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fère de la communauté familiale en ce qu'il groupe des personnes appartenant à des familles différentes, des personnes qui ne sont pas réunies par des liens de parenté : c'est une association extérieure à la famille.
A vrai dire, ce clan militaire restreint et un peu branlant constitue toute l'org-anisation politique des Albanais. Il n'y a , parmi eux, <■ ni unanimité ni ensemble, si ce n'est dans le cas où le foyer et l'autel sont menacés par un ennemi étranger. Mais, comme, habituellement, on n'a rien à craindre de semblable, chaque canton libre se compose de \àllages indépendants , et ces hameaux se partagent en phares ou partis , qui reçoivent volontairement l'impulsion d'un ou de plusieurs chefs que chacun d'eux se choisit. Des haines tiennent toujours non seulement les phares , mais les familles et même les individus qui en font partie, dans la défiance, dans un état d'hostilité sourde. Par suite de cette habitude des esprits, qui les rend nécessairement inquiets et soupçonneux , il arrive que les bourgades et les villages albanais ont, dans leur construction, une forme particulière et distinctive des autres hameaux. Chaque maison est crénelée , ou bien percée de meurtrières masquées par un enduit extérieur ; elle est toujours isolée, hors de la portée d'une autre habitation. Les familles d'un même parti , ou d'une souche commune , en s'éloignant comme par branches collatérales du chef dont elles descendent, forment, par échelon, des quartiers autour d'un mamelon, ou sur un plateau escarpé, de manière à pouvoir se secourir sans cesser d'être en garde contre les entreprises des gens de leur phara » (1 . « C'est ainsi qu'autrefois Sparte n'était qu'une suite de villages habités par des individus retranchés dans leurs demeures. Tant il est vrai que le type albanais actuel fait revivre sous nos yeux les caractères essentiels du type ancien.
Et cependant la nécessité qui a brisé chez ces gens l'ancienne communauté familiale est si forte, que cette vie remplie de dangers a pi^ur eux des charmes incomparables. Pouqueville a
(1) Pouqueville, ibid., p. 5G2.
connu un aga de Lexovico, qui .se vaiilail de n'avoir pas osé passer depuis dix ans dans un quartier de la ville qu'on voyait à travers les grilles de sa fenêtre et où il aurait été assassiné par ses ennemis; il les désespérait par sa constance à se tenir sur ses gardes et à vivre claquemuré. Des phares entières ont souvent des inimitiés iniplacaldes ; elles ne passent que de nuit et furtivement dans certaines rues. Chaque circonscription a ses puits, ses citernes, ses fours et son marché à part, et on se dispense d'aller à l'église, à la mosquée, pour n'y pas rencontrer un ennemi. On s'est d'ailleurs entendu tacitement pour que cet état de guerre n'entrave pas trop les travaux agricoles. Pouqueville a vu des moissonneurs faire tranquillement la récolte dans la vallée de Drynopolis, tant que le jour durait, et se fusiller après le souper, lorsqu'ils étaient rentrés en ville. « La guerre peut éclater entre deux maisons d'une même phara, ou de quartier à quartier, sans que les autres y prennent part. Mais si un village, ou une ville, entre en guerre contre une ville ou contre quelque autre hameau, la chose prend un caractère sérieux. Ces querelles, comme aux siècles homériques, arrivent pour l'enlèvement d'un Adonis, pour le vol de quelques chèvres, très souvent à cause des limites des parcours; et, comme les différends ne peuvent se terminer parle moyen des lois, qui n'existent pas chez un peuple anarchique, on a recours à la voie des armes. Alors on s'asscmhle, on délibère, les haines privées s'ajournent dans les factions, et quand on doit marcher contre une peuplade entière, on se prévient de part et d'autre, non par le ministère de hérauts porteurs de caducées, mais en chargeant un passant ou un muletier d'annoncer qu'on s'attaquera dans tel temps. Il est difficile de s'imaginer en pareil cas combien d'intrigues on emploie et à quels moyens ingénieux on a recours pour augmenter le nombre de ses partisans et pour débaucher ceux des autres. Si on entre en campagne, c'est en tâtonnant; on cherche à semparer d'un défilé pour se rendre maitre des communications; on regarde comme une prise d'avant-postes l'incendie des moulins, qui prive un village de ses farines, et le triomphe est marquant, si on peut occuper des hauteurs assez
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rapprochées de l'enneini pour linsulter en lui chantant des injures » (Ij.
