MAITRE GUILLAUME BE S.VINT-AMOCR
Mais, quelque temps après. Clément IV donna le livre au général des Dominicains. Jean de Verceil, qui commit à Thomas d'Aquin le soin de l'examiner. Le docteur dominicain ne trouvant rien dans cet ouvrage qu'il n'eût déjà réfuté dans le traité théologique qu'il avait fait autrefois contre les Pr'ri/s dos Derniers Temps^ réédita de nouveau ce travail Contre ceux qui combalteul la /irofession relirjieuse. Il y ajouta cependant peu après deux autres ouvrages de moins grande importance, les dix-septième et dix-huitième de ses œuvres, pour montrer en quoi consiste la perfection chrétienne et comment elle est atteinte par la vie religieuse, r.uillaume n'eut rien à répondre. Mais Gérard d'.Vhheville, docteur de université de Paris (1), publia peu après un libelle contre les Mendiants, les accusant de cent-neuf erreurs. On lui lépondit aussitôt en l'accusant lui-même de soutenir centtrois propositions fausses; Gérard alors attaqua avec violence le traité de Thomas d'Aquin Sur la Perfection chrétienne et en lit une critique si ridicule que le religieux ne répondit pas. Le cinquième libelle de l'universitaire nous valut une réponse de Thomas d'Aquin et une autre de Bonavcuture, le Franciscain, qui donna alors son Apologie des Pauvres, dernière réplique aux ennemis des Mendiants, demeurée sans réponse.
Ces événements durent assombrir les derniers jours de (iuillaume. F>cpuis quelque temps déjà il sentait approcher sa fin et s'y était préparé en faisant son testament, puis un codicille important qu'il y ajouta quelques jours avant sa mort, arrivée le 13 septembre 1272 :
« L'an de nostrc Seigneur, )nil deux cent septante deux, — disaient les papiers aujourd'hui perdus du chapitre de Saint- .Vmour, — mourut vénérable homme .Mcssire (luillaume de Saint-Amour,
lilms nos solilo airius inquirlanl. dilecUim liliutn magislruii) Thoniarn su|)iadicli |irafsentaloreiii operis ullra nolumus detinere.
« Daluiii VUerbii di'cimo quinlo KalenJas Novembris, anno secundo no-.lri [jonlilicalus. » (Echard. Siim. S. Thom. vind. p. 264; Natal Alexand. 1. c. el BuUaire romain.
('.>'i Sainl BonavpnUire nous dit même que, en imnilion de ses fautes, Gérard d'Abbeville mourut peu apre> de la paralysie et de la lèpre, désignant par testament de 1271 Robert de Sorbon comme son exécuteur leslamenlaire. Il était archidiacre d'Amiens. Voir Du Bûulay, p. 7o<).
J02 LA SCIENCE SOCIALK.
docfeur on sainte ThcoloGric, homme très docte et trùs excellent, lequel étant et travaillant au lit de maladie extrême, très sain de sens et dentendemont demanda (que) le précieux corps de J.-C. luy fut apporté et. quand on lui présenta ledit corps de .l.-C. en la présence du peuple, il confessa grandement la foy de notre Sauveur et Seigneur en ces paroles : « Voicy, sous les « espèces du pain, le vrai Dieu et le vrai Homme, chair vive; le « Père engendra le Fils éternellement, lequel est né de la Vierge « Marie, passible a conversé avec les hommes; homme passible « a été crucifié, mort comme homme passible et ressuscité de « mort, le tiers jour, impassible est monté aux cieux le lO""^ jour u après sa résurrection, Dieu et homme impassible. » Et alors reçut le précieux corps de .\.-C. en grande révérence et crainte, eu présence de Messire Etienne chapellain de Saint-Amour; de Messire Etienne, curé de Domseure ; de (iuillaume Cachet; de Cuillaume de Bresse (ou de Bornes) ; (Juichard de Villeneuve, prebstre; messire Pierre de Saint-Amour chanoine de M;^con, do Messire (luy Camus, clerc, et de plusieurs autres. »
(Guillaume fut inhumé dans un tombeau placé en dehors de l'église paroissiale, t/u iiUr du mil, près de la porte principale. 11 était légèrement enfoncé dans la muraille sous une petite voûte et surmonté d'une petite statuette du docteur à genoux les mains jointes (1).
Plus tard, sur le tombeau du maître on grava ces quatre vers qui témoignent plus de l'admiration des compatriotes du docteur que de leur strict amour de la vérité, au moins pour ce qui regarde la foi :
(1) Voici du rONtc ce qu'en dil un liahilant de Saint-Aniour, messire Colombcl, «lui écrivait au coniiiienccnienl du div-liuilicino sii clc :
ic Sepulcliruin liujiis celeberriiiii docloris visiUir in ecclesia parochiaji sancloruiu Aiuoris el Vialoris, in |)aitc spcctanle ineridieni, sub fornice quaj legll jacentern hune lumulum: viilgo fertur inclusos fuisse celebris hujus docloris varios libres ul posterilali [(erirenl seil rnultuin dubius est iile rurnor, nain in (estamenio dederil sues libres etniortuus fuerit in conimunione EcclesiJC ut patet in scrmone ([uein liabuil in priesenlia S. S. corporis Cbrisli, quem superius rctuli. «
Ces renseignements se trouvent transcrits à la dernière page du premier des maniis- On lit de l'hôpital de Saint-Amour, oii se trouve la copie du testament de Guillaume, crits à la suite ces deux lignes : Testamentarias tabulas suppeditavit nobis R. D. Cr<loinbelus Tlieologus, ilie '>G AugHSli. anno Domini 1616.