment pour lui une force morale, incarnée dans le groupe de ses amis. Il va succom])er sous une force adverse, plus efficace et plus puissante, représentée par ses ennemis.
Mais avant d'étudier l'attaque, voyons tout d'abord si Socrate était pratiquement outillé pour la défense. Cet homme si remarquable par son prestige, si populaire par ses allures et par sa parole, n'avait-il pas un défaut à sa cuirasse, défaut où ses adversaires pouvaient avantageusement viser?
Ce défaut existait, nous l'avons entrevu. Socrate, pourvu de disciples d'élite, appuyé par une fraction notable de l'opinion,
(1 Voir la série d'articles sur /es Ancêtres 'le Socrate, Science sociale, livraisons de juin, juillet, septembre et octobre 1895. — Voir également la livraison de novembre : Socrate et ses amis.
hautement prisé par les personnalités les plus aristocratiques
(l'Athônes, n'en était pas nioins^ au point de vue politique, un
isolé.