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H2 LA SCIENCE SOCIALE

au serf un lopin de terre moyennant une redevance annuelle payable, et qui se paye toujours en nature (1). »

Une troisième restriction provient de la caste. Il est interdit de vendre des biens immobiliers à un membre d'une caste autre que celle à laquelle on appartient. « La caste, en efTet, possède, elle aussi, un certain droit de propriété, non pas qu'elle puisse posséder directement, mais les terrains qui lui appartiennent ne doivent pas sortir des mains de ses membres, et ne peuvent être vendus aux personnes d'une autre caste. Il n'y a d'exception qu'a Tananarivc, où toute personne peut acheter n'importe quel terrain, quoique les diverses castes aient leur quartier particulier, et les provinces conquises, surtout les territoires des Antsihanaka et des Hetsileos, où les conquérants s'emparent peu à peu des plus belles propriétés et des plus riches situations (2). )>

bans la mesure limitée que comportent les restrictions qui viennent d'être indiquées, le Hova est maître de ses diverses possessions; il peut les aliéner de son vivant, ou en disposer à sa mort, de la manière la plus conforme à ses volontés ; et des lois généralement sages et raisonnables protègent ses droits contre la fraude, la violence et les injustices.

Mais si sa volonté est lihre, elle ne saurait cependant jamais s'exercer d'une manière arbitraire. Elle sera, en effet, toujours fortement influencée par des raisons » [)urement morales et tenant aux traditions et aux mœurs populaires, telles, par exemple, que l'amour de tout Malgache pour la maison et le champ de famille, et l'infamie ;dtacbée au lils cjui vend la rizière du père, le fanindraza ou terre des ancêtres (3). »

Après l'organisation si nettement communautaire de leur régime de propriété, un des traits les plus caractéristiques de la vie sociale des llovas, c'est leur profond respect pour les traditions, (.e trait est important à noter en tant que nouvelle manifestation du type social auquel ils appartiennent. Il est clair que là où la famille est, pour ainsi dire, le tout de l'individu, personne ne saurait avoir

(1) R. P. Piolet, Madagascar cl les Iloras^p. lïtl.

(2) Ibid., [>. 181.

(3) Ibid., i>. 181.

d'autre pensée que de se conformer le plus fidèlement possible aux traditions qui constituent la continuité de la famille à travers les âges. Flacourt avait déjà remarqué cet attachement des Hovas à leurs vieilles coutumes. Chez eux, dit-il, la coutume « passe pour loy très asseurée dans tous les événements qui v arrivent, dans la façon de planter les vivres, de bâtir les villes, les magazins et maisons, dans les manières de vivre, de faire la guerre, les réjouissances publiques, les danses, exercices et autres choses qui sont aussi diverses. Le prince ne la peut pas changer. Si le prince commandait quelque chose à ses subjects qui fust contraire à celle-cy, ils luy remontreraient incontinent que ce n'est pas la coutume de leurs ancêtres, et qu'ainsi ils ne pourraient exécuter ce commandement, à quoy le prince n'a point de réplique. Cette coutume est tellement enracinée qu'ils ne la changeraient pas pour quoy que ce soit au monde. Ce qu'ils ont appris de père en fils, ils l'estiment plus que ce qu'on leur pourrait enseigner il). » Plus récemment, Ellis a confirmé la vérité des assertions du vieil historien. « La vénération des Malgaches pour les coutumes traditionnelles et pour les opinions de leurs ancêtres est un des traits les plus frappants de leur caractère national. Ce sentiment exerce son influence sur leur vie publique et sur leur vie privée; et il n'est personne sur qui il l'exerce davantage que sur le souverain, absolu à tous autres égards (2j ».

Des cultivateurs communautaires, bien plus étroitement attachés à leur famille qu'à leur domaine, très respectueux et très obéissants envers le patriarche, chef de cette famille et envers le souverain, chef de la grande famille qui englobe toutes les autres, tel est le premier aspect sous lequel nous apparaît la société hova.

Pénétrons maintenant un peu plus avant dans l'examen de cette société et essayons de nous rendre compte de la vie quotidienne des petits propriétaires hovas.

{A suivre.) Lucien de Sainte-Croix.

^l) Flacourt. Éf(.<<oire de la grande isk de ilad(ir)ascar,\t. 104-105. (2) Ellis ^Rév. William , Hislory o{ Madagascar, ch. siii.

MAITHE GLILLADIE DE SAL\T-AMOUR.

L'UMVKHsiTi': m: paris fj les (irdres mendiants

AU TREIZIKME SIÈCLE (1).

\. — OBSTINATION OE (;i 1LLA\ ME ET SOL'MJSSION PENIBLE DK LCMVERSITÉ.

UiKiiul (iuillauine de Saint-Amour, (.)don de llouay, Clirestien de Beauvais et Nicolas de Bar-sur-Aube, arrivèrent à Anagni. vers le milieu du mois d'octobre, la première chose qu'ils apprirent, ce fut leur coadamnation. En vain essayèrent-ils de la faire lever, et entamèrent-ils à ce sujet de longues discussions avec les cardinaux-juges, avec Humbert, général des Dominicains, avec Bonaventure de Fidenza, qui était venu pour défendre ses frères (le l'Ordre de Saint-François.

Voviint que leurs ell'orts étaient inutiles et (jue leur doctrine était déliuitivement réprouvée, les députés de l'Université voulurent au moins justifier la conduite qu'ils avaient tenue et expliquer la résistance cju'ils avaient opposée aux volontés formelles et réitérées du Souverain Pontife; ils produisirent, pensant avoir là un argument sans réplique, l'acte du 31 juillet, qu'ils avaient apporté avec eux : c'était cet accord passé entre l'Université, les Prélats et les Religieux qui avait le double inconvénient de n'être pas un arrangement aussi naturel et aussi intelligent du fond des choses que la décision d'Alexandre IV, et de ne pas tenir compte de l'appréciation de celui qui était le chef commun et indispensable des trois corps en conflit.

