‹ La Science Sociale - Suivant La M鴨ode D'observationChapitre 8 sur 138 · LE SIXIÈME CONGRÈS INTERNATIONAL DES MINEURS, A IWRIS · texte numérisé non relu

LE SIXIÈME CONGRÈS INTERNATIONAL DES MINEURS, A IWRIS

cider aucune question relative aux salaires sans que l'on prenne en considération, dans les arrangements à intervenir, les profits, les pertes, les prix de vente et l'établissement d'un salaire minimum. » En fait, ce que demandait la Miners' Fédération, c'était que les salaires fussent aussi élevés que le permettraient les circonstances, prétention très raisonnable et très diflférente de celle d'augmenter les salaires et par suite les prix de la houille, selon la fantaisie des mineurs. A ce même congrès de Berlin, les délégués de la Miners' Fédération émirent le vœu : « Que toutes les nationalités aient recours à tous les moyens légitimes de limiter la production de la houille... », mais ils n'indiquèrent, — et cela montre bien l'inanité de semblables propositions, — aucun moyen d'y parvenir. Cette année, à Paris, la Miners' Federation.se bornait à demander : « que la surproduction de la houille fût empêchée de manière à régulariser les prix de vente et les salaires ». Il ne s'agit donc plus de limiter la production de la houille, mais de la régulariser, et de prévenir les résultais fâcheux qu'entraîne la surproduction : l'avilissement des prix et des salaires, et le chômage périodique. La réalisation de ce vœu présente certainement de grandes difficultés, mais le vœu lui-même est l'expression d'un désir raisonnable. .le crois, du reste, que les délégués anglais se rendent compte eux-mêmes du caractère platonique de ce vœu, car après l'avoir fait inscrire à l'ordre du jour du congrès, ils n'ont même pas demande sa discussion.

L'évoluti(jn qui s'est faite dans l'esprit des mineurs anglais est donc très remarquable, et cela d'autant mieux qvi'il ne sauvait y avoir de doute sur le point d'arrivée, Kn 1893, la Miners' Fédération demandait que les prix de vente fussent réglés d'après le taux des salaires; cette année, ses délégués à l'unanimité se sont unis aux représentants du Durham et du Northumberland pour repousser le projet Lewy. M. Lewy a eu beau leur montrer la journée de huit heures, un living-wage, la participation aux bénéfices, etc., ils ont rejeté son plan d'accaparement />a/Yie rju'il est irréalisable, et qu'ils se rendent compte que même une entente internationale ne pourrait, tous les faits l'indiquent, dominer longtemps la clientèle en lui imposant des prix excessifs.

T. SX. o

Au contraire, si les Allemands ont voté contre le système Lewy, c'est qu'il implique une entente entre patrons et ouvriers, grand scandale aux yeux des doctrinaires marxistes.

Le système Lewy a donc été renvoyé au Comité international, et on le verra sans doute réapparaître l'an prochain ; mais dès à présent, c'est une affaire finie. Il est intéressant de constater que ceux des ouvriers d'Europe qui sont les plus capables et les plus avancés, ceux qui possèdent le plus d'initiative et qui représentent le mieux l'esprit de progrès l'ont rejeté sans phrases comme sans parti pris de doctrine.

Certaines personnes semblent croire que de tels congrès sont inutiles. 11 n'en est rien, mais il ne faut pas en exiger plus qu'ils ne peuvent donner. Je demandais à 31. Burt, alors que le congrès venait de finir ses travaux, quelle était son impression générale? Sans se faire prier, M. Burt rae répondit que ces coHfjri's II ont actuellement, àsonai'is, c/u une importance éducalionnelle. C'est là une opinion cjue je partage entièrement, et je voudrais maintenant examiner quels sont les éducateurs et (luellc sorte d'éducation ils donnent.

On a dit souvent, et c'est une vérité devenue banale, que l'éducation par l'exemple est la meilleure de toutes. Or, au congrès, il y avait des gens dont l'exemple indique ce qu'il convient de faire, et d'autres dont l'exemple montre ce qu'il faut éviter, D'un côté, on voyait des délégués connaissant leur sujet, sachant ce (juils voulaient et pourquoi ils le voulaient, parlant et agissant en gens de bon sens qui ne prétendent pas tout changer du jour au lendemain, des délégués calmes, précis, modérés, des délégués enfin qui, suivant les mots de M. .lohn ^^■ilson, « .sont venus non seulement pour faire des affaires mais pour montrer qu'ils sont capables de les faire ». De l'autre côté étaient des délégués à la cervelle bourrée de doctrine, ignorant les faits, soit de parti pris, soit par manque d'étude, hantés de préoccupations électorales, regardant l'indiscipline et le bruit comme les marques d'un esprit indépendant. Alors que, par leur savoir, leur modération, leur opportunisme, les premiers ont obtenu des résultats

Page 1