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LE SIXIÈME CONGRÈS IMERXATIOXAL DES MINEURS, A I>ARIS

Mais des deux eûtes on est arrivé avec ses idées faites sur toutes les questions importantes, on les a exposées et discutées avec plus ou moins de chaleur et d'habileté, mais on savait qu'on n'influencerait pas son voisin, et les résultats des votes étaient connus d'avance. C'est ainsi (jue les choses s'étaient passées en 189i : il en a été de même en 1895.

Tous les ans, dans la dernière séance du congrès, les délégués de chacune des nationalités choisissent deux ou trois des leurs, et l'ensemble des élus forme un Çomiu- International qui représente les mineurs pendant l'année courante (1). Ce comité se réunit deux mois environ avant le congrès pour en arrêter l'ordre du jour; il a entre autres pour devoir d'exclure toute question n'ayant pas un caractère international.

Ce comité s'est réuni le 15 avril dernier à la Maison du Peuple de Bruxelles; seuls, les délégués français, 3IM. Basly et Lamendin. étant absents, en raison du décret d'expulsion porté antérieurement contre eux par les autorités belges. Après avoiiécarté, pour le motif indiqué plus haut, une proposition française relative aux Prudhommes mineurs, le comité inscrivit au programme du congrès de Paris les sujets de discussion qui suivent : 1° la journée de huit heures, 2' la surproduction, 3 la responsabilité des patrons, %" l'inspection des mines, et 5" l'hvgiène des mines.

De plus, et là on reconnaît nettement l'intluence anglaise, le comité inscrivit parmi les règlements généraux que tout délégué devait être mineur ou secrétaire dune association de mineurs. Ce coup droit porté aux politiciens, ne peut cependant les atteindre d'une façon effective: ainsi, M. Alfred Defuisseaux que,

(1) La composition de ce comité varie peu, la plupart de ses membres étant réélus chaque année. Pour 1894-95, les élus de la Grande-Bretagne étaient : .\IM. BurI et Pickard, députés, et Ashlon, secrétaire de la Miners' Fédération. I.'.Vllemagne était représentée par MM. MoUer, député, et Hennann Henker: la Belgique par MM. Callewaert et Cavrot. députés; la France par MM. liasly et Lamendin. députés. — Cette année. M. Horn, député au Landtag saxon remplace M. Henker et M. Calvignac remplace M. Basly; il n'y a pas d'autres changements.

personne ne s'y est trompé, cet article visait directement, en a été cjuitte pour se faire élire secrétaire dune société de mineurs belp^es, et s'est présenté au congrès avec un mandat parfaitement en règle. Le seul résultat apprécialjle a été d accroitrc l'antipathie des continentaux k l'égard des Anglais, et surtout à l'égard de M. Pickard, secrétaire général du Comité internatioïKil et du congrès, et par suite de soulever un violent incident dans la première séance de la réunion de Paris.

Mais ce que le Comité International ne peut pas faire, c'est de fixer les heures d'ouverture des séances du congrès, et ceci nous a valu, également dans la première séance, un incident dont la violence ne le cédait qu'à la houiionnerie. Les Anglais ayant proposé de siéger de dix heures à une heure, et de deux heures à quatre heures selon l'usage de leur pays, les délégués français, — ou voit bien là les gens qui parlent pour la galelie. — déclarèrent que cinq heures n'étaient pas assez, et demandèrent qu' « on travaillât sept heures ><. iM. Pickard ayant dit (< qu'il ne pouvait conseiller de siéger si longtemps dans une aussi petite salle pour faire un travail sérieux », les délégués français abandonnèrent leur proposition; mais elle fut aussitôt reprise par les Belges qui, avec les Allemands, prétendirent que cinq heures par jour n'étaient pas assez pour discuter toutes les questions inscrites au progi'amme. .Vlors M. Kasly proposa de couper la p<jire en deux, et de siéger six heures. Mais 3L Pickard, pi-enant de nouveau la parole, déclara qu'il s'agissait seulement de fixer l'heure d'ouverture des séances, que les précédents congrès avaient siégé cinq heures, et que seul le Comité Internalional pouvait changer cet article du règlement; il proposa seulement de siéger de dix heures à midi et de deux heures à cinq heures pour se conformer aux habitudes du continent. M. Hurt , président du (Comité International, c|ui, en vertu des règlements, présidait cette première séance, mit alors aux voix la proposition Pickard. La délégation française ayant demandé (]u on votât par nationalité, ce qui eût donné contre la proposition Pickard une majorité de 3 contre 1, M. Burt répondit d'une voix brève que la question n'était pas une question de

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principe ou de nationalité, mais de convenance personnelle, ot que le vote aurait lieu à mains levées. Les Français déclarèrent ne pouvoir voter dans de pareilles conditions, et s'abstinrent; les autres délép-ués du continent suivirent leur exemple, et la proposition Pickard fut déclarée adoptée au milieu dun violent tuniulti'.

Midi sonnait, et la séance allait prendre tin, quand les délégués français, oubliant subitement leur ardeur de travail, exposèrent que ce jour-là, 3 juin, élait un jour férié, — le lundi de la Pentecôte, — et que, pour cette raison, ils demandaient que le congrès ne siégeât pas l'après-midi, et s'ajournât au lendemain matin. Ni les Allemands ni les Belges ne protestèrent, les Anglais pas davantage, et la proposition française fut adoptée à l'unanimité.

La séance du mardi matin fut ouverte sous la présidence de M- Calvignac (1), qui remercia ses collègues français de lavoir élu pour protester contre la condamnation (jui la frappé récemment pour insultes à M. Mazens, maire de Carinaux. dans l'exercice de ses fonctions; M. Calvignac nie du reste absolument avoir tenu les propos qu'on lui reproche.