On croitait entendre les injures qu'échangeaient entre eux les héros d'Homère. M. Pouqucville fait dailleurs le rapprochement entre les deu.v époques. Ces villages, bâtis dans des lieux escarpés, <' coûtent souvent des sièges aussi longs et sans doute aussi bien conduits que celui de Troie. Il faut avoir assisté à ces journées de l'antiquité pour y croire ; il faut voir les héros de la Grèce moderne, embusqués sans se retrancher, se provoquer, s'insulter, attendre qu'un homme se présente pour tirer, et s'enfuir quand ils ont « du pire », pour bien comprendre les combats décrits dans Yll/adc. Il faut surtout entendre chacun se vanter après une action, assister aux festins où l'on mange les agneaux voles, qui sont rôtis en plein air, pour jouir des scènes que la poésie a si brillamment parées de la richesse de ses couleurs. Rien n'a changé, à cet égard, sur la terre des demi-dieux et des héros; et, si on labourait les champs dllium tandis que les Grecs assiégeaient la capitale de Priam, si les Troyens de leur côté vendangeaient sur les coteaux du mont Ida pendant le blocus, il arrive souvent aux Albanais de lever un siège à la veLUe du succès, pour aller ensemencer leurs terres, faucher leurs prés, ou bien chercher dans leur famille des provisions qui leur manquent » 2,.
Avec cet esprit d'indépendance, qui fait le fond de leur situation, on comprend qu'ils soient incapables de concevoir un groupement national, sinon au point de vue militaire. Aussi les tribus sont-elles absolument autonomes dans leurs alliances intérieures ; mais, en face de l'étranger, elles ne forment qu'une seule nation (3). On n'est jamais plus uni et groupé que dans les pires catastrophes. La guerre contre les Turcs en offre un exemple tragique : « Sur des milliers de montagnards, il ne se trouse pas un vieillard, pas une femme, pas un enfant pour demander grâce aux massacreurs envoyés par Ali-Pacha. L'héroïsme de ces
(1 Poiiqueville, loc. cit.. t. II. p. 560.
(2) Ibid., j). 503.
(3) V, Reclus, youv.Géofj. unie. i. I, p. 193, l'Ji.
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femmes qui mettaient le feu aux caissons de cartouches, qui se précipitaient du haut des rochers, ou s'élançaient dans les torrents en se tenant par la main et en chantant leur chant de mort, restera toujours l'un des étonnements de l'histoire (1). » L'admiration demeure, mais l'étonnement cesse, quand on s'est rendu compte, comme nous venons de le faire, des causes qui ont développé chez ces gens le mépris de la mort, l'énergie individuelle, et l'attachement à la communauté publique constituée sur le clan militaire. On ne survit pas à sa défaite.
La nature des lieux et le clan guerrier ont permis à ces populations d'échapper à la conquête. — On comprend que ces montagnards ont une grande force de résistance contre les entreprises venant du dehors. En fait, les Albanais, mais spécialement les iMirdites, qui représentent, si l'on peut ainsi parler, r Alljanais à sa plus haute puissance, n'ont jamais été soumis aux Turcs, en dépit des efforts formidables que ceux-ci ont faits depuis plus de quatre cent cinquante ans, et au temps de leur plus grande puissance. Aussi les Mirdites sont-ils demeurés cathoUques. Ils avaient résisté de même à la série interminable des invasions celtiques, germaniques et slaves de toutes les époques. Les exploits du fameux Scander-Beg sont un exemple célèbre de cette force de résistance.
