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II. l'organisation I»U peuple IIOVA

A la base de l'organisation du peuple hova se trouve la communauté de famille, et au sommet la communauté d'État, représentée par le souverain. Entre la communauté de famille et la communauté d'État se place un groupement intermédiaire, la caste. La famille, la caste et la royauté, telles sont les trois institutions essentielles de cette société. Il y faut joindre, pour être complet, le régime censitaire et l'esclavage.

Nous allons démonter un à un ces divers rouages de la vie privée et publique des Hovas, mais, avant de le faire, il importe, pour rendre nos explications plus claires, d'insister sur une notion tout à fait capitale, à savoir, que, tandis qu'en Europe l'organisation sociale a pour point d'appui l'installation matérielle des familles sur le sol, à Madagascar, comme chez toutes les races patriarcales, l'organisation sociale est entièrement fondée sur la hiérarchie des personnes.

Cette différence profoade entre les races patriarcales et les races non patriarcales, qui est un des points dominants et les mieux cclaircis de la Science sociale, a été exposée bien des fois dans cette Revue. On en peut voir un énoncé particulièrement net dans la remarquable étude de M. RoIktI Pinot sur la Société chinoise; je prie le lecteur de vouloir bien s'y repoiier (1). « En Asie, écrivait-il, les familles, détachées du sol, lient fortement les individus aux individus; partout et toujours, les hommes sont dans létroite dépendance de cet organisme puissant, la

(1) Voir nolaiiinient la Science sociale, année 1886, premier semestre, p. 411.

famille patriarcale; elle les suit, les gouverne, les soutient en quelfiue lieu qu'ils se trouvent. En Europe, au contraire, les laniillcs sont liées au sol; là où elles ont pris racine, elleb offrent un sérieux appui aux individus; cest sur ce coin de terre que les hommes sont forts; en dehors de ce point, c'est l'absolue liberté, c'est l'individualisme avec ses avantages et ses inconvénients. Aussi, en Asie, on comprend très bien qu'une terre n'appartienne à personne, mais on ne comprend pas qu'un hi>mme soit seul, indépendant, qu'il ne soit relié à aucun groupe, à aucune famille; en Europe, on ne conçoit pas une terre sans maitre, mais on conçoit très bien l'homme seul, sans famille, l'individu isolé. » Ce qui est vrai en Asie, l'est également à Madagascar. ]A aussi, on comprend l'homme sans domaine, sans propriété foncière, mais on ne comprend pas l'homme en dehors de la communauté.

« A Madagascar, écrit le R. P. Piolet ' 1 ), toute la terre appartient à la reine ; et ce n'est pas là seulement une manière emphatique d'exprimer le pouvoir absolu, la toute-puissance du souverain, c'est un principe primordial et qui domine tout. En 1891, en passant à >'ossi-Bé. je causais avec un Malgache fort intelligent et d'une certaine situation ; c'était un des descendants des anciens rois sakalaves, un ami de la France et un ennemi desHovas. Il me parlait de la maison et des champs qu'il avait sur la Grande-Terre, et, en lui répondant, j'employais le mot de /jfoprif^t/'. » Oh 1 ils ne m'appartiennent pas, » reprit-il; et, comme jo ne comprenais pas : ■< Us appartiennent à la reine, continuat-il, car toute la terre de Madagascar appartient à la reine ; je les cultive, je les ensemence, j'en récolte les fruits, mais ils ne m'appartiennent pas, » Voilà ce que vous répondront tous les Malgaches sans exception, car c'est là l'exacte vérité. La reine peut vous prendre votre teri'e, votre récolte, votre maison, sans compensation aucune, si elle en a besoin, ou simplement si elle en a envie ».

Si les Hovas n'ont pas la notion d'un véritable droit de pro-

;i R. p. Piolet, Madayascar et les Hovas, p. 180.

