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LE TYPE PYTHAGORICIEN (IJ

La plupart des pliilosoplies que nous avons passés en revue se recrutent, si l'on nous passe l'expression moderne, dans le monde des patrons, dans le milieu des autorités sociales, des gens possédant de leur chef de sûrs moyens d'existence, et pouvant, par conséquent, jouer en toute sécurité le rôle (ïatiialeiirs. C'est ce qui nous explique le dédain de certains d'entre eux pour les fonctions publiques. Thaïes les abandonne, Heraclite les méprise. Cette catégorie d'esprits estime qu'il est bon de fuir les honneurs, parce qu'ils troublent la tranquillité du sage.

C'est là un premier fait ; mais en voici un second qui nous déroute au premier abord. Ces philosophes, si peu ambitieux personnellement, sont souvent assiégés des offres les plus alléchantes de la part de leurs cités ou des cités dans lesquelles ils ont transporté leur séjour. Élée demande des lois à Parménide, Crotone à Pythagorc, Athènes à Solon. (►r ni Solou, ni Pythagore ni Parménide ne sont représentés dans l'histoire sous les traits d'intrigants ou d'ambitieux. Ils ont pu administrer sagement , prendre d'utiles mesures, élaborer surtout des lois bien symétriques et de forme plus ou moins littéraire. Au fond , ces hommes là ont été plutôt élevés aux honneurs qu'ils ne s'y sont élevés eux-mêmes. Ils n'ont eu qu'à se laisser soulever par le flot qui s'emparait d'eux et les portait au pouvoir.

Donc, phénomène à constater : la philosophie, dès sa nais-

(1) Voir les deux précédents articles, dans la Science sociale, livraison de juin et de juillet 1895.

sance , est populaire dans les cités, et la supériorité dans les cultures intellectuelles est une nota excellente aux yeux des populations.

Cette faveur populaire, que nous avons expliquée par létat social de la cité grecque . et que redouble à cette époque la nouveauté des révélations scientifiques, ne peut évidemment que pousser bon nombre de gens à l'étude de la science, non plus pour l'amour de celle-ci, mais en vue, soit des fonctions publiques où l'on peut arriver par elle, soit du bénéfice qu'on peut trouver à fournir des ressources intellectuelles à ceux qui briguent le pouvoir.

C'est l'apparition du professionnel.

Ces philosophes professionnels nous semblent pouvoir se répartir en deux vai'iétés, selon que le but poursuivi est l'exercice direct du pouvoir ou le gain résultant de la formation intellectuelle déjeunes politiciens. Ces deux variétés sont celle au pi/lhafforule/t et celle du sophiste.

Le caractère professionnel de toutes deux éclate dans ce fait que toutes deux sont tri'S nombreuses. Pythagore n'a pas seulement autour de lui quelques disciples, comme ïhalès, Xénophane ou Leucippe; il d. des nuées de disciples, ou, plus exactement, le nom du maître se transforme en une sorte d'épithète commune adoptée par une foule d'hommes qui , connus ou non connus de celui-là, entrent quand même dans son système intellectuel. De même pour les sophistes, qui sont légion, et dont Athènes, à l'époque de Socrate, possède des échantillons appartenant à tous les rivages helléniques.

Examinons aujourd'hui le pythagoricien.

La sphère d'action du pythagorisme est parfaitement délimitée. Elle comprend surtout la Grande-Grèce, ou Italie méridionale , et a ses principaux foyers dans les grands ports maritimes de Crotone, de Locres, de Tarente. La Sicile est également influencée : Empédocle, le philosophe d'Agrigente, Archimède, le géomètre de Syracuse , touchent par bien des côtés au monde pythagoricien, sans en faire précisément partie.

Quelle est, au point de vue social, la situation du pythagoricien dans les cités de la Grande Grèce? Cette situation est avant tout une situation politique. On peut la définir par cette formule : Ips cultures intellectuelles mises au service de r aristocratie.

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