(1) Noir la livraisoa de juin.

MAITRE GUILLAIME DE SAINT-AMOLK. 85

Puis, sentant que cette poiémifjiie dépourvue de sanction était vaine et restait dailleurs sans succès, trois d'entre eux. Odon. Chrestien et Nicolas, résolurent de se soumettre. Le 23 de ce même mois d'octobre, ils prêtèrent publiquement, en présence de toute la cour romaine, le serment d'obéir au pontife romain, d'observer la bulle Quasi ligmim vitœ, de recevoir dans le corps de l'Université les Religieux Mendiants, et parmi eux Thomas d'Aquin et Bonaventure, de ne jamais s'employer l\ faire que l'Université de Paris fût dissoute ou transportée ailleurs, ni de permettre à aucun de leurs subordonnés de s'y employer; de se rétracter publiquement à Paris et dans tous les autres lieux où ils avaient prêché la doctrine condamnée; de publier partout la condamnation du livre TJes Périls des Derniers Temps ;Aq déclarer en chaire que le Pape peut envoyer partout des prédicateurs et des confesseurs sans le consentement des prélats inférieurs ou des curés, que les évêques ont le même pouvoir dans leurs diocèses, que les ReU^ieux qui se sont faits pauvres pour Jésus-Christ ne sont point obligés de travailler des mains pour avoir de quoi vivre, que les Jacobins et les Cordeliers ont été approuvés de Dieu par les faits concluants à raison desquels l'Église a légitimement inscrit plusieurs de leurs membres au catalogue des Saints (1). On dressa de tout cela un acte en forme, dont on leur donna copie. Us quittèrent presque aussitôt la cour pontificale, laissant (iuillaume soutenir seul le poids des accusations et des cundauinations du Saint-Siège. Pour eux, ils rentrèrent à Paris, reprirent possession de leurs chaires, ainsi que de toutes leurs autres charges ou bénéfices, et vécurent en si bonne intelligence avec les Mendiants que l'un d'eux, Chrestien de Beauvais, étant mort peu après, voulut être enterré chez les Dominicains et qu'un autre, Laurent d'Angleterre, réclama plus tard la même faveur et la paya de toute sa riche bibliothèque (2).

(1) Du Boulay, p. 3l.i, 316.

•'l) Cantimpre raconte que Chrestien de Beauvais, atteint de la maladie qui le devait emporter, déclara que c était la jalousie qui lavait jeté dans le parti de G. de Saint- Amour, et s'adressanl aux Frères Prêcheurs qu'il avait fait Tenir auprès de lui il leui' Jil : '1 Je n'ai rien à vous laisser en réparation des injures dont je me suis rendu coupable; mais, en signe de repentir, je vous laisse mon corps auquel vous donnerez

Mais pendant ce temps que faisait Guillaume ?

Fui'tiler in Curia stetit:et inphiribus a Domiiticanisaccuaattis, de sua innocentia et doctrina coram rjiintuor cardinalihus compc- I enter sat'isff'fit [\) ». (Test aller un peu loin dans 1" affirmation; le simple exposé des faits suffira à rétablir la vérité. Nous avons encore, du reste, les réponses qu'il fit aux objections de ses adversaires; c'est la continuation de son système d'attaque : fausse interprétation des textes; désaveu habile de ce qu'il a dit d'abord et ne peut plus raisonnablement soutenir. Comme on lui reprochait de nombreuses erreurs dans son livre Des Périls des Derniers Tentjjs, voici de quelle façon il répondit : (( Cet ouvrage n'a pas toujours conservé la même forme. U en a même changé cinq fois successivement, selon qu'on jugeait bon de corriger, d'ajouter, de retrancher, ou de préciser les différents sens. Je crois que l'exemplaire qu'on m'en a montré, est de la troisième compilation, et je ne sais pas s'il s'y est glissé quelque chose de défectueux, pour le tour ou pour la forme, d'où le Pape aurait pris lieu de le condamner; l'on m'assure qu'il ne veut en rien toucher aux témoignages de l'Ecriture sainte ; dans ce cas, bien loin de contredire son jugement, je m'y attache en toute obéissance. Mais, s'il avait vu la quatrième ou cinquième compilation de ces témoignages, il n'y eût certainement rien trouvé qui fût capable d'offenser une àme chrétienne et qui par conséquent fût digne de censure ; mais l'ouvrage lui aurait été plutôt un sujet d'approbation. Car il est remarquable cjue, dans ces diverses compilations, on a fait généralement profession de les soumettre toutes à la correction de l'Église, c'est-à-dire du Pape et des Prélats à qui appartient cette autorité (2) . »

la sépulture. «Laurent dAn;;leterre voulut aussi i^lre inhuinn dans le cloilre Saint- Jacques M et Dieu iierinit, ajoute le chroniqueur, quil en advint ainsi d'un grand nombre de ceux qui avaient persécuté les Frères.

il) « Il se tint intreiùdeinent en cour de Rome et. accusé sur plusieurs chefs par les Dominicains, il rendit dûment raison de sa conduite et de sa doctrine. » (Hisloria Xormannoriim, p. I0u9 C.)

{l, Opéra Guillelmi de Sante-Amorc ; Responsiones ad objecliones Domiiiicanorum. In |ieu plus loin, dans les mêmes Réponses, Guillaume dit que, du temps de saint llilaire, le Pape était hérétique, et que ce Pape était Anaslase II. Or Anas-

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