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priété foncière, ils ont, tout au contraire, avons-nous dit. une attaclie profonde avec la famille à laquelle ils appartiennent. « C'estla famille, écrit le R. P. Piolet (1), qui est la véritable unité sociale et le fondement de l'État maleache... Chaque famille forme comme un petit État, avec ses lois et ses coutumes propres, transmises oralement. Le père, ou à défaut du père, son fils aine, ou tout autre choisi par lui ou désigné par l'usag-c, y est tout-puissant. C est lui qui régit tout pendant sa vie et il a pleine liberté à sa mort de laisser ses biens à qui il veut et comme il veut. Il peut rejeter ses enfants ou en adopter d'autres, à la seule condition de notifier sa décision au gouvernement. Avant 18(il, il pouvait même les vendre; il peut même les châtier et les punir corporelleraent ou par la prison. Cependant les affaires importantes, mariages, contrats de mariages, ventes de biens patrimoniaux, procès, peine des fers ou autres semblables, se discutent en commun et relèvent de la famille réunie en conseil. ->

Les membres de la famille vivent ensemble, jouissent en commun des biens patrimoniaux et concourent, chacun pour sa part, à les faire prospérer. Ceux qui, après s'être mariés, quittent le toit paternel pour vivre en ménages séparés, s'établissent d'ordinaire dans le voisinage de la résidence du chef de famille, et continuent, sous son autorité, à vivre de la vie commune.

Le lien de famille se manifeste encore par des obligations mutuelles d'assistance, n Si un membre de la famille devient pauvre, les autres membres viennent à son aide ; s'il est réduit en esclavage pour cause de dettes, ils s'unissent pour fournir le prix de son rachat; s'il meurt, ils pourvoient à ses funérailles et prennent soin des survivants; s'il est engagé au service de l'Etat, ils doivent lui fournir les subsides nécessaires. La législation facilite, encourage, parfois même rend obligatoires, ces divers actes d'assistance, et l'opinion publique serait très sévère pour celui qui se refuserait à les accomplir (-2). ..

Le chef de la famille est très respecté. Loin d'être en butte à la jalousie de ses frères, à cause de la part supérieure qu'il a

(1) R. P. Piolet, Madagascar et les IIovas.\K 04-05. (2} Ellis (Rev. William), Hislorij of Madagascar. cU. v.

reçue dans riiéiitage, il est vu par eux d'un hou œil, et ils le considèrent comme leur tuteur et leur soutien naturel.

Une autre considération qui contribue très fortement à assurer la solidité du lien familial, c'est la crainte de la malédiction paternelle. Autant le Malgache trouve, dans les en couracements reçus au foyer, de force dans ses entreprises et de patience dans ses revers, autant il se désespère et perd confiance, quand ces cncouraîçements lui font défaut. Il a besoin de sentir autour de lui la chaude sympathie du groupe auquel il appartient. Or, la malédiction paternelle le rejetterait du sein de la famille, l'excommunierait en quelque sorte, et le marquerait au front, lui et ses descendants, d'un signe ineffaçable. 11 deviendrait, ainsi, que toute sa postérité, aux yeux de ses concitoyens, un objet d" universelle réprobation. On comprend dès lors tout retfcoitjue lui inspire un pareil châtiment et toute l'autoritr- que le droit d'infliger celui-ci assure au chef de la famille.

.Mais de tous les liens qui retiennent ensemble les divers membres de la communauté domestique, le dernier et aussi le plus puissant, c'est, sans aucun doute, l'attachement au tombeau de famille. La crainte d'être privé, pour cause d'indignité, de sa place dans celte sépulture est, pour le Malgache, une perspective si redoutée qu'elle suffit à ramener les plus endurcis et à les arrêter au milieu des pires désordres. « La mémoire des ancêtres est, en effet, extrêmement chère au Malgache; il est passionné pour leur culte, et leur tombeau est, à ses yeux, la chose la plus sacrée du monde. Il ne voit pas de plus grand honneur que celui d'y dormir son dernier som meil auprès des siens, car il y recevra l'encens et la prière de ses fils et arrièrepetits-fils. Par suite, l'exclusion du tombeau est le plus grand déshonneur qu'une famille puisse infliger à un de ses membres. Une menace d'exclusion est terrible; les plus obstinés n'y r<''sistent pas, tant l'honneur de la sépulture est grand et sacré. On peut tUre que chaque membre de la famille estime sa place au tombeau à l'égal de sa vie ; et pour ne la point perdre, il reste uni de son vivant avec ceux dont il ne veut point se séparer après la mort (l). >•

[Vj R, P. de La Vaissière, Vingt ans ù Madaga scar, p. W,. .

Au-dessus de la famille patriarcale, première et fondamentale assise de l'organisation sociale des Hovas, se trouve la caste. Celle-ci n'est autre chose qu'un ai^randissement de la famille elle-même. Elle est formée par l'ensemble des familles issues d'un auteur commun, depuis de nombreuses générations.