Cette force de résistance, qui avait sa source dans le tempérament essentiellement guerrier que nous venons d'expliquer, a été en outre soutenue par la nature des Ueux. « L'Albanie est le pays le plus montueux, le plus confus, le plus difficile de la Turquie d'Europe. Les montagnes s'y entassent, s'y croisent, s'y enchevêtrent de telle sorte qu'il est impossible de suivre leur direction et de les rattacher les unes aux autres. Les vallées y sont tourmentées, déchirées, parcourues par des torrents et ne s'épanouissent que dans de petites plaines. Le terrain cultivable est rare; toute la nature s'y montre Apre et sauvage. Si, de ces traits généraux, nous voulions passer au détail, nous sommes forcés d'avouer
(I) Reclus. Xouc. G('Oij. iiniv., t. I.
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que l'Albanie, comme toute la partie occidentale de l'Empire ottoman, est moins connue aujourd'hui que du temps des Grecs et des Romains et que c'est aux auteurs anciens que les géographes modernes ont emprunté la plupart des renseignements qu'ils possèdent sur ces contrées (1), »
C est en vertu de cette force de résistance que nous avons aujourd'hui sous les yeux le type parfaitement conservé du montagnard sorti du milieu des Pélasges et premier habitant de cette portion du globe.
La formation prise dans la montagne ne change pas plus que la montagne, tant qu'on y reste et qu'on repousse l'arrivée d autres races : c'est ce qui explique la persistance ^du type social et du type physique constatée par fous les voyageurs. « La population de la Turquie occidentale, entre les monts de la Bosnie et de la Grèce, est composée de Giièqiies et de Kosques (Albanais du Nord et Albanais du Sud; dont l'état social ne s'est guère modilié depuis trois mille ans. Leur figure est presque toujours régulière ; ils ont la tète allongée, le nez effilé, l'œil petit et fixe, la plupart sont Ijlaucs et la nuance de leur iris est le gris ou le bleu. Ils ont la poitrine bombée, la taille fine, les membres gi'acieux et forts. D'après \V. Virchow, les Albanais sont parmi les Européens ceux dont le crâne a la forme la plus noble. Gais, audacieux, habiles à la répartie, les Albanais ressemblent aux Grecs. Par leurs mœurs, leur manière de sentir et de pe nser, les Albanais de nos jours nous représentent encore les Pélasges des anciens temps. Maintes scènes auxquelles assiste le voya geur le transportent en pleine Odyssée. Georges de Hahn. le sava nt qui a le mieux étudié les Chkipetar (c'est le nom que se donnent eux-mêmes les Albanais, il signifie « hommes des rochers >i i, croyait voir en eux de véritables Doriens. tels que devaient être ceux que conduisaient les lléraclides, en sortant des forêts de l'Épire, pour aller à la conquête du Péloponèse. i II ne se trompait pas, ainsi que nous le verrons dans l'article suivant.) Ils ont même courage, même amour de la guerre, de la domination, même esprit de clan; ils
(0 -Valte-Brun, Géofj.. t. IV, p. 080.
ont aussi à peu près le même costume : la blanche fustanelle, élégamment serrée à la taille n'est autre que l'ancienne chlamyde (T. »
On comprend à quel point ce type est curieux pour la connaissance du type social primitif des Grecs, que nous étudierons ensuite.
L'origine, l'insuffisance des ressources du sol, le clan guerrier et le voisinage de vallées riches ont développé l'habitude du brigandage. — Les orii^iues de ces montagnards, puisque c étaicut des révoltés, leurs visées, puisque ce sont des indépendants, leurs divisions naturelles, puisqu'ils ne sont pas arrivés en bloc, ont fait, de tous temps, nous l'avons vu, que la première sûreté pour leur existence était dans leurs armes. C'est l'outil dont ils entendent le mieux l'usage. Ils ne se sont pas contentés do lui demander la préservation de leur vie, ils lui ont encore demandé les ressources de la vie : et cela était tout simple, puisque leurs montagnes les rendaient nécessiteux, et que les gens de la vallée bien pourvus . étaient leurs ennemis , ceux qu'ils avaient fuis, volontairement ou bannis par eux.
