LA SITLATIOX COMMERCIALE ACTUELLE EX FRANCE
ginie de la protection intense, régime qu'elle ne peut adoucir que dans une mesure fort restreinte au moyen des traités de commerce. Il y a donc contradiction entre ses besoins réels et la législation douanière établie en 1892 ; un pareil état de choses devrait produire à bref délai les résultats suivants : 1" forte réduction des importations de toutes sortes ; 2" élévation consécutive des prix à l'intérieur; 3" stagnation marquée des initiatives, ralentissement des progrès de l'outillage et des méthodes; W réduction coDsidéraljle des exportations, comme suite de tout ce qui précède.
Or la réalité des choses ne répond pas à ces conclusions théoriques. Sans doute, il s'est produit, de 1891 à 1893, une dépression marquée des affaires, mais elle provenait d'un état général de crise dont tous les pays ont ressenti les effets, parfois plus gravement que la France elle-même; les nouveaux tarifs n ont joué, visiblement, à ce point de vue, qu'un rôle très secondaire, bien inférieur à celui des causes anciennes et profondes qui agissent périodiquement sur la production et la consommation, comme l'accumulation des stocks , les mauvaises récoltes, les crises politiques et financières, etc. D'autre part, les prix des denrées courantes et même des articles de toute sorte n'ont guère changé depuis trois ans; ils ont plutôt baissé, d'ailleurs, que monté. Toutes les personnes renseignées savent en outre que les conditions de la concurrence internationale se sont maintenues aussi sans changement bien .sensible, et que les fabricants ne se croient pas assez en sécurité derrière la douane pour s'endormir dans une paisible routine. Enfin, depuis plusieurs mois, tous les journaux spéciaux notent une reprise assez vive des affaires, non seulement à l'intérieur, mais encore dans les relations internationales. La crise semble atténuée, et il est probable que les années 1895-96 seront bien meilleures que les précédentes. Tout cela est eu complète contradiction avec les indications qui précèdent; d'où vient ce désaccord entre la théorie scientifique et les faits pratiques? D'une circonstance particulière et très grave, dont les effets s'étendent au monde entier et que je ne puis me dispenser de rappeler ici, au risque de me répéter encore sur cer-
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tains points. On m'excusera, en considérant l'importance de la question, les débats passionnés qu'elle soulève et les dangereuses propositions auxquelles elle a donné lieu.
IV, LA Ol'ESTION MONÉTAIRE.
La crise monétaire est intervenue d'une façon active pour atténuer, dans une grande mesure, les effets du tarif de 1892, voici comment. Ce tarif devait agir, nous l'avons remarqué, pour hausser les prix à l'intérieur, supprimer la concurrence du dehors et permettre la stagnation des initiatives. Mais l'augmentation des prix a été prévenue par celle de l'agio, diflerence de valeur au change entre l'or et l'argent, et entre l'or et la monnaie de papier en usage dans quelques pays dont la situation financière est mauvaise; la même cause a maintenu l'influence de la concurrence étrangère, et obligé parla les intéressés à se remuer énergiquement pour conserver leurs positions. Rendons la chose sensible par des exemples.
Grâce à l'agio entre l'or, l'argent et le papier, on pourrait, en se procurant l'argent et le papier moyennant une somme d'or nominalement égale, mais réellement très inférieure, acheter à très bon compte les produits agricoles dans les pays où l'argent et le papier, dépréciés partout ailleurs, gardent toute leur puissance d'achat : la Russie, la Turquie, l'Egypte, etc. Dès lors, parle seul effet de cette menace, sans quitter leur pays d' origine, ces produits pèsent sur nos marchés, car nos cultivateurs sont obligés d'accepter un prix qui ne soit pas sensiblement supérieur à celui du dehors, augmenté seulement de faibles frais de transport et autres, et du droit dédouane. Sans l'agio, la taxe d'entrée aurait pu ralentir les importations, mais ce phénomène monétaire joue le rôle d'une prime offerte à l'importation, annulant, en tout ou partie, l'effet de la taxe protectrice. Dans ces conditions, les droits élevés du tarif de 1892 n'ont plus, comme on le voit, qu'une influence très réduite sur le prix des denrées agricoles.
L'exagération de l'agio a produit une évidente surélévation de la valeur de l'or dont le rôle international s'est développé pour