« La caste, réunie en conseil, est supérieure à chacune des familles qui la composent, et certaines affaires plus importantes lui sont exclusivement réservées. Elle a aussi ses usages, ses lois, ses coutumes, fidèlement conservées par la tradition et inviolableluent observées. Elle a également ses chefs supérieurs et subalternes. Chaque caste a en jouissance, — non la propriété, car, nous lavons dit, il n'y a que la reine qui soit vraiment propriétaire à Madagascar, — dune part de territoire qui ne saurait être aliénée, ni vendue aux membres d'une autre caste. Il n'y a d'exception que pour Tananarive, oîi chaque caste habite bien uu quartier déterminé, mais où le terrain peut être vendu ou acheté indistinctement par tout Malgache (1). »

Il n'y a point égalité entre les diverses castes, et on le comprendra aisément si l'on veut bien se reporter aux vues que nous avons exposées sur la formation du peuple hova. Les descendants des conquérants malais forment les castes nobles, celles des Antlriaiia, les descendants des habitants antérieurs vaincus et subjugués forment les castes roturières, celles des Hovas inoprcmt'nt dits.

Au-dessus de toutes les castes nobles, ou Andriana, est la caste loyale. Celle-ci comprend <( la reine ou Andriana par excellence, — c'est même là son nom ordinaire, ni/ Andiiana, — puis les Zanalc" Andriana, enfants, c'est-à-dire proches parents de la reine, ou princes de sang (2). »

Les castes de la noblesse sont au nombre de six, ayant chacune leurs chefs propres, leurs privilèges et usages particuliers.

Les deux premières de ces castes comprennent les seigneurs censitaires. Ils portent le nom de Toinpomfiiaheh/ et jouissent

■\Vi R. P. riol.-t. Madaijascar et les Hovas, [i. 97. (2) Ibid., {.. 'J7.

de terres à redevances, appelées menakfili/. Ces seigneurs perçoivent une part des moissons, reçoivent des présents dans les grandes circonstances, sont entourés d'une haute considération et exercent une certaine influence sur les affaires puljliques.

La troisième caste, celle des Zanalompo, qu'on appelle plus habituellement les Amhohimalaza, du nom de l'endroit où ils résident, se livre particulièrement au commerce. Ses membres sont très riches et très puissants, et on trouve un certain nombre d'entre eux dans tous les centres importants.

Les trois dernières classes de la noblesse renferment des artisans, et les membres de lune d'elles sont renommés pour leur adresse dans les travaux de ferblanterie. Tous ses membres sont ouvriers dans l'armée et c'est là un de ses privilèges. Elle habite lo village de Soamanandrarina (1).

Au-dessous des six castes Andriana qui, nous l'avons déjà indi({ué, forment approximativement le sixième de la population libre de l'Imérina, se trouvent les castes horax. Celles-ci n'ont généralement aucun privilège. Il y a cependant quelques exceptions. Ainsi, on ne doit faire couler le sang d'aucun niombre do celle des Trimofoloalina, absolument comme s'ils faisaient partie de la famille royale, en souvenir et en récompense du dévouement héroïque dont fit preuve leur premier ancêtre, sous le roi Andriamasinavalona. D'autres castos, au contraire, sont vouées à des corvées humiliantes, comme, par exemple, le balayage des rues. Les .Vntsihanaka sont exempts du service militaire ; mais, en retour, ils doivent porter les munitions et les caisses de la reine.

Dominant toutes les castes Andriana et Hovas, apparaît enfin au sommet de la hiérarchie, la plus haute de toutes les institutions politiques du peuple hova, la royauté.

La royauté n'est pas précisément héréditaire, quoiqu'elle ne sorte jamais de la même famille. Jusqu'à la mort de Radama II, en 1863, c'était lo prince régnant, qui, avant de mourir, désignait son successeur. Depuis, c'est la volonté du premier mi-

(I) Il est intéressant de comparer ces quelques traits des castes rnalgaclies à la des- 1 riplion des castes hindoues donnée par M. de Préville, dans cette Revue t XV p. 397. ' • - .