Cette série de faits, — et le brigandage qui en est la conséquence, — s'est reproduite sur une quantité d'autres points de la Grèce, dans les montagnes, notamment depuis l'invasion ottomane, si iii;d accueillie à bon droit.
Le brigandage des montagnards institué comme un moyen d'existence, n'a pas disparu complètement avec la libération de Ja Grèce. Cette libéiation ne pouvait pas, par elle seule, donner immédiatement des ressources de vie qui fussent du goût de ces montagnards et dans leurs habitudes.
D'ailleurs le gouvernement établi par les Puissances européennes, auxiliaires de la Grèce, fut mal combiné pour donner une solution à cette grave difficulté. Les Albanais, les Maïnotes, montagnards du même type sur le Taygète, au-dessus de Sparte, les marins et pirates grecs, issus en grande partie des AUîanais
(1) Reclus. F.uiope mi-ridionalc, p. 185.
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et d'autres montagnards, avaient été les héros vraiment extraordinaires de la libération de la Grèce. Or le nouveau gouvernement n'eut rien de plus pressé que de les mettre à l'écart. On sait comment la couronne de Grèce fut donnée, en 1832. à Othon, second fils du roi de Bavière, qui n'était pas encore majeur. Les fonctions publiques furent alors envahies par une véritable armée de Bavarois, ce qui amena bientôt de vives protestations de la part des chefs et des soldats de la dernière guerre, et bientôt des révoltes. Othon dut expulser ses compatriotes en 18i.3.
Il suffit d'ailleurs de lire les biographies de ces héros albanais et grecs, pour se rendre compte que de pareils hommes ne pouvaient être qu'au pouvoir ou à la révolte. Citons entre autres : jMarcoBotzaris (1), Capo d'Istria 2\ Théodore Colocotronis (3), l'amiral Miaulis (i-), Alexandre Mavrocordato (5).
(1) Un des héros de la Grèce moJerne, né en Albanie en 1789: il fit ses premières aimes dans une insurrection cuntre la Porte, en isu'l. Il passa ensuite au ser\ice de la France. La vévolulion de iRîn le trouva i>rèt. Nommé ^t;itar(]Ué. ou i^énéral. dans la Grèce occidentale, il prit aux Turcs Rcniassa, Plaça, et combattit vaillamment à la journée de Peta, en 1822, et au défilé de Trioueros. S'étant jeté dans Missolonghi (entrée du golfe de Corinthe , il lit, avec 240 Ijommes, une sortie pendant la nuit, massacra un yrand nomlire d'ennemis, mais reçut une blessure mortelle. 20 août i.s23. Son fils aine devint ensuite aide de camp du roi Othon. Voir Deïobry et Bachelel, /Jic(. Iiist.)
(2) Cajx) d'Istria, né à Corfou la grande iledu rivage albanais;, en 1770. Il |iréla son appui aux Grecs insurgés contre la Porte et eut la direction de leur gouvernement en 1827. Son peu de ménagements pour les chefs influents ((ui attendaient le prix de leur> services le lit accuser de vouloir étouflTer la liberté hellénique au profit de la Russie au service de laquelle il avait été auparavant comme diplomate et administrateui . Pielro Mavromichalis, bey des Maïnotes, ayant été incarcéré à la suite de quelques troubles dans sa principauté, son (ils Georges et son frère Constantin assassinèrent Capo d'Istria, 1» oct. I8:il. iDezobry, D(Ct. hisl.)
