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LES TVPES SOCIAL.V DL" BASSIN DE LA MÉDITERRANÉE. 1 VJ

Mais ces voleurs de grands chemins transformés en soldats réguliers étaient souvent eux-mêmes volés parle Turc, qui les prenait à son service. M. Pouqueville en cite un exemple amusant dont il fut témoin : « C'est toujours d'un hayrani à l'autre, c'està-dire au terme de douze mois lunaires, qu'on paye la montre des troupes sur appel nominal. On a soin, quelques jours avant ce temps, de hausser le cours des monnaies avec lesquelles on doit solder les troupes et même de supprimer les taïms. ou étapes, afin d'obliger les Albanais à déserter en leur coupant les vivres. Chez Ali-Pacha, qui ne manquait jamais de pratiquer ce stratagème économique, le lieu de la revue était un de ses jardins, ou de ses vastes salons. Les soldats, appelés par ses secrétfiires, entraient en s'étouflant par une porte étroite, et faisaient cercle autour de lui. On s'informait du temps de leurs services non payés sur lesquels on les chicanait. Ensuite on leur délivrait un bon sur le trésorier (muhardar) , par lequel ils étaient renvoyés au saraf jviif, qui les payait avec des espèces d'or rognées, auxquelles il avait soin d'entremêler des sequins faux. Ouant à la solde des morts, des déserteurs et des absents, même pour cause de maladie, elle est de plein droit acquise au satrape, qui, plus dune fois, a fait pendre des boulouk-bachis pour finir ses comptes avec eux, et s'emparer en même temps de leurs biens. Ainsi le service des Alljanais auprès des chefs de leur pays n'est pas tout profit pour eux (1). » S'ils connaissaient leur histoire, ils regretteraient les temps fameux où ils descendaient dans les vallées de la Grèce pour y faire la loi et, où, par surcroit, les populations envahies faisaient d'eux des héros et même des dieux. Alors c'était réellement tout profit.

Actuellement, lorsqu ils sont sortis de chez eux ainsi que nous venons de le dire, ils en sont réduits à se fondre au dehors avec d'autres, à s'assimiler à eux, tout en demeurant groupés les uns près des autres dans les terres qu'on leur accorde et où ils créent des villages, dits arnautes : c'est la corruption du mot acrocérauniens, nom que donnent les Turcs aux Albanais.

1) Pouqueville, loc. cit., fi. 602.

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Cependant l'ancienne action que ces montagnards exerçaient au dehors se manifeste encore parfois dans une certaine mesure. Elle se produit, dans quelques circonstances rares où un petit groupe d'Albanais a pu sortir libre de ses montagnes. Alors, on voit poindre, comme en une image atl'aiblie, la transformation dont ils sont susceptibles en pareil cas et le développement social qu'ils sont capables d'imprimer autour d'eux.

On peut citer, comme exemple, le cas de la petite colonie d'IIydrn : « En 1730. quelques colons albanais, las des exactions d'un pacha de la Morée, s'étaient réfugiés dans l'île d'Hydra. On les laissa tranquilles et ils n'eurent qu'à payer un faible impôt. Aussi leur commerce, mêlé parfois d'un peu de piraterie, grandit rapidement. Hydra occupe, il est vrai, une position fort heureuse, commandant l'entrée des deux golfes de l'Argolide et de l'Attique; mais elle n'a point de port, ni même d'abri véritablement digne de ce nom. C'est donc en dépit de la nature que les Hydriotes avaient fait de leur rocher un rendez-vous du commerce ; les navires devaient se presser dans ([uelques anfractuosités de la côte serrés les uns contre les autres, retenus immobiles par quatre amarres. Profitant de la guerre de l'Angleterre et de la France, les Hydriotes s'étaient emparés du commerce du Levant, (le la mer Noire et étendaient leurs relations jusqu'en Angleterre et dans la Balti(jue. Au moment de l'insurrection de 1821, Hydra était File la plus riche de l'Archipel; sa population était estimée à quarante mille habitants. Les seuls armateurs d'Hydra possédaient près de VOO navires de 100 à 200 tonneaux et, pendant la lutte, ils lancèrent contre le Turc plus de 100 vaisseaux armés de 2.000 canons. Hydra fournit à la Hotte insurrectionnelle ses chefs les plus intrépides, Jacob Tombazis, Tsamados et André Miaoulis, (jui, avec l'Ipsariote Canaris, poussèrent leurs brûlots contre Ibrahim dans la rade de Modon et jusque dans le port d'Alexandrie (1). .. On comprend de quoi étaient capables ces montagnards qui pouvaient ainsi transformer un simple rocher au milieu de la mer!

(1) Vivien dp Saint-Marlin. Dict. de Gcog. tiniv., au mol IhDRA.

LES TYPES SOCIAL'X DC BASSIN DE LA MÉDITERRANÉE. I l"

Muis, nous l'avons dit. ces occasions de se rendre indépendants en dehors de leur territoire ne sont pas fréquentes avec l'ordre politique établi aujourd'hui dans la Méditerranée par les puissances occidentales. D'autre part, les guerres devenant de plus eu plus rares, le métier de mercenaire a graduellement perdu de ses avantages et, par suite, il a fallu se résigner à chercher un autre moyen d'e.vistence.

Alors on s'est mis à émigrer un à un. ou par do petites bandes pacifiques et résignées. Mais on a suivi la loi sociale de la formation des montagnes : on s'est jeté de préférence sur les métiers urbains, qui n'astreignent pas à l'exploitation compliquée du sol. C'est ainsi que les émigrants albanais se font surtout bouchers, boulangers, jardiniers, fontainiers, médecins, ou, pour mieux dire, rebouteux, etc. Et ils s'assimilent ainsi un à un à la population ambiante, ou bien, comme les montagnards, ils reviennent habiter une belle maison chez eux, lorsqu'ils ont amassé une fortune suffisante.

Voilà doue ce type des .Montagnes de la Méditerranée réduit, par la compression, à la même condition que les montagnards noyés dans le continent au milieu de grands peuples! Mais ce n'est pas là leur condition naturelle : au contraire, ils avaient eu, pendant des siècles, au pied de leurs montagnes, des petits peuples séparés les uns des autres dans leurs petites vallées.

C'est en agissant « sur cette matière spéciale » avec leurs aptitudes de montagnards, qu'ils ont créé le type de l'ancien Crée et du vieux Romain. Quelle ditlérence de destinée avec celle qu'ils ont aujourd'hui!

Mais aussi quelle évolution curieuse à constater!

C est précisément ce qui nous reste à voir.

[A sidiTr.) Edmond Demolins.

L'ÉDUCATIO^^ NOUVELLE.

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