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XI. — EXIL ET FIX DE GlILLAOIE

Il ne nous reste plus qu'à connaitre ce que ht Guillaume dans son exil et comment il finit.

La tradition locale, et bien des faits que nous venons de rencontrer, nous montrent Guillaume, pendant son exil, occupé à ranimer par une active correspondance le zèle de ses anciens collègues. C'est alors qu'il composa le plus considérable de ses ouvrages, qui ne parut que peu de temps avant sa mort. Il vivait retiré dans son petit cabinet de travail, au premier étage d une tour ronde qui subsiste encore et qui forme le coin de la maison de pierre qu'il se fit construire : il en parle dans son testament. Tout auprès, en retour sur la ville, est sa chapelle ; puis, le long des murailles de la ville, s'étend ce jardin dont il donnera la plus grande partie pour construire son hôpital. Renfermé dans cette étroite enceinte d'une petite localité où parvient à peine le bruit des affaires lointaines de Paris et de Rome, Guillaume va

(1) Du Boulay, p. 356. .\u lieu de 1259, il faut lire 1260, car à ceUe époque, en France, on comptait encore l'année i partir de Pâques, ce qui faisait six et sept mois de retard sur la notre.

dune vivre au milieu de ses concitoyens dont beaucoup ignorent sa gloire et ne connaissent que sa défaite. Mais, dans la patrie comtoise, les cœurs ne regardent pas aux succès et de douces consolations sont encore réservées au grand docteur; il retrouve sa famille, ses amis, et, au sein de cette existence plus calme, son cœur de prêtre semble se rouvrir aux douces inspirations.

Tn de ses premiers soins fut en eilet de restaurer un hôpital d'ancienne fondation déjà (1). A ses propres frais il fit construire un bâtiment plus vaste et donna pour cette construction la plus belle partie de son jardin, celle où coule en murmurant la source féconde du Soiijet. Le rez-de-chaussée est occupé par une vaste salle le long des murs de laquelle sont rangés les lits des malades; à l'une des extrémités, au cote de bise (nord), s'élève un autel entouré d'une balustrade, sorte de chapelle où se célébreront les saints mystères que pourront suivre du regard et sans se déranger tous ceux qui seront couchés ; à l'autre extrémité, du côté du vent (sud), s'ouvre une de ces vastes cheminées comme en conservent encore nos vieilles maisons et que connaissent bien ceux qui ont affronté le rude hiver de nos montagnes. Autour de la cour qui précède l'entrée, se trouvent les logements des personnes employées au soin des pauvres malades, ainsi que les magasins et les autres dépendances. Les contemporains ne pouvaient savoir encore tout ce qu'il ferait pour assurer l'avenir de cette fondation, et leurs désirs ne ^louvaient aller aussi loin que sa générosité. Après six siècles écoulés, cet hôpital est riche encore des dons de Guillaume et tandis que, hormis les éru lits de profession, tout le monde ignore le nom du théologien, les pauvres de sa ville jouissent encore de ses bienfaits et regardent avec émotion le portrait de celui dont ils ne savent rien, eux non plus, si ce n'est qu'il lui doivent souvent la santé et toujours les secours nécessaires à leur état.

La mémoire du passé n'a rien conservé de plus sur le séjour

(1) Cel hùpilal, dll-oii, avait elé fondé vers lloo par Jeanne d'Andelol, de la célèbre maison de Coligny, de concert avec diverses personnes pieuses de Saint-Amour et des environs. Il reste encore, aux Archivas de l'hôpital, quelques parchemins de cette époque en mauvais état, qui semblent en faire mention.

MAITRE GCILLAU.ME DE SAINT-AMOI B. ^9

de (luillaume dans son pays et son testament, quelque détaillé qu'il soit, ne nous apprend rien Nous n'avons non plus rien de précis sur son prétendu retour à Paris en 1263. Quelques auteurs du dix-septiéme siècle ont écrit que, le pape Alexandre IV étant mort le 25 mai 1281 et le Français Urbain IV élu le 29 août suivant, celui-ci permit à Guillaume de rentrer à Paris, où il vint au printemps de 1263 et fut reçu en triomphe par l'Université (1). La chose est possible, mais les plus vieux chroniqueurs n'en parlent point; et même VHistoria Nonnannonon (2) laisse entendre que (Tuillaume n'a jamais quitté son exil. Il semble cependant que le nouveau Pape lui ait rendu une partie de ses bénéfices et charees puisque, quelque temps après, Clément IV donnera de nouveau à Guillaume le titre de maitrr dans une lettre qu'il lui adressera. Tillemont, qui soutient la première opinion, dit qu'elle n'a rien cVimpossible, puisque nous voyons par les détails d'un procès que Guillot, le bedeau de la nation de Picardie, excommunié et exilé par Alexandre IV, était en 1263 rentré en grAce et avait repris ses fonctions. Mais cela ne prouve que bien peu, car on ne nous dit pas que (aiillot ait i-efusé de se .soumettre et ait été absous quand même, tandis que nous savons très bien que (iuillaume ne s'est jamais soumis. Deux ans après ce prétendu retour triomphal à Paris, Guillaume fit donc paraître le nouvel ouvrage, fruit de ses méditations solitaires et des loisirs de son exil : Co/iectwnes cathoticae et canonicae scriplwnc ad insiruclionem el praeparationem siniplichnn C/in'sli fuleliiim contra pericula immincnlia Ecc/esiac cjcncrali prr hi/pocritas, p&eiidopraedicn tores , et pénétrantes domos, etoliosos^ ri rjijrovarjos. Il n'y a pas à se tromper sur l'objet du livre.