(3) Théoilore Colocotronis, un des chefs de l'insurrection grecque, né en 1770 dans la Messénie (un paysde montagnes célèbres), mort en lt>i3. Il ballil Méhemet-Pacha en Morée, en 1822, mais ne sut point sacrifiera l'intérêt commun sa haine contre Mavrocordato. Général en chef dans la Morée sous la présidence de Capo d'Istria. il fut, après le meurtre de ce dernier, un des chefs du gouvernement provisoire. Condamné à mort pour avoir conspiré, en 1834, contre la régence établie pendant la minorité du roi Othon, il obtint sa grice. iDezobry, Dict. hisl.)
(4) Miaoulis. ou Miaulis, amiral grec né à Négrepont en 1772, mort en 1835, commanda en chef la llotle des insurgés en 1822, battit les Turcs à Palras. Il refusa de combattre sous les ordres de lord Cochrane, dont il désapprouvait les pians, se retira, se mita la tète des Hydriotes (îles peuplée parles .Vlbanais) révoltés en 1831 contre le gouvernement grec et n'échappa à nn procès de haute trahison que par la mort du président Capo d'Istria. (Dezobry, Dicl, liist.)
[bj Ale.\andre Mavrocordato, né en 1787, un des chefs de l'insurrection grecque
Et. naturellement, ces hommes exercent le pouvoir, quand ils le détiennent, à la façon d'un brigandage. " Dans l'Hellade, une bureaucratie inquiète et rapace intervient à tout propos pour gérer à son profit les deniers de la commune, corrompt les électeurs, afin de se maintenir en place, et tente de rentrer dans ses débours, en continuant, sous mille formes vexatoires plus ou moins légales, les traditions de piraterie et de brigandage qui ont été si longtemps celles de leur pays (I). »
Dans son roman. Lr Roi des montagnes, Edmond About a groupé avec beaucoup de vérité une série de traits qu'il avait pu observer et saisir sur le vif. Son héros, Hadji Stavros, est un type très réel de montagnard brigand et pirate, et les populations qu'il pille « le grondent tout haut et l'aiment tout bas ». Elles reconnaissent en lui un fils authentique de leur race, le type idéal que chacun voudrait atteindre et que chacun montre avec orgueil à ses fils.
Les Albanais n'ont pu être modifiés par le commerce, ni exercer, par ce moyen, une action au dehors. — Résister aux entreprises exh-rieures, ou se livrer au brii:andage en opérant des razzias sur la frontière, c'est sans doute agir sur le dehors, mais ce n'est pas sortir de chez soi. Les Albanais n'ont été entraînés au dehors ni par la pratique du commerce, ni par le transit et le transport des marchandises étrangères. Nous allons voir pour- (jimi.
La partie centrale de l'Albanie a été, au temps des Romains, une voie commerciale. On passait de Brindes, ou Brindisi, qui est en Italie, à Dyrrachium, ou Durazzo, qui est en Albanie : c'était prendre l'Adriatique au plus court, en évitant le terrible promontoire des monts Acrocérauniens, fertile en tempêtes et en naufrages, Infâmes scopuli!
De Durazzo partait une voie romaine, appelée voie Egnatienne
contre les Turcs en 1821, président du conseil administratif en 1823. éloigné par l'inlluence de Capo distria et des Russes, puis rappelé aux aflaires et président du Conseil en 1884. (Dezobry, /)jc<. hist.) (1) Reclus, youv. Gdorj. nniv. 1. 1, p. 118.
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[Via Efjnatia , qui passait, en allant directement sur l'Est, à Petrella. Oehrida. Monastir. puis en Macédoine, à Vodina et .lanitza (anciennement Kdesse et Pella, capitales successives de la Macédoine sous Philippe et Alexandre , et ahoutissait à Salonique. C'était la voie directe pour aller de Rome en Orient. Il en subsiste encore des fragments dont la solidité a résisté à dix-huit siècles de service ou de ruine.
