MAITRE GLILLALME DE SAINT-AMOUR
Les docteurs mêmes de l'L'niversité se mirent bientôt de la partie. Nous le voyons d'abord par une lettre du Souverain Pontife à l'évêque de Paris (5 a\Til 1239), où il se plaint que quelques docteurs cherchent à créer des difficultés aux Dominicains parce que ceux-ci s'opposent au retour à Paris de Guillaume de Saint- Amour. Il ordonne à l'évêque d'assembler tous les docteurs et les écoliei-s pour leur défendre de continuer leurs agissements et les avertit qu'en conscience et, sons peine d'excommunication encourue ipso facto, ils ne peuvent entretenir des relations avec lc> docteur de Saint-Amour, ni désirer le retour d'un homme justement condamné et obstiné dans son refus d'oljéissance au Saint-Siège (11. Les plus violents contre les Religieux étaient les membres des Facultés des Arts, du Droit et de la Médecine. Guillaume de Saint-Amour appartenant à celle de Théologie, ils prétendaient que c'était à celle-ci seulement que s'adressaient les ordres du Souverain Pontife. Le bref E.r allô, dont nous avons parlé un peu plus hau^, avait fait justice de cette prétention et leur avait enjoint de recevoir tous, aussi bien les Décrétistes que les Artistes et les Médecins, les religieux de quelque Ordre qu'ils lussent, et cela dans quinze jours, sous peine d'excommunication dont ils ne pourraient être relevés qu'en se présentant en personne au Saint-Siège.
Ces docteurs allaient en effet très loin dans leur résistance. Ils s'étaient engagés par serment à unir leurs efforts pour obtenir la lovée des sentences d'exil ou de toutes autres peines prononcées contre ceux qui avaient pris leurs intérêts et surtout pour faire consentir le roi au retour de Guillaume de Saint- Amour. Ils s'étaient même, au commencement de cette année 1259, adressés au Pape pour obtenir la grâce de Guillaume (2).
Alexandre leur répondit, le 5 avril, en leur défendant, sous les peines les plus sévères, de rien faire de plus pour rappeler Guillaume auprès d'eux, attendu que celui-ci ne mérite pas de pardon puisqu'il demeure endurci dans $on obstination (3' : il me-
(1) Bulle MuUorum relat., au Bullaire, p. I4C. {?) Du Boulay, p. 354.
(3) Bulles, i>. 149-100.
nace aussi tous ceux qui inquiéteraient encore les Religieux. Le 17 juin suivant, il ordonna au Chancelier de Sainte-Geneviève de ne jamais promouvoir, à quelque licence que ce fût, un candidat qui ne jurerait pas de ne troubler à l'avenir ni directement ni indirectement la paix dont ont besoin llniversité et les Ordres religieux (1).
Trois jours après, le Pape écrivit encore à l'évèque de Paris pour lui dire qu'ayant appris que la cause de toutes ces agitations était la correspondance entretenue par (iuillaurae avec plusieurs docteurs de Paris, il interdisait à ceux-ci de continuer ce commerce épistolaire, et cela sous peine dune excommunication encourue ipso facto et réservée au Saint-Siège (2j.
Le 11 juillet, Alexandre IV s'adresse directement à l'ilniversité, l'assurant qu'il n'accorderait jamais rien à Guillaume tant que celui-ci ne se serait pas soumis sans restrictions. Puis enfin, le 1.") du même mois, il pria Louis IX de prêter à l'évèque de Paris le secours de sa royale puissance (3).
Ce dernier elibrt emporta la victoire. Beaucoup d'ecclésiastiques se soumirent et eurent recours à l'évèque de Paris pour obtenir l'absolution des censures encourues par eux et, le .3 décembre 126U, le Pape donna à l'évèque les pouvoirs suffisants, à condition qu'il n'en userait qu'après s'être assuré de la sincérité de ceux qui en sollicitaient l'emploi et leur imposerait de s'abstenir (juelquc temps de leurs fonctions ecclésiastiques Ik).
Puis, ITniversité déclara se soumettre tout entière et recevoir les Religieux, mais à certaines conditions arrêtées d'un commun accord et que nous trouvons énumérées dans l'acte qui en fut dressé pour mémoire, après les délibérations du 20 janvier, ainsi que, des 10 et -i.j février 1200.
« Nous statuons et ordonnons, pour certaines raisons exprimées plus amplement en d'autres lettres, que les Frères Prêcheurs, toutes les fois qu'ils seront appelés ou admis aux actes publics, y
(1) Bullfs. p. 151.
(2) Ibid., p. 102-I.j:.
(3) Ibid., p. 158. ;-i) Ibid., ]>. 160.
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tiendront le dernier rang, à savoir les docteurs eu théologie après tous les autres docteurs jeunes ou vieux, séculiers ou réguliers, de la même faculté, et dans les disputes ils n'iirguraenteront (ju'après les autres docteurs. Les bacheliers de leur Ordre auront aussi le dernier rang après ceux des autres, c'est-à-dire des Frères Mineurs, des Carmes, des Augustins, des Cisterciens et des autres religieux. Et cette présente ordonnance sera publiée et affichée aux portes des églises et jurée par tous ceux qui nous ont fait serment de fidélité. Donné à Saint-Mathurin, dans notre assemblée convoquée par trois fois le iO janvier, le 19 et 21 février 1-259 (1). »
Ce fut la fin de cette longue dispute : deainll in piscem. On voit, jusque dans cette dernière et mesquine satisfaction, sous rinfUienoe de quels sentiments étroits agissait l'Université.