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peuple est peu conforme à la vraisemblance historique. » l>ans toute conquête, en effet, à moins qu'il ne s'agisse d'une race notoirement inférieure, comme, par exemple, les Indiensd' Amérique vis-à-vis de la race anglo-saxonne, les vaincus se soumettent ordinairement au vainqueur, puis se mélangent à lui, et souvent même ilsreprennent peu à peu le dessus et arrivent à le dominer. C'est ce qui s'est passé en Angleterre après la conquête normande, c'est ce qui s'était produit dans notre pays après l'invasion franque, et ce que l'on constate également en étudiant les populations si mélangées des Indes, de la Malaisie et de la Chine. C'est donc vraisemblablement ce qui dut avoir lieu lors de la conquête de

rimérina.

. Et puis, il y a cette multiplicité des races qu il faut expliquer. Nous retrouvons, en eli'et, clairement, parmi ceux qu'on est convenu d'appeler les « Hovas » , deux races en tout semblables aux habitants des autres parties de Madagascar, c'est-à-dire les descendants des Papous, ou Négritos, des ilcs de la Malaisie, et ceux des Indonésiens et Polynésiens du même pays; et, en même temps, les dominant ouvertement, juxtaposée, se mêlant irrégulièrement avec elles, mais sans contracter d'alliance légitime, une troisième race bien différente (à certains égards) des deux premières, plus intelligente, plus ambitieuse, avec des goût, des tendances, et des aptitudes à part. Or, il est impossible qu'une différence si tranchée, qu'une séparation si marquée, se soit produite entre vainqueurs, après la conquête; il est bien invraisem- Idable aussi, qu'elle existât auparavant parmi eux.

Ce n'est pas tout : les Hovas ont un culte tout particulier pour les anciens habitants deTlmcrina, les Vazimbas, ceux-là précisément qu'ils auraient vaincus, et puis exterminés et chassés de leur pays. Il y a même une tradition courante parmi eux que ces Vazimbas reparaîtront un jour et reconquerront l'Imérina. Ce culte, on tâche de l'expliquer par la crainte cju'ont les vaincjueurs que les âmes de leurs victimes ne se vengent en leur envoyant des sorts, des maléfices, quantité de maladies et de malheurs. De là, des prières et des sacrifices, afin de les apaiser. Mais, pour un eff'et si universel, pour un culte si profondément enraciné

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et si général, la cause est-elle suffisante? Et puis, comment admettre que les vainqueurs conservent ainsi soigneusement la tradition que leurs victimes reparaîtront un jour pour les battre et les chasser à leur tour? Tout cela est pour le moins Inen invraisemblable. Tout au contraire s'explique naturellement et facilement, en admettant une thèse féconde et très simple, que M. Grandidier indiquait déjà dans un mémoire puJjlié en 1888, pour le centenaire de la Société philomatique. et qu'il m'a affirmé personnellement, dit le P. Piolet (1), être pour lui une certitude. »

Cette thèse consiste à distinguer, dans ce qu'on appelle communément en France les llovas (et qu'il serait plus exact d'appeler les A/ttimirinu ou les Ambanuindro (^2), deux éléments bien différents : les descendants des marchands malais conquérants et dominateurs, qui sont les Andriana, et les descendants de leurs prédécesseurs, adonnés à la culture et subjugués par eux, les Vazimbas, qui sont les Hovds proprement dits. Les Andriana sont la classe noble du pays, et forment approximativement le sixième de sa population libre; les Hovas , qui constituent la masse du reste de la nation, sont au contraire la classe roturière.

Si l'on veut bien tenir compte de cette différence dans ie mode de travail, et si l'on admet cette succession d'établissements chez le peuple hova, ou, pour parler plus exactement, chez le peuple antimerina. toutes les difficultés que nous avons signalées se dissipent, toutes les obscurités s'éclaircissent. On n'a plus à supposer la destruction, si invraisemblable, de toute la population ancienne; on se rend très aisément compte de la variété des types physicjues, et il n'y a pas jusqu'au culte des Vazimbas, les vaincus d'autrefois, il n'y a pas jusqu'à la croyance populaire à leur retour, qui ne trouvent une explication satisfaisante. Puisqu'ils sont les ancêtres de ceux qu'on appelle aujourd'hui les Hovas proprement dits, il est tout naturel que ceux-ci, qui forment le gros de la population, aient pour eux une vénération particu-

(1) R.P. Piolet, Madagascar et les Hovas, p. 24-25.

'2; Le nom <!' Antimerina désif^ne les habitanls du plateau île llinérina: celui ilAmlianinndro. qui est plus usité à Madagascar, a exacleinent la même acceptiou. Si au lieu d'employer un de ces deux termes, nous continuons à nous servir de celui de peuple hova, c'est uniquement pour nous conformer à l'usage établi.

licie et croient à leur retour : c'est en entretenant de telles espérances, plus ou moins chimériques, que de tout temps les vaincus ont tâché de se consoler de leurs défaites.

Mais cette théorie n'a pas seulement le mérite de résoudre des difficultés de détail, elle présente un avantage beaucoup plus ^rand : elle permet de voir clair dans la question très complexe de loreranisation du peuple ho va.

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