LE BOUDDHISME DANS LE CÉLESTE EMPIRE
nité humaine, universelle, dont fut animé le l'ondateur du Bouddhisme n'a point conquis le cœur des Célestials, tandis qu'une autre conceptioa plus étroite et plus nette leur inspire une conduite réellement fraternelle et honnête envers tous ceux qui leur sont rattachés par le lien national.
Et cependant la grande majorité des Chinois professe le bouddhisme. Mais la Loi de Çakya Mouni, pure abstraction, pur sy.stcme philosophique , ne peut prévaloir contre le fait social . contre l'idée antérieure et concrète de la « Nation Centrale ", liée au Ciel des Ancêtres communs, et à la Terre qui nourrira les communs descendants des familles présentement vivantes. Les Chinois, gens pratiques, ont accepté comme plus parfaite et plus haute la doctrine de la Pure sagesse, mais ils l'ont accommodée au concept social essentiellement fermé qui leur est propre; c'est dans leurs familles et dans leur nation, famille agrandie, qu'ils s'appliquent à suivre la lionne Loi du renoncement et de la fraternité.
La prédication du bouddhisme a été. sans aucun doute, un événement considérable; un puissant courant d'idées, une forte poussée morale se sont propagés, grâce à cette prédication, au milieu des innombrables rejetons de la Race Jaune, sans obstacle apparent. Ce même mouvement s'était déjà produit dans l'Inde, il y avait pris naissance; et l'Inde a rejeté la doctrine du Bouddha, parce que cette doctrine se trouva'it en opposition avec la base de la société hindoue : la Cas^te. L'attitude de la '< Nation Centrale » en face du Bouddhisme est ditférente ; elle se laisse envahir par la doctrine de la Bonne Loi, elle l'accepte et la met en pratique, mais en la limitant, en la circonscrivant dans son propre concept aocial. Ce concept généalogique, dont j'ai essayé d'expliquer l'origine, sépare le Célestial du Barbare, de l'étranger : il ferme la porte à F humanité abstraite envisagée par 1 ascète liimalayen (1 .
Le culte purement familial des Ancêtres propre à chaque famille distincte, et la Piété Filiale relative aux ancêtres immé-
,1) V. ff Le BouddliUme dans l'Inde ", Science sociale, t. .WllI. p. 173. 175.
diats de cliacune d'elles, pratiques qui sont la base de la formation particulière des familles composant la Race Jaune, n'inipli- ([uent pareux-mêmes aucun dédain, aucune répulsion vis-i\-\isdc l'étrang'er, spécialement à l'égard de l'étranger de même race, imbu des mêmes traditions, professant les mêmes principes. Au contraire, l'evclusivisme trouve sa raison d'être lorsquapparalt te lien national, incarné dans le Fils du Ciel attachant à une Tej're commune les descendants des Cent Familles. La conception fermée de la « Nation Centrale » a précisément pour origine l'enchevêtrement des généalogies entre les familles établies dans un étroit voisinage, et fixées au ^o\ par la ctillurc des ten'cs fliivialea. Cette conception est la véritable « grande muraille » qui a isolé le Céleste Empire des autres nations : c'est elle aussi qui arrête la fraternité bouddhique au seuil de toute iVme chinoise. En dehors de la grande agglomération qui constitue la » Nation Centrale m, la Race .laune comprend des populations d'un genre différent, dont l'existence est basée sur un travail principal autre (juc la (Culture. Chez ces populations, dont les familles dilfèrent des familles chinoises en ce qu'elles sont moins agglomérées, moins lixées au sol, souvent même isolées ou nomades, nous ne retrouverons jilus le phénomène de la confusion inextricable des causes ancestrales et de la continuité des relations à venir^ rendues matériellement sensibles par la transmission du sol cultivé. Lorsqu'un lien national analogue à celui des Célestes n'existe pas ou n'existe que d'une façon faible et précaire entre les familles, ce lien peut être suppléé au moyen des associations que suscite le bouddhisme. Il y a là, au sein de la Race .laune, une seconde et dernière catégorie de sociétés, qu'il nous reste à étudier.
(A suivre.) A. de Prkville.
LA PÉNINSULE IBÉUIOIE