(1) Du Uoulay, p. .368-369; Saint-Amour, préface, p. 6-3-64.

(2) Hht. ^\onn., |). lOli D. — Les auteurs modernes qui ont louché à celle question ont amplifié encore avec un l>nsme digne d'un plus beau sujet et d un événement plus certain. Le retour de Guillaume à Paris fui un vénlal.le triomphe ; il rrrnl de la population de la ca|iitale cet iiccueil qui fait pâlir lenvie et que l'enlhou-siasme général seul peut accorder. » (Corneille Saint-Marc, p. 24.) — Voir aussi : Tissot, Leçons de litléralure française ancienne et moderne, qui compare ce retour à celui de Voltaire au dix-huitième siècle.

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C'était, sous une forme im peu nouvelle mais plus étendue, \e Livre des Périls; ce travail justifie d'une connaissance profonde des Écritures et des Pères, d'une prodigieuse érudition en même temps que dun inéhranlablo attachement à la cause pour laquelle le docteur avait toute sa vie combattu, .lamais le vieux lutteur n'a été plus souple en ses allures, n'a porté de plus vigoureux coups, ni mieux été sur ses gardes pour la riposte. Tout d'abord il ny voulut pas mettre son nom et déclara, dans les l'réliminaires, que la connaissance de l'auteur n'ajouterait rien à la valeur de la thèse; il protestait aussi de sa soumission au Pape et aux prélats et se rangeait d'avance à leur avis quel qu'il fût : singulière tactique qui n'est pas la meilleure note de lesprit de (Uiillaume; il promet toujours une soumission qu'il ne fait jamais.

Mais, sur ces entrefaites, Urbain IV étant moit et Clément IV élu à sa place, le 5 février 12Gô, Cuillaume, qui pensait ce Pape moins hostile à ses idées que les précédents Souverains Pontifes, lui lit présenter son ouvrage par l'entremise d'un certain Thomas, docteur de Paris, qui se trouvait alors à Rome et qui H a rien de commun avec Thomas d'Aquin.

Clément IV le lut en partie et répondit à Cuillaume par Tinte m K'di.iire du même Tliomas (T^.

I) Ci-Uf Icllrc ps( (lu IS ocloliif VIM; clli' l'sl [i'i)|i iiniMiil.inle ol le tyvna en a rie lio|> souvenl Jt(i|;iiii'' \n\uv (juc nous no la cilioDs lias ci\ unlici' et dans le texte otigiiial.

(c Dik'Cio lilio ina^islio Ciiillifliiii) ilc Sanclo Aniore.

« Si circa voritalis clalioras inJaHinem; si caiilclas eliaiii rollinis i'\ scripliiiis ; (Juin taiiien sobiiiis iiiquisilor existas, ctacurnon évites scandali, non le cicdimus arguendum. Sed cavenduni est libi, vel praeleriloruin*luo haereal animo niinis tenax nienioria, el ne siib doclrinac spccic deliarloiLim colores insidias. vetillatn objursalioneni iiiercaiis audire (juâ l'auluiu aetigil fcstus dieens : Ti- inultac litlerae faeiunl insanire. Sanè libellurn novum evolvere cepitnus qucinmisisti, qui licet inlerdurn alias orascircunieat, veterein tamen inullum sapit ; et cuni excussus et discussus. coloratns in aliquo videalur, totam prinii substantianicoin|)iobabilur retinerc. Verurnquia loluni non U'ginuis. nihil tibi possunius responderc. nisi quod provida diligcnliai' cor tunni inunias, ne sub boni specic te seduccl, qui se, ut latcat, in angeliiiii lucis transfigurai. .Nos autem cum legerimus opusculum et aliis aniatoribus veritalis et eanidem intelligenlibus communicaverimus, tune quod nobis videbilur libi debemus intimare : Sed quia res forsilanabibit In longura propler negolioruna inslantiarn ([uaedcinundi diversispar-

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