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nistrc qui l'impose au peuple. Et ce successeur a toujours été une reine, qui, par le fait même de sa désignation, devient la femme du premier ministre. C'est ainsi que le ministre actuel a été successivement le mari de trois reines, Kasolierina, Raiiavalona ]! et Raniivalona III.

Cette royauté, conçue selon le type du patriarche chef de famille, est absolue. Le souverain est considéré comme le descendant des dieux, et tous ses sujets sans exception professent pour lui le respect le plus profond. Ils obéissent sans réserve à tous ses ordres, et révèrent toutes ses décisions, toutes ses paroles, comme une émanation de la sneesse divine.

La reine se montre rarement en public et c'est un spectacle qui ne manque ni de pittoresque ni de grandeur que d'assister, lorsqu'elle revient de voyage, à sa l'entrée dans sa bonne ville de ïananarive. Elle y pénètre, sous un grand parasol rouge à boule d'or, suivie d'un splendide cortège. Tous les canons tonnent en son honneur et de la foule innombrable, accourue de toutes parts pour la voir et l'acclamer, s'élèvent des chants qui célèbrent sa grandeur et sa gloire : c Notre reine est une belle reine; notre reine est notre soleil; notre reine est notre Dieu. »

La vénération qui s'attache à la personne auguste de la reine s'étend à tout ce qui se rapporte à elle. Tout ce qui lui appartient, même les objets les plus vulgaires, participe au respect dont on l'entoure. Ainsi tout le monde doit se ranger et se découvrir au passage de la provision d'eau (jui lui est apportée d'une fontaine à elle seule réservée; de même, devant son bois, devant ses bagages, devant tous les objets destinés à son usage particulier.

iNous venons de décrire les cadres extérieurs de la société hova. Il nous reste à montrer ce que ces cadres renferment, ce que l'observation y découvre de réalités concrètes et d'activités sociales, vivantes et agissantes. Mais avant d'aborder cette nouvelle partie de notre tâche, nous devons faire remarquer combien ces cadres considérés en eux-mêmes, et abstraction faite de leur contenu, se trouvent en parfaite harmonie avec l'opinion que nous avons adoptée au sujet de l'origine du peuple hova.

Enetfet, nous avons distingué dans ce peuple deux éléments : un

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élément conquérant ot un éléments conquis : or, corrélativement. à cette dualité d'éléments, nous trouvons la division descastes eu deux catégories, les castes de la noblesse, ou castes andriana, et les castes roturières, ou castes hovax. Nous avons émislopinion que le fond de la population vaincueétait formé de cultivateurs: or les castes hovas sont composées d'agriculteui-s. .Nous avons constaté que les vainqueurs malais étaient des commerçants et qu'ils appartenaient aune race particulièrement habile dans le travail des métaux : or, sur les six castes de la noblesse, descendant des conquérants malais, nous en trouvons une qui comprend des artisans, une autre qui se compose de ferblantiers renommés et une troisième enfin qui est faite de commerçants. Nous avons constaté que les vainqueurs malais constituaient à leur arrivée une expédition organisée et hiérarchisée : or, nous remarquons que, sur ces six castes de la noblesse, la seconde et la troisième sont formées de seigneurs censitaires, c'est-à-dire évidemment de descendants des principaux chefs de l'émigration, et qu'au-dessus des diverses castes, il s'en élève une seule, qui domine toutes les autres sans exception, la caste royale : comment n'y pas voir la caste héritière du chef suprême de l'entreprise primitive? La constitution actuelle du peuple hova reproduit donc fidèlement et retrace en quelque sorte trait pour trait l'organisation qu il présentait au lendemain de la conquête.

NVius trouvons de nouveaux indices de cette persistance de l'organisation première dans l'institution du réprime censitaii'o et dans celle de l'esclavage.

L'esclavage est général à Madagascar. Aussi serait-il inutile d'en faire une mention spéciale à propos des Hovas, si nous n'avions à indiquer que l'on distingue dans l'Imérina deux catégories d'esclaves, les esclaves des particuliers et les esclaves de la couronne. Ce sont ces derniers qui nous intéressent ici particulièrement en ce qu'ils nous permettent d'ajouter un nouveau trait à la description des conquérants malais. Ces esclaves noirs, appelés tsiinandoa sont en effet, la chose est certaine, les descendants de ceux que possédait à son arrivée dans l'ile. le chef qui conduisit Texpédition par laquelle les Andriana se rendirent

maîtres du plateau central. Ils sont dans une situation toute particulière. Ils se sont figés, pour ainsi dire, à jamais dans la condition sociale qu'ils occupaient au moment de la conquête. Ils ne peuvent être affranchis, mais, en revanche, ils ont le droit d'aspirer a u\ emplois de l'État, et certains d'entre eux jouissent même d'un grand pouvoir et d'un grand crédit.

