L\ SCIENCE SOCIALE
grès, à se couvrir du discrédit que procure une défuite complète, à rendre les mots Labour candidate synonymes d'une expression de reproche et de méfiance, et finalement à démontrer d'une manière évidente que les pires ennemis de la cause du travail pouvaient être des ouvriers [ihat the ivorst enemies of the advancemenl of labour inig ht be of iheir own household). 31. Jenkins, continua en invitant Y Independent Labour Party ù publier ses comptes financiers, parce que « tant que cela n'aura pas été fait, les Trade-Unionistes pourront douter de l'indépendance du Parti indépendant du Travail (applaudissements) » ; et il termina en conseillant au congrès « de borner ses travaux à s'efforcer d'atteindre des résultats pratiques et possibles ».
M. J. Havelock Wilson, qui pendant toute la discussion s'est révélé comme le chef des Nouveaux-Unionistes, ne répondit pas aux attaques du président contre Y Independent Labour Parti/, auquel du reste il n'appartient pas. Mais il dépose la proposition suivante : Le Congrès est d'avis que le Coinité parlementaire a excédé les instructions qu'il avait reçues du congrès de Norwich, en mettant en vigueur le nouveau règlement sans d'abord le soumettre au congrès de Cardiff pour l approuver ou le désapprouver. De plus .^ le congrès estime qu'il est contraire à la constitution du congrès des Trade-Unions et de tous les autres corps publics., qu'aucun cotnité altère les règles constitutionnelles d'une association et les mette en vigueur une fois altérées sans les soumettre à l'approbation d'une réunion de délégués dûment convoqués ; et le congrès refuse de sanctionner la mise en vigueur du nouveau règlement jusqu'à ce qu'il lui ait donné son approbation par un vote. J'avoue qu'en effet les procédés du Comité parlementaire me paraissent avoir été quelque peu highhanded, comme disent nos voisins d'outre-Manche; mais, d'un autre côté, il est étrange de voir M. J. Havelock Wilson et ses amis protester au nom de l'esprit démocratique contre des mesures tendant à empêcher une minorité de dicter des lois à une majorité, et à assurer l'égalité entre tous les Trade-Unionistes. Car, si le Comité parlementaire a péché au point de vue de la forme quand il a mis lui-même en vigueur le nouveau rè-
glement du congrès, il est très certain qu'au point de vue du fond, il a eu cent fois raison, et les Trade-Unionistes représentés ont approuvé sa conduite par une très forte majorité. Du reste, M. Mawdsley, dont j'ai déjà parlé plus haut, déclara « que le Comité parlementaire tout entier avait été d'avis que le règlement nécessitait une refonte, et que les diverses modifications qu'on y avait apportées avaient été votées par une forte majorité. La seule dispute avait été de savoir si le règlement modifié serait ou non immédiatement mis en vigueur. » C'était là, en effet, le fond delà question, et je comprends aussi bien la colère des Nouveaux- Unionistes que la décision, du Comité parlementaire ; car, quant à croire qu'une minorité rendue prépondérante par un règlement voudrait bien renoncer à ce règlement et à sa prépondérance, ni les partisans ni surtout les adversaires de la réforme ne s'abusaient à ce point. Et si, au point de vue de la forme, il me semble bien qu'il y a eu quelque chose d'irrégulier, il faut reconnaître que cette réforme a fait disparaître une situation anormale et irrégulière au premier chef. Libre aux formaUstes de se scandaliser.
Si le nouveau règlement eût été en ligueur aux congrès de Belfast et de Norwich, aucune proposition collectiviste n'eût eu la moindre chance d'être votée ; aussi les délégués appartenant à l'Independent Labour Party continuèrent-ils à l'attaquer. Mais John Burns, le fameux député socialiste, — un socialiste bien difi'érent de M. Bebel ou de M. de Vollmar en Allemas-ne, et de M. Jaurès ou de M. Fabérot dans notre pays, — vint parler avec son éloquence si particulière en faveur du Comité dont il faisait partie. Faisant allusion à la clause qui l'exclut désormais du Congrès ainsi que son collègue M. Broadhurst, il déclara que « la porte par laquelle étaient sortis M. Broadhurst et lui-même était celle qui admettait au sein du congrès, par l'entremise des Trade-Councils, les publicains et les pécheurs rires). Les délégués ne doivent pas désirer que le congrès devienne la parlotte de ces pittoresques individus qui luttèrent dans l'intérêt des travailleurs (ivho worked for labour) il y a de cela vingt ou trente ans. Ce dont ils ont besoin, c'est un congrès où le travail soit direc-
tement représenté, un congrès qui ne soit pas l'organe et la personnification de l'homme qui est bien payé et qui a abandonné le travail manuel, mais l'organe et la personnification de rhoninie
qui gagne 30 shillings (37f. 50) par semaine Le congrès des
Trade-Unions , ajouta-t-il, a atteint le point où les routes se séparent ; le temps est venu pour vous, délégués, de décider si vous serez les représentants directs des travailleurs. Si vous prenez ce parti, je crois que ces congrès seront le plus grand des instruments de progrès réservés aux ouvriers. Le socialisme réel et le parti réellement indépendant du travail ne peuvent réussir qu'en ayant des délégués authentiques [bona-fide credentials) et des travailleurs honnêtes pour représenter les vues des ouvriers.» [A])plaudissements .)
