HH LA SCIENCE SOCIALE
l'Ouest, et sont les plus belles de toute l'Imérina. Il fît construire la route d'Amboliiniiinga et creusa un canal pour relier cette ville à Tananarive , l'inaugurant solennellement lui-même dans sa pirogue royale, au milieu des fêtes les plus grandioses et des réjouissances de tout son peuple. »
Il s'appliqua également à développer le commerce. « Il multiplia les bazars ou marchés, ordonna à ses chefs de les protéger et de les encourager, en particulier d'y vendre leurs denrées et d'y acheter à un prix raisonnable ce dont ils auraient besoin. C'est lui qui créa les balances et les poids légaux pour peser l'argent coupé, qui lixa la longueur de la bipasse pour la mesure des étoffes et fit faire le rary ou mesure pour le riz. »
Au dehors, il étendit considérablement au delà de l'Imérina les limites du royaume.
Le règne d'Andrianampoinimerina représente une époque de prospérité économique et d'équilibre heureux de tous les pouvoirs.
Sous les successeurs de ce grand prince , cet équilibre se rompit, et depuis il ne s'est pas rétabli.
Au dedans , la communauté d'État n'a cessé de s'étendre au détriment de l'indépendance de la caste et de la famille.
Le pouvoir royal s'est particulièrement appliqué à enlever toute autorité aux deux castes supérieures de la noblesse et à celle des princes du sang. La plus grande partie de cette autorité a passé aux mains des gouverneurs, agents directs et révocables du souverain. « S'il est permis de se servir d'une comparaison historique bien prétentieuse, mais à peu près exacte, écrit le R. V. Piolet, ces nobles des deux premières castes et les princes, ou zanak' andriona, sont en raccourci, à Madagascar, vis-à-vis de la reine et de son premier ministre, ce qu'était la noblesse en France sous Louis XIII, vis-à-vis du Koi et de Richelieu. Même orgueil , même impatience du joug, même soif de révolte, d'un côté; et, de l'autre, même ministre autoritaire, implacable et tout-puissant, même abaissement des pouvoirs locaux et même concentration excessive (1 ). »
(1) R. P. Piolet, Madagascar et les Hovas, p. 98.
MADAGASCAR. l'S!»
La communauté d'État s'est éjEralement attaquée à l'indépendance de la famille par les moyens les plus variés : établissement d'une législation civile et pénale et institution de juges d'État, de manière à remplacer les vieilles coutumes et la juridiction familiale: reconnaissance du culte protestant comme religion d'État et création d'écoles obligatoires pour faire pénétrer la nouvelle doctrine au foyer domestique; enfin intervention multiple, sous toutes les formes, dans le domaine des intérêts privés.
Le développement de la communauté d'État s'est bientôt traduit par un développement excessif du fonctionnarisme. En tète de la hiérarchie administrative nouvelle se trouve le premier ministre, époux de la reine, véritable maire du palais, à qui appartiennent, en tait, toute autorité et tout pouvoir.
En face de lui ne s'élève aucun pouvoir de contrôle : il n'a qu'à commander selon son bon plaisir et du haut en bas de la hiérarchie ses ordres sont fidèlement transmis et accomplis. 11 fait connaître ses volontés par l'intermédiaire de ses secrétaires, et il agit par l'organe des gouverneurs, qui. munis de pleins pouvoirs, représentent la reine soit dans l'Imérina, soit dans les provinces conquises. Entre le premier ministre et les gouverneurs, les Tsimaiuloa ou courriers de la reine, pris parmi les esclaves de la couronne, et qui arrivent souvent à de hautes situations comme les all'ranchis de l'ancienne Rome, servent à porter les messages et surtout à exercer, au profit du premier ministre, tout un service fort important de surveillance et d'espionnage,
1)8 même que la centralisation au dedans avait amené le développement du fonctionnarisme, la politique d'extension au dehors a entraîné le progrès du militarisme.
Non que les Hovas soient naturellement de grands guerriers : on ne saurait s'y attendre de la part d'un peuple de cultivateurs commandé par une petite aristocratie issue de commerçants, et leurs conquêtes sont bien plus fréquemment réalisées par la diplomatie que par les armes. Ce caractère spécial de l'expansion au dehors du peuple hova est. on le remarquera, parfaitement en harmonie avec la formation sociale malaise de la classe dirigeante.