‹ La Science Sociale - Suivant La M鴨ode D'observationChapitre 48 sur 138 · I. — LE l»VTIlAriOIUS.MI-; KT L ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

I. — LE l»VTIlAriOIUS.MI-; KT L ARISTOCRATIE

Ge n'est pas ici le lieu d'aborder la grande question des aristocraties et des démocraties antiques, cjuestion fort complexe, mal débrouillée jusqu'ici, et qui nous entraînerait en d'interminables digressions. Disons seulement que la vitalité particulière conservée par les aristocraties de la Grande Grèce , à une époque où la démocratie régnait en maîtresse tout autour des rivages de l'Archipel, nous semble tenir à deux causes : 1" l'intensité du commerce maritime supposant, dans cette région occidentale oîi la Méditerranée dilate ses eaux beaucoup plus qu'à l'Orient , une certaine évolution du cabotage vers la navigation au long cours; 2" la nécessité de se défendre contre les peuplades guerrières et pastorales du Bruttium et de la Calabre. Le premier fait engendre de grandes inégalités de fortune : le second amène k sentir davantage le besoin d'un pouvoir fort. Le premier oriente le type vers Garthage; le second l'oriente vers Sparte. Nous ne sommes pourtant ni à Garthage nia Sparte, ni dans le commerce tyrannique et exclusif, ni dans le militarisme rigide et absolu. L'origine de la race, en grande partie aclu'enne, nous rapproche sensiblement du type ionien, et les conditions sociales de la Grande Grèce, reproduisant avec quelques variantes celles de llonie , se prêtent, comme celles-ci, à léclosion et au succès des théories philosophiques.

Mais, si l'aristocratie domine à Crotone et dans la plupart des cités environnantes, il n'en est pas moins vrai que le courant démocratique y est puissant. Issu de l'instabilité commerciale et de l'afflueuce énorme d'hommes nouveaux qui font de ces cités de très grandes villes, il n'y est pas refoulé, comme dans les cités

phéniciennes, par la présence constante clans la ville et par l'énergie toujours active des gros négociants. Le négociant grec , avons-nous dit, aime la retraite et la campagne. Il est donc moins fort pour lutter contre lassant des masses populaires, gens des ports, ouvriers et portefaix parvenus, petits marchands, petits pécheurs, boutiquiers, lazzaroni. etc., qui ne cessent de s'agiter dans la ville. Cette aristocratie n'a pas la main aussi sûre, aussi ferme, aussi cruelle que l'aristocratie de Tyr ou de Carthage. Il lui faudrait ùen auxiliaires. Où les trouvera-t-elle? Dans ces cultures intellectuelles dont on raffole, qui ont tant de vogue et tant de prestige. Immensément riche, la noblesse du pays a de «juoi protéger ces défenseurs.

Ces plaines, aujourd'hui malsaines, déformées par des tremblements de terres, ravagées depuis des siècles par les Sanazins et les Barharesques , pour ne pas parler des autres, étaient à cette époque d'une prodigieuse fertilité. La vigne, Toliviçr, les arbres fruitiers produisaient en abondance. Suivant Varron, le blé à Sybaris rendait cent pour un. Grains, vins, huiles, lin, bétail, poisson, bois de construction, s'entassaient dans les vaisseaux qui s'élançaient de là dans deux directions, celle de 1 lonie et celle de l'Étrurie, deux riches marchés entre lesquels la tirande Grèce avait le monopole du transit (Il En revanche, les laines lines de .Milet affluaient chez les riches citoyens. Le luxe (le .Sybaris est resté proverbial; mais les cités voisines, qui ont suivi la même évolution sociale que Sybaris. n'avaient sans doute guère à se prévaloir de quelque chose de meilleur : Sybaris joue un peu le rôle de bouc émissaire. Quoi qu'il en soit, la richesse était considérable dans tout le pays. La première partie de la maxime « primiim vivere » se trouvait suffisamment réalisée pour laisser au second terme toute facilité de se produire : << deindf plnlosopltari ».

Nous avons déjà défini le type de Pythagore : c'est un Ionien émigré, un homme supérieur arrivant d'un pays où l'instruction

(1) V. Science sociale, livraison de mars 18S8. A travers l'Italie méridionale, par M. J. .Moustier. Dans cet article se trouve e.\pliquée en détail la prospérité commerciale de Sybaris.

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