LKS ARTS USUELS
Inc illusion assez' répandue en France, c'est que les Anglais ont toujours été des agriculteurs, des industriels et des commerçants remarijuables, qu'ils ont toujours occupé dans le monde la place qu'ils y tiennent aujourd'hui, et que c'est là une affaire de tempérament, l'elfet d'une préoccupation dominante de la vie pratique; en d'autres termes, qu'il est inutile de s'inspirer de leur exemple, parce que leurs succès sont dus à des qualités permanentes de la race. Les autres peuples, dit-on, sont plus poétiques, ou plus généreux, ou plus portés aux études spéculatives; les Anglais, eux, se renferment dans le domaine utilitaire et y triomphent : il n'y a rien à faire à cela.
L'histoire en main, M. Max Leclerc détruit cette fausse légende : Les Anglais n'ont pas toujours été des agriculteurs mo-
dèles, ni des colonisateurs entreprenants, ni des industriels puissants, ni des commerçants habiles ; ils n'ont même pas toujours été marins, malgré la situation exceptionnellement favorable de leur pays à ce point de vue. Tout cela, ils le sont devenus, non pas les premiers, mais après beaucoup d'autres : l'agriculture était plus avancée en France que chez eux sous Henri IV et Louis XIII; l'industrie leur est venue des Flandres; ils ont été marins et colonisateurs beaucoup plus tard que le Portugal. l'Espagne, la Hollande et la France. Comment donc ont-ils acquis l'avance et la supériorité qu'on leur reconnaît aujourd'hui dans les arts usuels? Il est intéressant de le savoir; il y a avantage à bien s'en rendre compte, et cela peut nous guider dans les transformations qui s'imposent à nous, si nous voulons conserver à la France son rang et sa richesse.
Il se trouve précisément que leurs procédés sont très simples, très naturels, faciles à imiter par conséquent. Ils ne supposent pas de vastes plans conçus a l'avance par des hommes d'une puissance matérielle et dune clairvoyance intellectuelle de premier ordre. Et. de plus, ils sont personnels; ils n'exigent pas l'accord préalable d'une majorité de citoyens, mais seulement la poussée individuelle d'hommes agissant chacun de leur côté.
Cela est particulièrement frappant en ce qui concerne l'expansion de la race anglaise. L'empire colonial de l'Angleterre n'a été la « grande pensée » d'aucun règne; son développement a même été dû en grande partie à l'absence de ces grandes pensées politiques qui prétendent diriger l'activité de toute une nation. L'Angleterre a réussi en cela, disait Seeley (1), « parce qu'elle ne s'est pas laissée empêtrer dans les complications de 1 Ancien Monde ». Pendant que nous abaissions la maison d'Autriche, ou que nous refaisions la carte de l'Europe, travail glorieux, épuisant et éphémère, les émigrants anglo-saxons s'installaient en Amérique, les compagnies à charte jetaient les bases de vastes colonies, et leurs progrès poursuivis sans éclat, loin
(1; Cité par M. Max Leclerc. \>. 216.