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LE SIXIÈME CONGRÈS INTERNATIONAL DES MINEURS, A PARIS

visibles pour tout le monde et favorables à leurs commettants (relations amicales avec les patrons, grèves évitées ou terminées par conciliation ou arbitrag-e. bureaux permanents de conciliation, journée de neuf heures et même de huit heures dans certains districts, salaires les plus élevés de l'Europe), les autres ne peuvent rien placer en regard qu'une liste interminable de déclamations aux effets nuls ou désastreux pour ceux dont ils prétendaient soutenir la cause.

Pour les observateurs impartiaux, il ne saurait y avoir d'hésitation; les faits disent bien haut quelle éducation est la bonne. Mais les délégués continentaux ont-ils été tant soit peu influencés par leurs collègues d'Angleterre? Je le désire, sans trop le croire.

Dans tous les congrès qui ont eu lieu, et les continentaux s'en plaignent très fort, au congrès de Paris comme aux cinq précédents, ce sont les délégués anglais qui ont joué le rôle principal, et il ne pouvait en être autrement parce que ce sont eux qui voient le plus juste. Mais quelle que soit la valeur personnelle de ces délégués, ils n'arriveraient à rien et n'existeraient même pas comme hommes publics, si les ouvriers qu'ils ont derrière eux n'avaient reçu aussi bien qu'eux-mêmes la formation sociale supérieure qui caractérise les Anglo-Saxons. En dernière analyse, et dans toutes les questions, c'est toujours à la formation sociale qu'on arrive.

J. Bailhache.

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L ÉVEIL DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE EN lONIE 1).

Nous avons constaté, dans notre premier article les caractères géûéraux de la région où la plus haute école de philosophie est venue au monde : un examen sommaire des différentes contrées du globe nous a amenés, de proche en proche, à reconnaître par quelles conditions naturelles etsociales les rivages helléniques de la Méditerranée se sont trouvées le terrain propice à la première culture de la philosophie. Aujourd'hui, serrant les faits de plus près, il nous font voir pourquoi les rivages de l'Ionie, à l'extrémité occidentale de l'Asie Mineure, ont été le point de départ précis de ce grand essor de l'intelligence humaine.

fil voyageur qui aurait gravi, il y a deux mille cinq cents ans, les hauteurs du promontoire de Mycale, aurait pu embrasser du regard un remarcjuable panorama.

A l'Ouest, nageant dans la mer de l'Archipel, les Sporades et les Cyclades; au Nord et au Sud, une côte découpée, sinueuse, toute en golfes et en presqu'îles, donnant à ses lignes courbes un développement quadruple de la longueur d'une ligne droite. A l'Est, la fameuse vallée du Méandre, le fleuve sinueux par excellence. Vers le Nord-Est, une autre vallée, celle du Caysfre, célèbre par ses cygnes. Dans cet immense paysage, trois points lui

(1) Voir la livraison précédente.

LES ANCETRES HE SOCRATE. à é

auraient signalé l'humanité : à l'Ouest, le fameux temple do Hérè .lunon , une des gloires de Samos; au Sud, le temple d'Apollon Dindymécn, vénéré par xMilet; au Nord, enfin, ce merveilleux temple d'Artémis d'Éphèse. dont la destruction a suffi pour immortaliser un maniaque. Ces trois temples, chefs-d'œuvre de l'art ionique, auraient successivement fixé ses regards sur trois cites de cette lonie antique : Samos, où vécut Ésope, où ergota Mélissus, d'où s'élance Pythagore, où le « tyran » Polycrate, subtil protecteur d'Hérodote et d'Anacréon, se trouvait malheureux d'être trop heureux; — Milet, sur le vaste golfe Latmique, aujourd'hui marécage pestilentiel, mais alors peuplé de flottes blanches, Milet qui la première donna le signal de l'éveil philosophique et vit fleurir, avec Thaïes, Anaximandre et Anaximène, la première école de phijsiciens ; — Éphèse enfin, plus modeste, livrant à la postérité le seul nom d'Heraclite, ce penseur bizarre et profond dont toute l'imagination des évolutionnistes modernes ne fait que remettre à neuf les audacieuses conceptions.

Tout est là, tout tient là, tout soit de là : Milet, Samos, Éphèse, avec leurs voisines Clazomènes et Colophon, sont le berceau de la philosophie grecque, romaine, moderne. Ce petit rivage a eu la fortune d'arriver, avant tout le reste du globe, au point social voulu pour servir de théâtre à ce grand phénomène intellectuel. Les autres régions ont eu besoin d'emprunter quelque chose à celle-ci, ne fût-ce que le premier souffle initiateur. L'Italie, comme nous lavons dit, eut pour premiers instituteurs le Colophi)nien Xénophane et le Samien Pythagore. Athènes même, métropole de Milet, se fit l'élève de sa colonie, et le Milésien Archélaiis catéchisa Socrate.

