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LE SIXIÈME CONGRÈS INTERNATIONAL DES JUNELRS, A PARIS

Il nous faut maintenant examiner quels seront les résultats positifs de ce congrès, et quels enseignements la Science socialf peut retirer des faits qui en ont signalé les séances et des discussions qui les ont remplies.

Les délégués allemands, on bons mar.xistes qui saisissent toutes les occasions de « sommer le gouvernement » de satisfaire leurs fantaisies, avaient demandé au congrès « que toutes les résolutions adoptées à l'unanimité fussent adressées par les secrétaires de chaque nationalité à leurs gouvernements respectifs en invitant ces derniers à y donner suite et à en accuser réception ». Or, comme comme on la vu plus haut, il n'y a eu que deux résolutions votéesà l'unanimité. Lune d'elles, qui réclame c l'application au travail des mines du meilleur système hygiénique connu ' . est d'un caractère platonique remarquable, car elle ne contient pas la moindre indication sur les moyens qu'il conviendrait d'adopter. Les délégués français qui l'ont présentée diront peutêtre que ce n'est pas leur affaire, mais celle des ingénieurs; en tout cas, c'est une réponse qu'ils ne sauraient faire en ce qui concerne la seconde proposition, laquelle émane d'eux également : « que les délégués ouvriers chargés de l'inspection des raines aient leur indépendance absolue ». Il est regrettable qu'ils n'aient pas pris la peine d'exposer et de discuter la question, et de nous renseigner sur les mesures capables d'assurer cette indépendance.

Quoi qu'il en soit, ces deux résolutions vont être transmises aux gouvernements d'Allemagne, de Belgique, de France et du Royaume-Uni; mais à quoi cette démonstration aboutira-t-elle? Il ne se passe pas de mois, je devrais dire de semaine, où la Chambre des députés ne vote quelque ordre du jour ainsi conçu : « La (Uiambrc, reconnaissant la nécessité d'encourager l'agriculture, ou le commerce, ou l'industrie, ou ce qu'il vous plaira, invite le Gouvernement à prendre les mesures nécessaires dans le plus bref délai, et passe à l'ordre du jour ». Le Gouvei-nement « donne acte » de l'in-sitation qui lui est faite, promet d'étudier la question, et voilà l'affaire enterrée, jusqu'à ce qu'on lui renouvelle pareille invitation. Il en sera de même des deux résolutions votées par le congrès des mineurs, et ce sera justice parce qu'elles

restent dans le général et dans le vague et ne précisent rien en fait.

H est non moins certain que l'énorme majorité par laquelle le congrès s'est prononcé pour la journée légale de huit heures (rappelons que la résolution votée s'appUquo aux seuls mineurs du fondi n'avancera pas d'un jour l'adoption de cette mesure, même dans le pays on l'opinion publique se montre le mieux disposée à son endroit. Tant que les représentants des mineurs de la Fi'dn-ation n'accepteront pas la clause de ïoption locale, permettant au Durham et au Northumberland de régler leurs affaires à. leur convenance et selon les nécessités particulières de leur situafion, la loi des huit heures ne sera pas votée d'une manière définitive par la Chambre dos Communes (1). Sur le continent,

()) Vbici comment s'exprimait le il octobre 1894, dans un di.scours adressé A ses (^lecteurs de Birmingham-Ouest, un éminenl homme d'Etat anglais, M. Joseph Chamberlain, leader du parti libéral-unioniste à la Chambre des Communes :

