II. LKS .\RTS LIBERAUX
Autant que possible, il vaut mieux se bien porter lorsqu'on séjourne en Angleterre; le titre de médecin n'est pas une garantie scientifique très sérieuse et l'on peut se trouver livré à de jeunes praticiens munis, il est vrai, dune certaine expérience, mais plus confiants dans leur coup d'œil que dans leurs connaissances, et pour cause.
Il arrive que l'on commence à quinze ans l'exercice de la médecine; on se place comme assistant chez un médecin diplômé qui vous fait tour à tour laser les bouteilles de sa pharmacie ou visiter ses malades (li; au milieu de ces occupations variées il faut trouver le loisir de s'instruire comme on peut, de passer l'examen préliminaire à l'entrée oflicielle de la profession, puis de suivre les cours dune des innombraJjles écoles de médecine qui fleurissent sur la surface du Hoyaume-lJni. Pendant tout ce tempslà, d ailleurs, on donne souvent force consultations, on administre des remèdes, comme Gil-Blas chez le docteur Sangrado ; on tuo ou on guérit son prochain, suivant la force de résistance qu'il oppose aux médications.
I.'art médical est traité comme un métier manuel et soumis à la coutume de l'apprentissage. Il y a Ijien des examens à passer, des cours à suivre, mais le niveau peu élevé des études pernut à des jeunes gens de vingt et un ans de recevoir la qualification de docteur.
Les corps qui confèrent cette qualification sont fort nombreux. Entête, figure l'Université de Londres dont le titre est fort prisé, et à bon droit, car il ne s'obtient qu'après des épreuves très dif-
(i; V.dans l'ouvrage de M, Max Leelerc, p. 62 à 66, la curieuse histoire d'un jeune médecin, aujourd'hui ariivf à une situation importante dans sa profession. C'esi un mélange d'énergie personnelle admirable et de pratiques médicales peu justifiables.
LES PROFESSIONS ET LA SOCIÉTÉ EN ANGLETERRE. llo
ficilc's; mais ILniversité de Londres crée chaque année une demidouzaine de docteurs; on est M. D. de Londres comme est membre de l'Institut; c'est une distinction scientifique plutôt qu'un grade. A coté de l'Université, la société des Apothicaires de Londres possède, elle aussi, le droit de faire des médecins qualifiés, et elle est peu exiereante.
Ce qui manque très nettement au corps médical anglais pris dans son ensemble, c'est la science. Reste à savoir si l'apprentissage est responsable de cette situation. L'apprentissage, qui choque nos habitudes, serait sans inconvénients, croyons-nous, et aurait même des avantages s'il était complété par des études sérieuses, si la puissante Médical As^^ociation se montrait plus soucieuse de relever la profession. Au lieu de cela, elle est surtout gardienne des privilèges attachés à la profession. C'est la pente naturelle à tous les corps fermés. Ici une circonstance particulière favorise cet état de choses. La médiocrité de certains médecins ne nuit pas à leur établissement; elle convient à leur clientèle. Toutes les sociétés de secours mutuels, qui assurent aux classes pauvres le bénéfice de l'assistance médicale, donnent à leurs médecins des honoraires fort peu élevés. La population ouvrière consulte les docteurs mais les paie très mal. Pour six pence (0 fr. 60), le médiccïtre de faubourg fournit la consultation et le remède. A ce prix-là, on ne peut pas déranger des savants. Aussi exige-t-on peu du médecin destiné à servir cette clientèle. .Mais cette clientèle est nombreuse dans l'industrielle Angleterre; elle est de beaucoup la plus nombreuse ; c'est elle qui peuple les faubourgs de Londres^ de Liverpool, de Manchester, et certaines villes industrielles ne contiennent guère c[ue des ouvriers. .\gglomérés dans de grands centres, ils usent des secours médicaux beaucoup plus que les paysans, mais leurs ressources sont faibles et ils ne pourraient pas rémunérer suffisamment le docteur de nos Facultés françaises que des études longues et coûteuses ont préparé à l'exercice de son art. En somme, l'Angleterre a besoin de guérisseurs médiocres et elle les fabrique médiocres, choisissant seulement dans la multitude quelques personnalités éminentes. qui passent par l'Univei-sité de Londres