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pour régler la production et fixer les prix de vente d'après le taux des salaires. L'ouvrier recevrait un salaire minimum, qui en Belgique serait pour le moins double du salaire actuel (1), et les patrons recevraient une juste rémunération du capital qu'ils exposent, car, et c'est M. Det'uisseaux qui parle ainsi, « les intérêts des deux parties sont également légitimes ».
Oiiant H la réalisation de ce programme séduisant, voici comment M. Lewy estime qu'elle pourrait se faire. « .l'aurai pour moi, dit-il (2), tous les mineurs, et dès le premier jour un grand nombre de patrons; les autres suivront sans se faire attendre. » Cependant, si par liasard certains patrons étaient rebelles à l'entente internationale, il faudrait les réduire. Pour y arriver, « la grève serait déclarée dans tous les charbonnages qui dans un délai maximum de huit jours n'auraient pas formellement accepté le système Lewy avec toutes les conditions qu il implique ».
Une de ces conditions est l'organisation d'un comité international composé « pour 1/3 de délégués des mineurs, pour 1/3 de délégués des patrons, et pour un dernier 1/3 d'hommes ayant des qualifications spéciales et possédant une expérience commerciale, tinancière, administrative, etc. » Ce comité réglerait la production de chaque pai/s après considération de la consommalion intérieure et de r crportalion. « Il pourrait autoriser : 1" l'un ou l'autre des pays producteurs à augmenter son extraction, à condition quelle scm- uniquement aux besoins intérieurs et non à faire concurrence à des prix avilis aux autres pays producteurs; 2" dans chaque pays, s'il y a lieu, un certain nombre de charbonnages à faire des journées supplémentaires, lorsqu'il serait démontré que leur situation l'exige dans l'intérêt bien entendu de leurs ouvriers, et plus particulièrement lorsqu'il s'agira de soutenir des charbonnages donnant des preuves mani-
(1) M. Lewy demande celte augraenlalion de 50 0/0 des salaires des mineurs belges parce nue ces salaires, qui dépassent rarement 3 fr. 50 par jour, sont les plus bas d'Europe. Pour les mineurs des autres pays, ceux d'Angleterre en particulier, M. Uwy ne demande pas une pareille augmentation.
f>) Je cite textuellement une interview de M. Lewy publiée dans The Mining Journal de Londres du 25 février 1«93, et reproduite par l'organe de M. Alfred Defuisseaux. LeSvffrage universel , du 28 février 18'J3.
tE SIXIÈME CONGRÈS INTERNATIONAL DES iUNELRS. A PARIS. lî)
festes de leur sympathie aux ouvriers; 3° à dépasser exceptionnellement la journée de huit heures (1). Le comité international de production aurait encore pour mission d'étudier toutes les questions intf'-rcssant les mineurs, — de préparer et faire adopter par les gouvernements respectifs toutes les lois jugées nécessaires pour la protection de Ja vie et des intérêts des mineurs : inspection des mines, caisses de secours et de retraites, — et même de préparer et faire adopter toutes les modifications jugées nécessaires aux lois existantes. Le comité international serait en réalité un véritable y;«//îA7iè/v' intfrnational des mines comprenant un nombreux état-major réparti dans tous les pays producteurs. »
Si je me suis arrêté aussi longtemps sur le système Lewy, c'est que son exposé complet dispense de longues réfutations. Ce plan d'accaparement ne tient pas debout, et le jour où l'on essaierait de le mettre en pratique, même ses partisans les plus chaleureux en verraient éclater toutes les impossibilités. Quand M. Defuisseaux s'est adressé « à nos chers amis d'Angleterre » et à leurs sentiments de solidarité et de fraternité, leur rappelant qu'ils n'ont pas les difficultés du continent, qu'ils sont dans une situation privilégiée, et leur a demandé d'accepter le plan Lewy « qu'ils peuvent faire échouer », les délégués anglais se sont mis à rire et n'ont pas paru le moins du monde touchés. C'est en vain que pour les ébranler, M. Defuisseaux s'est écrié d'une voix mélodramatitpie : « Comité central international, sentez-vous la puissance de ces mots? » ils ne se sont pas laissé convaincre.
C'est que les mineurs anglais acceptent bien — et proposent — un système supprimant la concurrence fjue leur font les ouvriers inexpérimentés [ii/isAil/rd œorhfrs qui viennent travailler dans les houillères, mais que, réflexions faites, ils ne veulent pas limiter la production de la houille en Grande-Bretagne. Ils trouvent excellent que le charbon anglais soit exporté en quantité chaque année plus considérable, et ne songent pas à se sacrifier
(1) Une des conditions du système Lewy est l'adoption générale de la journée de huit heures. De plus, les mineurs ne travailleraient que quatre jours par semaine, et recevraient le salaire de cinq jours. Enfin, en plus de l'augmentalion de salaire journalier montant à 50 0 0 pour les ouvriers belges;, les mineurs auraient une part de 25 0/0 dans les bénéfices de l'esploilation.
à leurs camarades du continent. Si la théorie de la limitation de la production leur parait superbe cjuand elle leur est présentée sous un jour avantageux, le sens commun chez eux ne tarde pas à reprendre ses droits, et ils changent d'avis en apercevant le revers de la médaille.
Aussi M. .lohn Wilson, délégué du Durhani. appuyé par M. Ro- ItertSmellie, délégué écossais, propose que la résolution Defuisseaux, demandant l'adoption du système Lewy par le congrès, soit renvoyée au comité international qui la fera imprimer et l'enverra aux diverses associ;itions pour qu'elle puisse être présentée au congrès de 189(>, — cecjui est une façon très anglaise et très pratique d'enterrer la question.
Mais, comme les délégations française et belge demandent qu'on discute cet amendement, la parole est donnée à un délégué allemand, M. ;\It)ller. .M. Mciller déclare que les Allemands sont entièrement contre le système Lewy, et cela. pcav-c que les faits sont fontre ce système.
.l'avoue qu'en entendant cette phrase je dressai l'oreille. Les -Mlemands sortaient-ils donc du terrain de la doctrine pour entrer sur celui des faits? Je ne tardai pas à savoir à quoi m'en tenir.
Le système Lewy, dit M. MoUer, suppose une alliance entre le capital et le travail. Or une telle alhance est impossible; elle créerait des divisions entre les travailleurs, alors qu'il n'y a qur deux partis : d'un côté les capitalistes, de l'autre le prolétariat. Les ouvriers seraient obligés de s'unir avec leurs employeurs contre d'autres employeurs, tandis qu'à d'autres moments il leur faudrait s'unir entre eux contre leurs propres patrons. Voilà ce que M. xMtiUer, en bon doctrinaire, appelle les faits; mais il faut lui rendre cette justice qu'il a su fortement mettre en relief certains côtés enfantins du système Lewv.
C'est ainsi qu'on a objecté à M. Le\\ y que l'industrie ne pourrait supporter une hausse du prix de la houille montant à 5 et G francs par tonne; mais M. Lewy ne s'embarrasse pas pour si peu : «' Nous sommes charbonniers, dit-il (1), et vos affaires ne
(1) Tftc Mining Journal. — 25 février 1893.