(c Le congrès des Trade-L'nions a volé l'autre jour (il s'agit du congrès de Norwich) une résolution en faveur de la journée légale de huit heures pour tous les ouvriers (le toutes les industries et professions. Je ne tomprends jias. Messieurs, comment <les hommes de bon sens, des hommes bien intentionnés, ont jiu en venir a pareille absurdité. (Applaudissements.)... Il me semble qu'il n'y a que deux cas où l'intervention législative dans la fixation des heures de travail puisse se justifier. C'est quand le travail est si excessif qu'il constitue soit un danger pour l'ouvrier, pour sa santé et son étal général, soil indirectement, comme dans le cas île certains travailleurs des chemins de fer, un obstacle à la sécurité du public. Le second cas nous est fourni par ces industries, par ces professions, où, soit par quelque perfectionnement de l'outillage, soit par un travail plus intense de la part des ouvriers, on peut obtenir avec une moindre dépense de temps une même somme de [)roduclion... Or, Messieurs, ce que je désirerais, c est (|u'une expérience fût faite dans une industrie convenablement choisie, et j ai toujours pensé que lindustrie minière était bien celle-là. J'ai tendance à croire, — je i)uis me tromper. — que dans le cas des mines, il serait possible, par un travail plus intense de la part des piqueurs, d'extraire en huit heures autant de charbon qu'en neuf, et peut-être même davantage. En tout cas. comme les mineurs désirent que cet essai ait lieu , je suis pour ma part d'avis qu'on leur permette de le tenter, et je regrette que par suite du manque de raison des chefs de la ili)iers' Fédération ofGreat Jirilain. cette expérience ne soit pas déjà commencée. Ils eussent pu obtenir, pendant la dernière session, que cette réforme fût mise en vigueur dans presque tous les districts miniers de la Grande-Bretagne, cl ils ont refusé, — non parce ((u'ils n<' pouvaient obtenir tout ce dont ils avaient besoin, mais parce que la Chambre des Communes n'a pas voulu leur permettre de tyranniser (to coerce) leurs camarades du Nord (Durham et Xorthumberland), qui sont des hommes aussi intelligents qu'eux, qui déclarent qu'ils sont dans des conditions spéciales ayant besoin d'un traitement particulier, et qui certainement sont parfaitement capables de i)rendre soin de leuis propres alTaires. Eh bien, comme je viens de le dire, je crois que nous avons le devoir slrict [thaï ive are bound) de sauvegarder

LE SIXIÈME CONGRÈS INTER.NATIOXAL DEs MLNEUBS, A PARIS. ^Jl

OÙ l'on réclame la journée de huit heures non seuloment pour les mineurs du fond mais pour les ouvriers de toutes les industries et professions, les projets de loi dans ce sens auront encore longtemps à attendre avant même dètre pris en considération.

En ce qui concerne le vote sur la responsabilité des patrons en cas d'accidents, nous avons dit plus haut qu'il y a eu malentendu par suite d'une erreur dans le texte imprimé de la résolution anglaise. Sur cette question, en effet, la Fédération des mineurs et l'Union nationale s'entendent parfaitement, et leurs demandes sont très raisonnablos. Actuellement, la loi anglaise oljlige l'ouvrier victime d'un accident à prouver que son patron ou les employés de son patron étaient en défaut contre le règlement; si l'ouvrier n'y réussit pas, le patron n'est pas tenu de lui vei"ser une indemnité. De plus, si l'ouvrier a contracted out. le patron est déchargé de toute responsabilité dans quelque cas que ce soit. Les mineurs, et avec eux les autres associations ouvrières anglaises, réclament d'abord l'abolition du rontracling ont, puis ils demandent que le patron soit responsable dans deux cas : 1° Quand il est en défaut contre le règlement. Et ce doit être au patron, ajoutent-ils, à prouver qu'il n'était pas en défaut; s'il n'y parvient pas, il sera tenu pour responsable. Ce transfert au patron de la charge qui incombait à l'ouvrier de faire la preuve me semble juste. 2" Quand il sera démontré que

rindépendance des mineurs du Nord. Mais sous ceUe condition, je suis pour ma pari absolument disjiose à roter la journée légale île huit heures pour les districts où la grande majorité des mineurs désirent cette réforme. Je serais très heureux que cet essai eût lieu. S'il réussissait, il est possible que le Nord changeât d'avis; et s'il ne réussissait pas. ce seraient justement ceux qui auraient eu la plus grande f>art à sa mise en vigueur qui subiraient la plus grosse perte. "