La proposition de M. .I.-H. Wilson fut alors soumise aux voix, et rejetée par OO'kOOO voix contre 3i7.000, soit 2V7.000 voix de majorité.
Le Comité parlementaire sortait donc victorieux delà lutte; mais le lendemain, 4 septembre, les Nouveaux-Unionistes recommencèrent leurs attaques. Après que le secrétaire du Comité parlementaire, M. S. Woods, eut donné lecture de son rapport annuel, un représentant des tailleurs de Londres, M. J. 3Iac-Donald, proposa l'amendement suivant au paragraphe relatif à la question des sans-travail : Il est à reyretter que dans le cours de l'année 1894-90 le Comité parlementaire nait avisé à aucun moyen de remplir le mandat que lui avait confié le congrès de Noricich, de proposer des mesures législatives en faveur de la nationalisation du sol et de tous les moyens de production et de distribution, ce qui est, de l'avis du congrès, la seule solution réelle de la question des sans-travail. Il est évident que l'adoption de cet amendement par les délégués réunis à Cardiff eût équivalu à leur adhésion à la résolution collectiviste votée l'année précédente à Norwich. Aussi le vote sur ce point a-t-il été significatif : 5-22 délégués contre 339 votèrent contre l'amendement, et un nouveau vote, jîar cartes cette fois, ayant été réclamé, la proposition Mac- Donald fut hnalement rejetée par 607.000 voix contre 186.000.
Les Nouveaux-Unionistes, ce jour-là, semblaient courir au-de-
vant des échecs. Dans ce rapport de M. ^Yoods se trouvaient les quelques lignes suivantes : c Nous regrettons de croire, mais la force des circonstances nous y oblige, qu'au sein des classes ouvrières, il y a un nombre trop grand de faddists (1) et que chaque fad a ses partisans. Le résultat est que le vote de la classe ouvrière de ce pays se divise par factions, et, par conséquent, les grands principes auxquels nous sommes attachés et qui devraient être sacrés aux travailleurs soutirent très sérieusement. >> Bien que le Parti indépendant du travail ne fût pas nommé, chacun savait bien que c'était de lui qu'il s'agissait. Aussi un délégué appartenant à ce parti, et qui en est même l'un des principaux chefs, M. Pete Curran, demanda-t-il que ce paragraphe fût retranché du rapport de M. \Yoods. " Je voudraisbien, s'écria M. Curran, que le Comité parlementaire donnât une définition du mot faddist. Ceux des journaux de ce pays qui n'ont de sympathie pour aucune des sections du congrès, nous appellent tous des faddists, et il me semble très peu opportun que par son rapport le Comité parlementaire contribue à élargir le fossé qui nous sépare, en qualifiant de faddists les sections du congrès qui ne partagent pas ses opinions. » On passa au vote sans discussion, et l'amendement de M. Curran fut rejeté par 61 V. 000 voLx contre 170.000. Nos lecteurs savent que c'est devenu une tradition du congrès des Trade-Unions de voter chaque année une résolution en faveur de la journée de huit heures. Aussi M. W. Thorne , délégué des ouvriers du gaz de Londres, proposa-t-il une résolution réclamant la réduction à huit heures, par voie législative, de la journée de travail pour tous les ouvriers et employés. Un délégué de Sheffield,M. Wardley, demanda que certains métiersdans lesquels il serait difficile de limiter aussi strictement la durée du travail ne fussent pas soumis à cette loi: et plusieurs délégués réclamèrent le droit d'opter entre la journée de huit heures et la semaine de quarante-huit heures. Mais M. Thorne ne voulut modifier en
(ly Faddistesl un rnot d'argot intraduisible en français. Il sert à désigner lesgens qui réclament bruyamment telle ou telle reforme particulière, et qui surbordonnent tout à cette réforme. C'est ainsi que les ree/o^fl/er^ ou Abstinents totaux, qui veulent à tonte force imposer à l'Angleterre le Local Veto Bill, sont dénoncés comme faddists par ceux qui ne croient pas à l'efficacité de cette réforme.