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LE BOCDDIHSME DANS LE CÉLESTE EMPIRE

causes anceslrales. Cette partie, piise pour le tout, est ce qui s'appelle proprement le Ciel chez les Chinois.

La «' Piété Filiale » (//«V?o i, cjui assure aux grands-parents, de la part de leurs descendants, le respect, l'obéissance, les aliments pendant leur vie et le sacrifice après leur moi-t, cette « Piété Filiale » s applique éf/alernent rni.r Ancêtres innommés et reculés, communs à tous, qui constituent le Ciel. L'existence de ces ancêtres communs fait de tous leurs descendants communs une grande famille : ainsi, la Piété Filiale est la base sur laquelle repose la conception de la Nation Centrale. Cette conception est le résultat très logique, et de la formation sociale primitive propre à la Race .laune, et des déviations de la Religion Primitive qui se traduisent par le culte des Ancêlres.

Il existe en Chine, dit M. Eug. Simon, un mot qui revii-nt à tout propos dans le discours : c'est le mot Gen. (>e mot exprime la solidarité humaine entre les hommes présents, ceux qui ne sont plus et ceux qui seront; il est défini parce précepte religieux : '< Que le passé et l'avenir soient devant vos yeux comme « s'ils étaient. Il y a des choses cachées, mais elles sont. Vous ne « pouvez voir tout le genre humain, mais il existe, et il est di; « votre devoirqu'il se manifeste de plus en plus » (1). L'homme qui vit est l'intermédiaire entre le Ciel, — ceux cjui l'ont précédé, — et la Terre, — ceux qui le suivront r2) : telle est, dans une Ame chinoise, la conception de la " Nation Centrale ». Elle dérive manifestement de la solidarité familiale si profondément gravée dans la formation sociale primitive de la race. Elle se traduit, d'une part, par le Culte des Ancêtres, mais elle se traduit encore par le souci constant de restituer à la terre ce que lui enlève chaque récolte, et cela en vue du bien-être des générations futures appelées à célébrer plus tard le culte ancestral. C'est là le motif social du fameux Circnlus de la culture chinoise. C'est le motif aussi des édits impériaux ordonnant, sous le contrôle du Ministère

1) V. Eug. SimOD, la Ci/c chinoise, p. 189 et suiv.

;2) Cf. Hue, l'Empire chinois, t. II, p. 262 : « L'acte important, dans la cérémonie du mariage chinois, est celui par lequel les deux epoii.v adorent ensemble le Ciel et la Terre. »

de J'Agriculture, le transport des engrais produits en excédent dans certaines provinces, vers celles qui n'en ont pas assez.

Le lien de la « >'ation Centrale » est certainement un des plus puissants qui existent. Il résulte sans doute de la communauté d'intérêts, de vues, de langue, comme les autres liens nationaux, mais il y ajoute une communauté de sang non fictive, lui permettant de se rattacher réellement aux générations disparues et à celles qui sont encore à naître, par une solidarité vraie et sensible. Cette solidarité est rappelée à chaque instant par tous les actes journaliers qu'inspire la Piété Filiale envers les parents, par les pratiques agricoles elles-mêmes qui ont en vue l'avenir (1); elle est consacrée par la vénération qui fait des Ancêtres l'objet du culte solennel. Ce lien national si étroit et si fort se traduit en fait par l'existence d'un pouvoir public, personnifié dans l'Empereur. Transporter à la personne de l'Empereur et aux institutions de l'Empire la vénération dont jouissent les ancêtres innommés du Ciel, et la responsabilité envers les générations futures, tel est le résultat auquel on arrive par une déduction très simple : lîi « Nation Centrale » se tient unie et indivisible par l'existence de l'Empire et de l'Empereur, c'est donc l'Empereur qui représente et personnifie, à la fois, et l'ensemble de la nation existante vis-à-vis des ancêtres et de la postérité, et l'ensemble de ceux-ci vis-à-vis de chaque membre de la nation, — résultat lui-même des causes ancestrales, et cause ancestrale de ses descendants à venir (2). L'Empereur incarne en sa personne le lien national, et, par là, peut être considéré comme ri'sumant en lui seul tous les descendants présents et à venir de ces ancêtres reculés qui ne sont pas particuliers à chaque famille, mais communs à toutes : il est le Fils du Ciel. Il est aussi le Maître de la Terre.

Confucius, né, dit-on, au sixième siècle avant notre ère, et

(1) V. Eug. Simon, p. 294, elc.

(2) Le peuple, de sod coté, est le représentant non fictif, mais réel, du Ciel, ii continue, pour ainsi dire, la vie des ancêtres défunts, susdnel pcisonam dcfuncti.— « Le Ciel voit, dit Meng-ïseu, mais c'est par les yeux du peuple; il entend, mais c'est [lar les oreilles du peuple. » Ceci s'applique aux générations futures comme à celles ((ui vivent présentement.

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