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Y Amour et la Discorde, à en faire deux éléments qu'il joint aux quatre autres pour les réunir ou les séparer selon les besoins du moment. C'est ici que l'imagination se donne libre carrière. Reprenons, par exemple, le système de Thaïes : tout vient de Tcau. Il V a là une donner- de l'observation. Évidemment le philosophe a été frappe de l'utilité de l'eau dans la nature, de sn quantité, de son action directe sur la végétation, de la circulation d'une sève liquide dans les branches. Jusque-là rien de merveilleux; mais notre homme ne s'en tient pas là; son idée lui semble belle; il prend feu là-de.ssus. Absorbé par sa vénération de l'eau, il va y ramener tous les êtres. Il cherchera des arguments; il en trouvera d'admirables, d'ingénieux, comme celui-ci : « L'eau forme tout, parce qu'elle prend toutes les formes ». L'air et la terre ne l'embarrassèrent pas; au contraire, la fantaisie se joue harmonieusement au milieu de ces difficultés scientifiques. Dilatons l'eau, nous avons l'air; resserrons-la, nous avons la terre. Mais Thaïes n'a pas pensé au feu. Qu'à cela ne tienne! Anaximène comble la lacune en montrant comment l'air, en se raréfiant, devient l'air chaud, lequel nous amène insensiblement au feu. Condensez ce même air, vous avez l'air froid; condensez cet air froid, vous avez le vent; condensez encore, vous avez le nuage; condensez davantage, vous avez la pluie, c'est-à-dire l'eau; condensez toujours, vous avez la terre, puis la pierre. Aucun anneau ne manque à la chaîne, et le coup d'œil ne souffre pas. Les astres, naturellement, intriguent beaucoup. Le Phénicien se contentait de savoir où ils mènent. Le Grec se demande ce qu'ils sont, et, en attendant que la science l'ait expliqué, l'imagination a déjà trouvé la réponse. Pour Anaximandre, les astres sont des tro/ts percés dans de grands anneaux d'air sombre qui tournent autour de la terre et emprisonnent un air bnninf'ux, visible au seul endroit des trous. Pour Heraclite, la voûte céleste présente des concavités où les vapeurs, en montant, vont se masser et s'enflamment. Prenons le système deDémocrite. L'hypothèse aujourd'hui fait sourire ; des atomes qui tombent dans le vide immense, alors que, clans le vide immense, le mot tomber nd plus de sens; ces mêmes atomes tombant /j/us ou inoim vite, selon leur poids,

alors que, clans le vide, la chute de tous les corps, [tesauts ou légers, s'opère avec une vitesse égale; ces. rencontres qui en résultent, atonies durs s' agglomérant avec les atomes durs, atomes frêles s'associant aux atomes frêles, atomes ronds glissant partout victorieusement, et l'univers entier, avec son ciel, sa terre, ses astres, ses êtres divers, résultant de cette grande averse datomes : tout cela fait sourire la logique, mais quel poème laborieux d'imagination! Si ces philosophes-là n'admettent pas d'nrchitecte de l'univers, c'est qu'ils sont eux-mêmes de merveilleux architectes, façonnant un système philosophique comme Phidias façonnera la frise du Parthcnon. De même que la philosophie était en germe dans la mythologie, la mythologie se prolonge dans la philosophie. En un mot, si l'idée de la ç J^'.r nous révèle principalement l'Ionien agriculteur avec ses loisirs, l'idée du /.ic^y.:; nous représente plutôt l'Ionien instruit par le commerce et s'efforçant d'adapter à ses tendances de calculateur, d'artiste, de patricien cultivé, des doctrines nées d'hier et où l'on peut tailler dans le neuf. Un s//strnie, d'ailleurs, si l'on veut y songer, suppose moins la joie du vrai que l'instinct du beau.

Tels sont les premiers caractères que l'on peut saisir dans la philosophie greccpie à ses débuts. Ces débuts embrassent le sixième siècle tout entier et une partie du cinquième. C'est la période rpii va de la décadence des Phéniciens aux guerres modiques. buranll'intervaUe. de grands événements se passent: Tyr est prise par Nabuchod(jnosor, et l'empire assyrien lui-même est renversé par Cyrus, qui, après une longue lutte, range l'Ionie sous ses lois, i^a brillante civilisation de Milet, d'Éphè^e, de Phocée reçoit un rude coup du barbare perse. Phocée succombe la première, puis Éphèse. puis Milet, qui soutient avec le secours d'Athènes, sa métropole, une lutte désespérée. Désormais la philosophie va illustrer d'autres rivages, et nous aurons à la suivre ailleurs, à Athènes principalement, où se concentre désormais, par un nouveau « retour », toute la force et toute l'indépendance (le l'Ionie. Mais avant d'arriver au type de Socrate. deux courtes étapes nous sont encore nécessaires. Les philosophes dont nous

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avons cité le nom dans cet article étaient pour la plupart des pltilosophes d'occasion. Leur succès va être décisif pour la vocation d'une foule d'autres, et nous allons voir surgir sur leurs pas le ijhilosoplie de métier. C'est le professeur après l'amateur, le (iiec exploitant la philosophie au lieu du Grec qui a rencontré par hasard la philosophie. Le philosophe de métier lui-même se présentera sous deux aspects très différents, mais tous deux en harmonie profonde avec les conditions sociales de la cité hellénique. De là deux curieuses physionomies à étudier : celle du/jylltnf/nricif'ii. celli' du sup/iisff.

A silirrc.)

G. d'Azambi'ja.

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