Quant au régime censitaire, dont nous avons déjà mentionné l'existence, il serait tout à fait inexplicable, si l'on n'admettait point la dualité d'origine que nous assignons au peuple hova. « La race conquérante, écrit le R.P. Piolet, domine en Imérina et forme une sorte de féodalité. Les chefs, en effet, se partagèrent, après la con(|uête, les territoires conquis et en formèrent autant de fiefs, ou mcnaf^eh/, qui ne peuvent ètve possédés que par les deux premières castes ou par les membres de la famille royale. Et si les autres castes nobles n'ont pas de fiefs, elles y suppléent par l'arrogance, par l'orgueil, par leur mépris pour les simples <( Hovas ». Mais toutes sont également viciées, également corrompues, et la famille, chez elles, est moins bien conservée, les traditions des ancêtres moins bien observées, que parmi les castes populaires (1). »

Si l;i constitution originaire du peuple hova s'est conservée dans ses grandes lignes avec une si parfaite fidélité , ce résultat est dû à l'influence de la formation communautaire des deux éléments qui le constituent. On sait, en elfet , combien la famille communautaire est conservatrice des traditions. C'est là une vérité acquise à la Science sociale. Mais on sait également que cet esprit conservateur est beaucoup plus intense chez les familles vouées à la culture que chez les familles vouées à la faljrication et au commerce. Nous venons d'en voir une nouvelle confirmation dans les lignes (pii précèdent : le Hova cultivateur est plus fidèle à la tradition des ancêtres que l'Andriana, descendant des populations malaises adonnées aux travaux industriels et aux spéculations commerciales.

Ik' toutes ces constatations diverses, se dégage, avec la dé-

(1 i R. P. Piolet. Madayamar et tes Hovas, \k 27-28.

monstration désormais sural>ondante de la dualité d'origine des Hovas, cette idée fondamentale et diiectrice que, dans révolution sociale de ce peuple, les Hovas proprement dits représentent lélément de stal>ilité et de fidéUté aux anciennes coutumes: tandis que les Andriana ou Malais y représentent au contraire iélément novateur, la tendance au progrès et les aspirations vers lavenir.

m. — LA VIK SOCIALE DES HOVAS.

Pour se faire une idée exacte et complète de la vie sociale des Hovas, il serait nécessaire d'avoir sous les yeuxun certain nombre de monographies, composées scicntitiquement d'après la méthode d'observation, et consacrées à la description des types les plus représentatifs qui s'étagent aux divers degrés de la hiérarchie hova. Il faudrait, par exemple, avoir à sa disposition quelques bonnes monographies du Hova cultivateur, de l'Ândriana artisan, de l'Andriana commerçant, du seigneur censitaire, du gouverneur hova, du prince de la famille royale. Nous aurons certainement un jour ces documents, mais, pour le moment, ils nous font encore défaut. Nous en sommes réduits aux descriptions et aux remarques , trop souvent incohérentes et superficielles , des voyageurs ordinaires. C'est à l'aide de ces sources, malheureusement bien insuffisantes, que nous allons essayer de reconstituer un tableau sommaire de la vie sociale des Hovas.

Nous nous occuperons d'abord de leur vie privée, et nous grouperons ce que nous avons à en dire autour de la description de la famille ouvrière hova.

Cette famille ouvrière est principalement adonnée aux travaux de la cultui'e. C'est de l'exploitation du sol cpi'elle tire essentiellement ses ressources alimentaires.