Dans une lettre publirjue adi essée à M. D. A. Thomas, membre de la Chambre des Communes, au mois d''aoiil 1894, M. (Vladslone avait donné son opinion sur ce même sujet de la manière (pie voici : <> Je suis nettement d'avis, que si les mineurs désirent, à une majorité qui soit presque une unanimité, obtenir une loi des huit heures, ils ont un titre moral a l'obtenir-, mais quant au droit moral d'imposer cette réforme à une minorité considérable, j'ai de grands doutes; et j'appréhende, si cette minorité est réellement considérable, qu'on trouve plus de diflicultés pratiques à la contraindre que n'en prévoyaient les promoteurs du projet de loi. »

En fait, .M. Gladstone et M. Chamberlain sont d'accord, mais ce dernier a l'avantage sur le grand vieillard de se prononcer d une manière très nette en faveur de la liberté, tandis que M. Gladstone se tient dans des termes plus vagues.

ni le patron ni lawrifr n'était en défaut, et que l'accident est dû à des causes inconnues ou bien à une fatalité. Le discours de M. Chamberlain, que je cite en note 1), exprime bien, à mon sens, les raisons d'être de cette demande; et il est certain que d'ici peu de temps les ouvriers anglais obtiendront toute satisfaction. Quant aux prétentions des continentaux, elles sont telleiiieiit exagérées et injustes qu'on ne peut ni ne doit y prêter

attention.

Mais où le \ ote des délégués anglais a été le plus significatif, c'a été sur la question de la surproduction. Nos lecteurs savent que cette question est intimement liée à celle du living-wage (littéralement salaire qui permet de vivre). Or, avant la grande grève de 1893, la Miners Fédération soutenait une théorie du living-wage, qui. déclare M. de Rousiers, peut se résumer ainsi : « Les prix doivent suivre les salaires , et non les salaires suivre les prix (2). »

Cette théorie du salaire forcé n'a pas longtemps résisté au calme examen d'esprits pratiques. L'année d'après, à Berlin, les délégués de la Fédération votaient la résolution suivante : « Le congrès estime que la seule manière d'obtenir et de maintenir un living-wage est d'être entièrement organisé, et de ne laisser défi/ (I En dernier lieu, il y a la question des compensations pour les blessures et accidents. (A[pplaudisseiiienls.)... Mesdames et Messieurs, qucli|ues précaution^ que nous puissions piendro, (lueNpies [lerfectionneinenls que nous puissions introduire, des accidents arriveront dans les manufactures et au cours des travaux qu'on exécute dans ce pays... et à mon avis, que je n'exprime pas aujourd'iiui pour la première fois, dans toute industrie les indemnités à verser en cas d'accidents constituent à bon droit le premier élément du coût de production. Si vous vous mettez à fabriquer de la [loudre, vous savez (\ue, quoique vous puissie/. faire, il y aura vme certaine inovenne d'accidents dans le cours de cini|uanie ans. Je dis que la ctiarge d'indemniser ceux qui ris- (|uent leur vie, ceux qui sont tués ou blessés dans un de ces accidents qui auront certainement lieu un jour ou l'autre, doit être sup])orlée par les fabricants [traders) : on doit rajouter au coût de production de la poudre; c'est une partie intégrale du <oùtde production, la [)lus déplorable si vous voulez, mais sans laquelle on ne peut fabriquer de poudre. C'est pourquoi je dis que c'est à la fabrication et au commerce d'en supporter les frais ((/(a< the cost should be tlirown upon tlie trade). J'ajoute qu'on pourra s'assurer contre les accidents de la même manière qu'on s'assure contre les incendies ou contre les explosions de chaudières. iMDiscours de M. Chamberlain à ses électeurs de BirrninKliam-Ouest. Il octobre 1894.)

(■>1 Voir: La Qucsiton ourricre en Angleterre II' partie, ch. iv, g 2 : /.a force de la discipline et la force des choses.

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