Ceci étant dit, les travaux du Congrès reprennent, et l'on règle tout d'abord la question de la représentation des mineurs autrichiens qui, nous l'avons dit plus haut, n'ont pas, faute d'argent, envoyé de délégués, mais ont mandaté un des délégués allemands, M. Meyer. Il s'agit de savoir si ce mandat est valable dune façon complète, et si M. Meyer pourra jeter dans la balance les 100. (KIO voix (les Autrichiens. Au nom de la délégation britannique, M. Ualph Voung, délégué du Northumberland, déclare qu'il serait imprudent de permettre à une nationalité de se faire représenter par une autre, attendu qu'on peut être appelé à voter par nationalités, et que, si une nationalité n'est pas sufhsamment bien organisée, si elle manque de fonds pour envoyer des délégués, on ne doit point lui laisser de part dans les

(0 Les délégués de chaque nationalité à tour de rôle choisissent parmi eux le présideni du jour. Par exemple, le président framais n'est élu que par les Français, el seulement pour un jour; le lendemain, il cède la place à un président d'une autre nationalité élu de la même manière.

décisions. Les continentaux, au contraire, demandent que le mandat soit valable tout entier, et que les voix autrichiennes entrent en ligne de compte ; mais le Comité d affaires, — élu au commencement du congrès de la même façon que le Comité International, dont il est du reste entièrement distinct, — auquel la décision finale est remise, n'accorde aux Autrichiens (junne représentation irléalr : M. Meyer ayant le droit de parler en leur nom, mais non de voter pour eux. Cette décision est encore due à l'influence des Anglais qui se montrèrent intransigeants. Les Allemands acceptent cette décision ; mais alors les Français et les Belges protestent, disant que M. Pickard a influencé le Comité d'ail'aires. et que le vote a été escamoté comme celui de la veille relatif aux heures de séance du congrès. Un violent tumulte éclate à nouveau. M. Cahignac, très embarrassé, agite sa sonnette : « Ne te fais pas naturaliser anglais au bureau, » lui crie M. Basly. « ,1e demande la parole, président [sic] », crie un autre délégué français, M. Evrard, secrétaire général adjoint du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais. M. Calvignac continue à agiter sa sonnette, et de guerre lasse les Belges et les Français se taisent.

Le congrès eût alors dû aborder la question de la journée de hait heures inscrite la première à l'ordre du jour, mais les délégués belges demandent qu'on discute tout d'abord la question de la surproduction. .M. Defuisseaux, qui parle en leur nom. fait valoir que la Chambre belge discute à ce moment de nouveaux tarifs douaniers, et que ses collègues et lui peuvent être obligés de partir à l'impr(»viste pour aller soutenir la cause du libreéchange. En se (»roclamant libre-échangiste, M. Defuisseaux était bien sûr de plaire aux Anglais, et la proposition belge est adoptée à l'unanimité.

Deux propositions contre la surproduction sont inscrites au programme du congrès. L'une, émanant des Français, veut « que la production de la houille soit réglée sur la demande » ; l'autre, venant de la Miners Fédération, réclame « que la surproduction du charbon soit empêchée de manière à régulariser les priv de vente et les salaires. »

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Il y a lieu de rappeler ici qu'au consrès do Berlin , la Miners' Fédération avait proposé, par l'organe de M. Aspiaw uU, l'ordre du jour suivant : « Le congrès est d'avis que la surproduction de la houille est due à l'entrée dans les mines d'ouvriers inexpérimentés et à l'énorme concurrence que se font les intermédiaires. Le congrès émet en conséquence le vœu que toutes les nationalités aient recours à tous les moyens légitimes de limiter la prcduclion de la houille et s'efforcent de prévenir désormais par des mesures légales l'admission dans les mines d'ouvriers inexpérimentés. »

Le lecteur remarquera que si les mineurs anglais voulaient restreindre leur nombre, et s'assurer un monopole par des mesures légales, c'est-à-dire par le rétablissement des anciennes barrières corporatives, apprentissage et autres, à l'entrée d'un métier fort simple (1), ils n'avaient même pas essayé d'indiquer une seule des mesures à prendre contre les intermédiaires. Au contraire, au congrès de Paris, les délégués français et belges apportèrent et soutinrent une prétendue solution complète du problème de la surproduction, solution imaginée, chose digne de l'emarque, par un capitaliste, M. Emile Lewy (2).

Le système de M. Lewy est fort simple en théorie. M. Lewy constate d'abord qu'il y a manque d'équilibre entre la production et la consommation de la houille. Quelquefois la houille s'accumule et on est obligé de la vendre presque au prix de revient; d'autres fois, au contraire, mais très rarement, la demande est plus grande que l'offre, et on en tire un bon prix. Ces variations de prix affectent également le salaire des ouvxùers que l'on est obligé de réduire, et les bénéfices des patrons qui deviennent nuls; quelquefois même, les patrons doivent suspendre l'exploitation pour ne pas succomber.

Le remède, dit M. Lewy, est dans une entente internationaU;

(1) Voir sur ce sujet, Paul de Rousicrs : La Question ouvrière en Angleterre, \\ partie, ch. v, paragraphe i : La reituction de la production par voie législative. •2) M. Lewy est un Danois, né à Copenhague en 1841. .\.ulrefois secrétaire de MM. de Rothschild à Naples et à Paris, il était récemment, et, je crois est encore, président du conseil d'adtninislration et administrateur délégué des charbonnages de Pâturages cl Wasines (Belgique).

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