Mais il est clair qu'en dehors de ce trajet direct, imposé, pour ainsi dire, contre la nature des lieux par la toute-puissance romaine, le pays ne se prêtait pas au commerce et n'en subissait pas d'atteinte. Les Romains disparus, les seules voies naturelles, qui étaient celles du golfe de Corinthe ou de la Méditerranée, ne souffrirent aucune rivalité.
C'est le rempart profond des montagnes étendu entre l'Adriatique et le Pinde, qui fait que les ports de la cùte albanaise, d ailleurs peu nombreux et peu favorables pour la plupart, ne peuvent attirer le commerce. C'est lui qui explique que les Albanais n'aient pas lieu de se faire marins sur leurs propres côtes.
•' En attendant qu'une ville de commerce s'étaljlisse sur la côte et remplace les misérables « Echelles » auxquelles on donne le nom de Ports, le mouvement des échanges se concentre dans quelques villes de l'intérieur. La plus considérable estPrizrend. située sur le torrent de la Maritza, tributaire du Drin, à l'issue d'une cluse de montagne, mais à l'extrémité méridionale de la plaine très fertile de Metoya, par laquelle on peut rejoindre sans peine la vallée de Vardar et la grande route d'Autriche à Salonique. Prizrend est une ville de marché pour tous les hauts Albanais Albanais du Nord i et ses habitants enrichis par le commerce se vantent de la magnificence de leur costume et de la beauté de leurs armes (1). » Ce dernier trait montre liien à quel point ils restent Albanais, en dépit de ce commerce d'ordre infiniment secondaire et placé tout à l'intérieur.
On voit donc que le seul métier par lequel les Albanais peuvent exercer vraiment une action au dehors est le métier des armes,
1 Reclus, h,i-. ni., p. l'J8.
\A't LA SCIENCE SOCIALE.
la guerre, tant celte série de phénomènes est étroitement liée. Mais la guerre, où et comment?
Les Albanais ne peuvent plus pratiquer au dehors le métier des armes qu'en se louant comme mercenaires. — Les heaux tenips (lu bri,i:aiidai:e extérieur sont passés pour les Albanais. Tout ce qu'ils peuvent faire aujourd'hui, c'est de résister aux Turcs, au fond de leurs montagnes. Au dehors, ils seraient immédiatement arrêtés non seulement par cette puissance qui leur est très supérieure en force . mais encore par Tintervention des nations européennes qui s'entendent pour sauvegarder la Turquie. Ils ne sont pas phis heureux du côté de la Grèce constituée aujourd'hui en État et capable de se défendre, elle aussi.
Et voilà bien ce qui empêche lévolulion naturelle de ce type de montagnard : il ne peut sortir librement et en masse de ses montagnes, pour exercer le seul métier auquel il soit apte réellement. C'est précisément ce qui nous obligera, pour observer ce type dans sa plénitude, à le chercher au temps où les montagnes de la Méditerranée n'étaient pas cernées comme aujourd'hui par les grands peuples étrangers à la Méditerranée, cest-à-dire à l'époque des anciens Grecs et des vieux Ftomains, qui nous montreront ce qu'a été et ce qu'a produit autrefois l'expansion de ces montagnards.
Faute de pouvoir sortir triomphalement, librement, en masse, (le l'Albanie, les Albanais en sortaient, pour la guerre, en se louant aux autres peuples, comme le faisaient récemment encore les Suisses. « Le recrutement, qui est volontaire, a lieu dans les phares, par un chef qui s'intitule de sa propre autorité, bouloukbachi, ou commandant de peloton. Plus un pareil aventurier a de fortune et de réputation, et plus il parvient à réunir de soldats. Souvent on accorde une haute paie en faveur de services anciens comme voleur : titre équivalent h celui de chevaher errant. Les soldats admis sans considération d'âge et de taille sont ténus de s'armer et de s'équiper à leurs frais (1) . »
(1) Pouqueville, loc. cit., p. 509.