Pourquoi cette supériorité de l'Ionie? Cette supériorité ne peut tenir évidemment qu'à une excellence particulière dans la façon dont se trouvent réalisées ici les deux conditions que nous avons reconnues comme essentielles à l'épanouissement philosophique : le loisir et V instruction.

Une seule de ces conditions, répétons-le, est insuffisante pour le résultat enAisagé ici. Toutes deux sont nécessaires, et nécessaires à un degré très intense.

Or, les gens deTlonie avaient tout ce qu'il faut pour jouir d'un intense loisir et acquérir une intense instruction. Voyons d'abord le loisir.

l.e loisir dérive des conditions du travail, (jui tiennent ellesmêmes au lieu. Quel est donc le lieu?

L'aspect et le climat de l'ionic ne diffèrent pas d'une façon caractéristique de l'aspect et du climat des rivages de la Grèce et de la Grande-Grèce. C'est un lieu de même espèce, et propre à produire des influences sociales sensiblement analogues. Voilà longtemps qu'on a comparé l'Asie Mineure à une « terre d'Asie encbclssée dans un littoral d'Europe ». Les rivages de l'Asie Mineure sont donc grecs par le climat comme ils l'ont toujours plus ou moins été par la race. Seulement, il y a quelques dilférences à noter. Le Nord, — la côte de Trébizonde, — est exposée à des froids très vifs durant l'hiver, et la végétation s'en ressent. Le Sud, — la cote de Tarse, — participe déjà aux conditions des climats africains. Reste la côte occidentale, mais cette côte occidentale comprend elle-même trois parties : Éolide, lonieet Carie. L'Éolide, au Nord, tend à se rapprocher du climat septentrional. La (larie, en revanche, penche vers le climat du Midi. L'Ionie est exactement à l'extrémité de l'Anatolie. Son climat, « le plus agréable et le plus uniforme de toute la région cistaurique (1) », a, pour moyenne d'hiver, huit degrés; pour moyenne d'été, vingt-quatre; pour moyenne de l'année, seize. Le massif du Tmole, placé comme un écran au-dessus de la vallée du Caystre, la protège contre les vents du Nord, et la mer aux multiples golfes neutralise suffisamment, par sa fraîcheur, les fortes chaleur de l'été.

« Les Ioniens, dit Hérodote, — qui n'était pas Ionien, — ont bâti leurs villes dans la contrée la plus agréable que je connaisse, soit pour la beauté du ciel, soit pour la température. En effet,

(1) Reclus.

les pays qui environnent l'ionic, au Nord et au Sud, à 1 Est et à rOufst, ne peuvent entrer en comparaison avec elle, les uns étant exposés aux pluies et aux froids, les autres aux chaleurs et à la sécheresse » (1).

Sur ces rivages exceptionnellement favorisés, les productions naturelles sont abondantes. Aujourd'hui encore, qui ne connaît le muscat de Samos? Celte ile possédait une montagne nommée Xy.T.iLz:, c'est à dire ri(/nf. Les vignobles de Clazomènes, — la patrie d'Anaxagore. — se reconstituent actuellement. Strabon loue les figues d'Ionie, Xénophon représente les vallées du Méandre et du Caystre comme pleines d'oliviers et de figuiers (2). Orangers, citronniers, mûriers, grenadiers ombragent les jardins. 11 n'est peut-être pas de pays où les alluvions déposées par les cours d'eau soient plus considérables. On évalue à deux milliards de mètres cubes, au minimum, la quantité de limon charriée par le .Méandre depuis l'antiijuité classique jusqu'à nos jours.

L'Ionie est donc par excellence un pays fertile; mais l'exubérance naturelle d'un sol a toujours besoin d'être dirigée. La preuve en est dans le délaissement actuel de ces rivages, dans les bourbiers malsains qui ont envahi peu à peu ces embouchures de fleuves, dans la disparition do ces belles cités grecques remplacées, sauf Smyrne, — qui a changé de place, — par de minuscules villages turcs. L'Ionie n'était la terre agréable et prospère célébrée par Hérodote, qu'au prix d'un certain travail. Quel était ce Iracail au temps de Thaïes.^

Ce travail avait deux faces : la culture et le commerce. Pour spécifier, classons-les tout de suite et disons : une culture su/'tout arborescente et un commerce de cabotage très développé.

La Science sociale a suffisamment montré, en d'autres articles, qu'un des caractères principaux de la culture arborescente est d'exiger fort peu de travail. L'arbre pousse; on n'a guère qu'à le laisser pousser. L'homme n'intervient que périodiquement , pour planter, greffer, récolter, et ces différents travaux sont beaucoup moins pénibles que ceux de l'agriculture proprement dite.

(1) Hér. I.Uî, 1.

(2) Aujourd'hui encore, il se fait un lucratif commerce de figues de Smyrne.

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