« Les Malgaches, en général, ne sont pas riches, dit le R. P. Piolet; ils possèdent une case, un bout de rizière, un petit champ de manioc, c'est à peu près tout. Il est rare cependant de rencontrer, au moins dans la campagne, une famille n'axant absolument rien, pas même un tout petit champ de riz. En tout cas la question du paupérisme, si effrayante pour nos vieil-

les socii'tés. n'existe pas là-bas; et je ne pense pas <|ue. dans les circonstances ordinaires, vous puissiez trouver une seule personne mourant de faim. Cela tient à la modestie de leurs besoins, it leur résignation native, à l;i multiplicité des ressources de ce pays si étendu pour une population si peu nombreuse, et aussi à leur esprit de solidai'ité et de charité mutuels (lisez, à leur esprit communautaire i. Vn Malgache, en efiet, vit à peu près de rien, au besoin s'habille de n'importe cjuelles nippes. S'il ne peut travailler, il trouvera toujours dans sa famille, ou dans sa caste , ou dans son village , un trou pour s'abriter et une patate ou une poignée de riz pour le nourrir : c'est tout ce cjuil lui faut. La mendicité n'est pas encore interdite dans ce pays neuf, et. si l'on donne peu à la fois, on est toujours prêt à donner <pielqne chose.

« Quant ù ceux (jiii itossèdent, leur richesse ne consiste pas ordinairement en argent, ot nomJjreuses sont les personnes qui jamais de leur vie n'ont eu une piastre à la fois. Dans une de ses conférences, M. .luUy parlait même de certain village où tout le monde réuni ne posséderait pas cinq francs, tant le numéraire est rare à Madagascar. La richesse ne consiste [)as non plus en vastes étendues territoriales et la grande propriété y est inconnue. Chacun possède les champs qu'il peut cultiver, ou faire cultiver par des esclaves, et il eu reste à côté abondamment pour tons les autres. Les vraies possessions du riche Hova sont les esclaves et lestroupeaux de Ixeufs. Lespremiex's se comptent parfois par centaines, et les seconds par milliers (1). »

Ce qui fait la supériorité de la propriété mobilière par rapport à la propriété foncière, c'est que la première est toujours libre entre les mains du maître, qui peut en disposer par voie de vente, d'échange ou de toute autre manière, avec la plus grande facilité et sans aucune espèce de restriction.

11 en est tout autrement de la propriété foncière. Elle est entourée de l>arrières étroites, qui non seulement entravent et limitent l'exercice du droit, mais l'atteignent lui-même jusque

(0 R. P- Piolet, Madagascar et les Hocas, p. 178-I7!i.

dans son essence. La première. la plus importante de ces limitations, est le droit éminent du souverain qui fait de lui le seul propriétaire de l'ile . et lui attribue le pouvoir de réclamer comme siens, selon son bon plaisir, tout immeuble, toute terre à sa convenance. << Évidemment, sous cette réserve d'être toujours prêt à donner ce que l'on vous demandera, on peut posséder, cultiver, récolter : mais la menace est perpétuelle. Prenez ^arde, en particulier, d'avoir une maison trop agréable ou enti«'rement finie, une récolte trop belle, quelque chose de nouveau ou qui attire l'attention, on vous rappellerait que vous n'êtes qu'une espèce d'usufruitier, et vous auriez travaillé " pour la reine de Madagascar ». Et ce qu'il y a de remarquable, c'est que ce droit supérieur du souverain n'existe pas seulement r-n théorie, mais se pratique aussi en fait sans exciter non .seulement la moindre plainte, mais même Tétonnement. •< Si c'est pour la reine, qu'on leur prend leurs biens, les Malgaches se soumettent avec un véritable empressement, tellement cette conduite parait naturelle à tous, et tellement le principe que « tout appartient à la souveraine » a pénétré dans les mœurs (1). » Ce seul trait suffirait à classer la race. On se trouve évidemment en présence d'une population profondément communautaire, pour qui les liens de l'homme avec le sol qu'il cultive ne sont, pour ainsi dire, rien, comparés aux liens de famille, et où l'on considère la souveraine comme un patriarche investi de la toute-puissance et de la suprême autorité au sein de cette communauté agrandie qui constitue l'État.

Après la restriclion venant du droit royal, se place la restriction venant du régime censitaire. ■• Le tompomenakelij, ou seigneur, est propriétaire (il vaudrait mieux dire : a la jouissance de son fief avant les gens qui l'habitent, et que l'on pourrait appeler ses tenanciers on ses serfs. C'est lui qui auparavant l'avait conquis, s'en était emparé, ou l'avait reçu du roi, son compagnon, son ami, ou son parent ; mais, par un arrangement équivalant aujourd'hui à un titre de propriété, le noble a concédé

(1) R. p. Piolel, Mailayascar et les Jlovas, p 180

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